Donald Trump exulte. Il a le vent en poupe. Aux quatre coins de la planète, on loue l’homme providentiel qui a fait cesser le massacre à Gaza. Ce président atypique, imprévisible, fantasque et populiste que le sénateur français Claude Malhuret épinglait il y a quelques mois, l’accusant d’avoir entamé un travail de sape de la civilisation occidentale, rien de moins, a-t-il fini par prouver qu’il est un homme de paix ? Ayant manqué le Nobel de près cette année, il devra attendre 2026. Cette distinction lui tient à cœur, on le sait, mais beaucoup de choses peuvent se passer en une année. Et Dieu sait ce qu’il adviendra du Proche-Orient d’ici à l’automne prochain.
À ce stade, force est de constater que si Donald Trump est parvenu à un résultat somme toute honorable, sa tâche n’était toutefois pas si rude que cela. Lorsqu’on est le président de la superpuissance qui soutient le belligérant le plus fort, autrement dit celle qui nourrit, entretient et bichonne la machine de guerre israélienne, on a la possibilité de taper du poing sur la table, de dire « ça suffit » quand on le désire. Il est peut-être vrai, cependant, ainsi que l’a affirmé dans nos colonnes un ancien conseiller de plusieurs dirigeants des États-Unis, Aaron David Miller, que Donald Trump est allé plus loin que tous les présidents américains, sans exception, dans la pression exercée sur un Premier ministre israélien. Donc même plus loin que George Bush père qui, au début des années quatre-vingt-dix, menaçait de couper les vivres à l’État hébreu pour contraindre le Premier ministre de droite de l’époque, Yitzhak Shamir, d’accepter de jouer pleinement le jeu du processus de paix naissant.
Voilà deux ans exactement qu’Israël sillonne, piétine, démembre et broie ce mouchoir de poche qu’est la bande de Gaza, faisant près de 68 000 morts et poussant des millions de personnes à travers le monde à accuser Tel-Aviv de génocide. S’il appartient à la justice internationale de trancher ce débat, on peut d’ores et déjà constater que c’est la première fois dans l’histoire qu’une opération à caractère policier dure aussi longtemps et débouche sur un bilan aussi lourd. Pourquoi policier ? Parce que dans la démarche israélienne, il n’existe aucune offre politique. Rien que de féroces représailles visant à dissuader d’un nouveau 7-Octobre. Tout au long du conflit, Benjamin Netanyahu n’a parlé que d’une administration civile pour le jour d’après, comme si les Palestiniens de Gaza ne pouvaient aspirer qu’à une mairie…
Voilà deux pleines années que le Hamas assiste au martyre de son peuple sans qu’il n’ait jamais fait le moindre geste sérieux pour le faire cesser, alors même que depuis le début, il savait la bataille perdue. Pires que les horreurs du 7-Octobre sont les suites du 7-Octobre : dès le 8, le 9 ou le 10, il était apparu clairement que Netanyahu n’allait pas céder au chantage sur les otages et qu’il était prêt à assumer leur mort à tous plutôt que de reculer. Dès lors, était-il possible que le Hamas n’eût pas compris que son stratagème avait lamentablement échoué ? Bien sûr que si, mais ce n’est guère dans la nature d’organisations comme le Hamas– ou le Hezbollah au Liban – de reconnaître l’échec ou de se remettre en question. Même lorsque l’enjeu est d’éviter les dizaines de milliers de morts.
Face au cruel rouleau compresseur israélien et à la lâche inaction du Hamas, Donald Trump n’avait donc aucune difficulté à sonner la fin de la récréation. D’autant que d’un point de vue strictement militaire, la machine de guerre de Tel-Aviv donnait le sentiment de tourner à vide, sauf pour ce qui est de tuer, et que la « résistance » du Hamas tenait de la fuite en avant sans fin.
Mais les difficultés ne font que commencer. Les perspectives de paix ouvertes par le plan Trump demeurent tributaires de paramètres qu’on ne voit pas encore se dessiner clairement. En outre, la rue palestinienne (à l’exception peut-être de Gaza) est plus que jamais pro-Hamas et l’opinion israélienne penche de plus en plus à droite, si ce n’est à l’extrême droite. Dans ces conditions, l’avenir demeure hasardeux, le plan du président américain semblant orienter la région à nouveau vers une situation de ni guerre ni paix.
Tout comme paraît illusoire la solution à deux États. Moins irréaliste pourtant qu’il n’y paraît, cette dernière option – dont des plans détaillés existent dans les tiroirs – n’est cependant pas prise au sérieux par de nombreux commentateurs de par le monde, et tout spécialement par des intellectuels arabes. Ils lui préfèrent un seul État «démocratique» en Palestine. Ne leur en déplaise, on sait pourtant à quoi ressemblerait cette formule : soit à l’Algérie de 1962 (les descendants d’Européens à la mer), soit à l’État d’Israël sous sa forme actuelle…



Bsat à Nabatiyé : le gouvernement entend accélérer la reconstruction
La faim (fin) justifie les moyens... Qui a donc faim, quelle fin, et avec quels moyens y arrive-t-on? État de Palestine vs Grand Israël... Réflexion lancée depuis des lustres, et qui semble éclairante (ou annihilante) de plus en plus?
15 h 22, le 14 octobre 2025