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Culture - Les Divas Au Musée / Hommage

Allô Sabah ! Merci pour le sourire

À une époque encore conservatrice où les stars se devaient de rester exemplaires sur scène comme dans la vie, la diva de l'âge d'or scandalisait sans chercher le scandale.

Allô Sabah ! Merci pour le sourire

Sabah, effervescente. Photo archives L'OLJ

Des divas arabes, il y en eut et il y en aura de toutes sortes. Mais parmi celles de cet âge d’or des années 1920 à 1970, une seule se sera permis l’humour et l’autodérision, sans crainte d’y laisser sa crédibilité. La femme en cheveux, avec sa coiffure peroxydée, démesurée, créée par l’artiste capillaire beyrouthin Naïm Abboud ; avec son regard charbon dessiné par un maquilleur alors débutant, Joseph Gharib, au début des années 1990 ; avec ses tenues de scène spectaculaires dont l’une, portée lors d’un concert au théâtre Piccadilly de Beyrouth dans les années 1970, s’allumait de dizaines d’ampoules insérées dans les plis de mousseline rouge : telle était Sabah. À une époque encore conservatrice où les divas se devaient de rester exemplaires sur scène comme dans la vie, elle scandalisait sans chercher le scandale, multipliant les mariages, non parce qu’elle croyait particulièrement à l’institution, mais parce que divorces et séparations s’imposaient et qu’elle ne voulait pas renoncer à l’amour. Les deux enfants qu’elle eut de deux maris différents ne font pas d’elle une Joséphine Baker. Ses conjoints l’appelaient « Madame la Banque » parce qu’elle était une poche percée, insouciante que ses dépenses excèdent ses revenus.

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Derrière ses chansonnettes, il y a pourtant cette gravité qui fait d’elle l’une des plus grandes performeuses du tarab, un art difficile au cœur de la musique classique égyptienne du XXe siècle. Derrière ses comptines pour enfants, dont l’exquise  Saute petit lapin en français roulant, et souriant, il y a une voix d’exception que l’on retrouve dans ses mawwals, ces puissantes mélopées du folklore libanais, généralement réservées aux hommes et qu’elle poussait d’une manière inimitable. Derrière la comédienne aux 83 films, il y a une double tragédie personnelle que rien dans sa vie publique n’a jamais laissé percer, même si elle ne la cachait pas quand on l’invitait à en parler. Peu savent que dans son enfance à Bdadoun, dans la région de Wadi Chahrour, au Liban, alors qu’elle n’avait elle-même que dix ans, sa sœur aînée, Juliette, a été accidentellement tuée par balles au milieu d’une rixe. Elle fut alors envoyée à Beyrouth, d’abord à l’école publique, ensuite chez les jésuites où se révèlent ses talents de chanteuse et de comédienne. En 1948, alors qu’elle n’a que 18 ans et que sa carrière égyptienne décolle, elle revient au Liban pour voir sa mère dont elle est sans nouvelles depuis quelque temps. Elle apprend alors que son frère, Antoine Féghali, l’a assassinée « pour l’honneur ». La trouvant à Broummana, dans la montagne libanaise, avec son amant, ce fils ombrageux les a tués tous les deux avant de prendre la fuite vers la Syrie puis le Brésil. Ni funérailles ni sépulture connue pour cette femme qui aimait l’art et la vie, épouse d’un paysan qui cultivait à longueur de journée son petit lopin au village. Sabah ne saura jamais où a été enterrée sa mère.

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Derrière la pêche de Sabah, du sang et des larmes. Mais la star de la pop arabe s’est construit une philosophie de la joie. Celle qui a demandé que l’on danse la dabké à ses funérailles et qui a souhaité être enterrée dans une robe de mariée (décidément !), aura incarné jusqu’au bout cet âge d’or du Liban, notamment à travers sa chanson Allo Beyrouth, paroles de Toufic Alattar et musique de Georges Tabet. En ces années où il faut encore passer par un opérateur pour atteindre son correspondant, elle demande au centraliste de la promener dans Beyrouth dont elle évoque tous les quartiers « où son cœur s’est perdu ». Elle y salue surtout la presse et les « belles plumes » auxquelles elle se sent redevable. C’était mettre la gratitude du mauvais côté. Comment évoquer aujourd’hui ce Beyrouth qui ne cesse de tourmenter ceux qui l’ont quitté sans fredonner, pour se donner du courage, « Allo Beyrouth », et sourire malgré la nostalgie qui serre le cœur à l’étouffer.

Retrouvez l'aile consacrée à Sabah dans l'exposition du Musée Sursock, « Divas arabes », du 17 octobre au 11 janvier 2026.

Des divas arabes, il y en eut et il y en aura de toutes sortes. Mais parmi celles de cet âge d’or des années 1920 à 1970, une seule se sera permis l’humour et l’autodérision, sans crainte d’y laisser sa crédibilité. La femme en cheveux, avec sa coiffure peroxydée, démesurée, créée par l’artiste capillaire beyrouthin Naïm Abboud ; avec son regard charbon dessiné par un maquilleur alors débutant, Joseph Gharib, au début des années 1990 ; avec ses tenues de scène spectaculaires dont l’une, portée lors d’un concert au théâtre Piccadilly de Beyrouth dans les années 1970, s’allumait de dizaines d’ampoules insérées dans les plis de mousseline rouge : telle était Sabah. À une époque encore conservatrice où les divas se devaient de rester exemplaires sur scène comme dans la vie, elle scandalisait...
commentaires (1)

Elle chantait " Alaa kbirée wou Alba Kbiir" ... c'est vrai qu'elle était cette forteresse défendue par la joie et le sourire... Diva pour sûr et lebnéniée à 100 poir cent! Allah yirham el Sabbouha!

Wlek Sanferlou

15 h 58, le 19 octobre 2025

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Commentaires (1)

  • Elle chantait " Alaa kbirée wou Alba Kbiir" ... c'est vrai qu'elle était cette forteresse défendue par la joie et le sourire... Diva pour sûr et lebnéniée à 100 poir cent! Allah yirham el Sabbouha!

    Wlek Sanferlou

    15 h 58, le 19 octobre 2025

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