À quoi jouent donc l’Amérique et l’Iran qui s’acharnent à démanteler un accord-cadre laborieusement conclu, à violer à qui mieux mieux la trêve, à remettre à zéro les compteurs dans le détroit d’Ormuz et même dans toute la région du Golfe ?
Les deux protagonistes s’accusent mutuellement de manquement à la parole donnée, de trahison et d’autres bassesses. Le fait est que les deux ont rigoureusement raison ; ils sont ex-aequo en matière de mauvaise foi, même si chacun triche à sa manière, au vu de ses propres objectifs et avec les moyens dont il dispose. Ce qui arrive en ce moment est en somme une renégociation violente de l’historique document du 17 juin dernier. Inégalables en force brute, les États-Unis usent copieusement de celle-ci, dédaignant désormais les cibles militaires pour s’en prendre aux infrastructures civiles telles que ponts, gares ferroviaires, réseaux électriques et autres installations névralgiques. En augmentant sans cesse la pression, Donald Trump ne cherche pas tant à déstabiliser ou déboulonner le régime de Téhéran qu’à arracher au plus tôt un accord définitif, sans appel, qu’il pourrait brandir pour justifier un retour triomphal des boys au pays. Le président US ne fait en réalité que reprendre à son compte la doctrine de son lointain prédécesseur républicain Richard Nixon ; surnommée la diplomatie du fou, celle-ci consistait à inonder de bombes le Nord-Vietnam en 1972 pour le contraindre à revenir à la table des négociations. Ce qui fut fait.
Son handicap dans la balance des forces, l’Iran cherche à le compenser par la grande furtivité de ses arsenaux, mais surtout par ses ripostes asymétriques visant les monarchies arabes du Golfe alliées à Washington ainsi que la Jordanie. Au vite fait bien fait qui obsède l’administration américaine la République islamique préfère visiblement une confrontation longue ; ce n’est certes pas par masochisme que semble retenue une telle option, laquelle en effet pourrait s’avérer productive tout en demeurant des plus risquées.
Une prolongation ouverte du match, avec les coûts financiers, militaires et politiques qu’elle implique, pourrait éroder le zèle de l’assaillant, tout comme elle pèserait chaque jour davantage sur les marchés énergétiques internationaux. En jouant par ailleurs de la fibre du sentiment national, les gardiens de la révolution peuvent toujours espérer se refaire une certaine virginité domestique. Considérables sont en revanche les limites de cette stratégie, une guerre longue menaçant tout aussi bien de coûter plus cher à l’Iran qu’à ses adversaires si les bénéfices escomptés partent en fumées d’incendies.
Dès lors, la question du Hezbollah reste plus que jamais suspendue à toutes ces incertitudes, Téhéran se réservant la faculté d’inviter ou non sa milice à entrer dans la danse. Lui-même engagé dans un pari potentiellement suicidaire (cette autre diplomatie du fou), le régime n’aurait aucun scrupule à entraîner ses ouailles libanaises dans son crépuscule des mollahs… s’il n’arrive pas à les vendre au meilleur prix. Les efforts de réarmement du Hezbollah, contrés par la Syrie, montrent bien que la première de ces éventualités n’est guère exclue. Il faut constater une fois de plus que les négociations irano-américaines et libano-israéliennes demeurent liées en attendant que soit tranché le nœud vicieux. Elles se chevauchent mais sans plus se confondre : la preuve en étant que le parcours libanais, battant tous les pronostics, semble tout de même aller son petit bonhomme de chemin…
Les tractations de Rome viennent ainsi de donner un élan nouveau au projet de zones-pilotes au Liban-Sud, même si la phase opérationnelle est décalée de quelques jours. Au bord de ces régions-test a déjà commencé à se déployer l’armée régulière. Le président Joseph Aoun s’apprête à rencontrer Donald Trump à Washington où Benjamin Netanyahu se démène encore pour obtenir un rendez-vous à la Maison-Blanche, et n’a donc d’autre motif de séjour valable que de pleurer bruyamment son ami, l’intempestif sénateur Lindsey Graham. Mieux encore, on voit JD Vance évoquer à grand fracas les liens étroits qu’entretenait le pédocriminel Epstein avec les plus hautes sphères du Mossad et de la CIA. Jamais en vérité secret de polichinelle n’aura été révélé de source aussi haut placée. Jamais non plus la popularité d’Israël aux États-Unis n’a autant décliné, selon le propre verdict du vice-président US.
Nous sommes loin d’être sortis de l’auberge. Mais c’est fou, fou, fou, tout ce que l’ère Trump peut encore tenir au chaud dans sa boîte à surprises !
Issa GORAIEB


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