Rechercher
Rechercher

Culture - Festival

Abir Nehme ouvre Beirut Holidays et offre une parenthèse d’espoir à Beyrouth

Déplacée à Antélias-Naccache, l'édition 2026 a été inaugurée devant plus de 2 000 spectateurs, lors du premier grand rendez-vous musical organisé depuis le début de la guerre.

Abir Nehme ouvre Beirut Holidays et offre une parenthèse d’espoir à Beyrouth

Pendant plus de trois heures, Abir Nehme et son public ont chanté d’une seule voix, ouvrant Beirut Holidays sous le signe de l'émotion. Photo Wadih Chlink

Abir Nehme a rendu à Beyrouth « sa mélodie », jeudi soir, en ouvrant le festival Beirut Holidays, installé cette année sur le front de mer d’Antélias-Naccache après avoir quitté le centre-ville de la capitale pour des raisons de sécurité et de logistique. Plus de deux mille spectateurs ont assisté à ce qui fut bien plus qu’un concert : une invitation à reprendre son souffle, malgré une guerre dont les Libanais continuent de subir les conséquences.

Premier grand rendez-vous musical organisé depuis le début de l’offensive israélienne au Liban, le 2 mars dernier, cette soirée revêtait une portée symbolique. Alors que la plupart des grands festivals estivaux – à Beyrouth, Baalbeck, Beiteddine, Ehden et ailleurs – ont été annulés, Beirut Holidays apparaît comme l’une des rares respirations culturelles offertes aux Libanais, privés de ces manifestations qui ont longtemps façonné l’image du pays depuis les années 1960.

Choisir de monter sur scène dans un tel contexte n’a rien d’inédit pour Abir Nehme. Depuis des années, la chanteuse accompagne les grandes épreuves du Liban en faisant de la musique un acte de résistance et de consolation. Chansons, concerts ou initiatives solidaires : chacune de ses apparitions porte le même message d’espérance.

« La musique unit les peuples. Elle nous rappelle qu’elle est plus forte que les guerres et les tragédies, et que la vie est un rêve qu’il faut continuer à vivre. Beyrouth choisit toujours la vie et ne se rend jamais », a-t-elle lancé jeudi soir.

Après l’explosion du 4 août 2020, qui avait dévasté la capitale, fait plus de 200 morts et des centaines de blessés, Abir Nehme avait chanté depuis l’église Saint-Maron de Gemmayzé, gravement endommagée, lors du concert Beyrouth chante l’espoir. Diffusée dans toute la ville grâce à des haut-parleurs, puis relayée à la télévision et sur les réseaux sociaux, sa voix était devenue un baume pour une population meurtrie.

Quelques mois plus tard, elle ouvrait également le festival Beirut Chants au cœur des Souks de Beyrouth encore en ruine, sous le thème de « la volonté de vivre ». Dans la foulée, elle publiait Byeb’a Nass, un album volontairement lumineux au plus fort de la crise économique et politique, avec l’ambition assumée d’apporter « un peu de lumière dans l’obscurité ».

Le 5 mars 2026, c’est au Royal Albert Hall de Londres qu’elle rendait hommage aux grandes voix féminines arabes, accompagnée du London Arabic Orchestra, du Royal Philharmonic Concert Orchestra et d’un chœur féminin de 70 chanteuses. Mais tandis qu’elle chantait, la banlieue sud de Beyrouth subissait l’un des bombardements les plus violents de la guerre. L’émotion l’avait alors submergée à plusieurs reprises.

Abir Nehme lors du concert d’ouverture de Beirut Holidays, sur le front de mer d’Antélias-Naqqach, le 16 juillet 2026. Photo Wadih Chlink


Une soirée placée sous le signe de l’espoir

Jeudi soir, Abir Nehme a renoué avec cette même promesse. Elle ouvre le concert avec Li Beyrouth de Feyrouz, interprétée d’une voix chargée d’émotion, comme si elle racontait l’histoire d’un pays blessé mais refusant de céder. Elle enchaîne avec Habibati Beyrouth, sa nouvelle chanson écrite et composée par Wissam Keyrouz, où se mêlent douleur, espérance, enfermement et liberté.

Le programme célèbre ensuite le patrimoine musical libanais avec Naqili Ahla Zahra et Chta’na Ktir de Zaki Nassif, ainsi que Biqoulou el-Hobb Byeqtol el-Waet de Feyrouz, avant de parcourir un répertoire beaucoup plus large.

Sa voix enveloppe Beyrouth et sa banlieue comme pour suspendre, le temps d’une soirée, le poids de la guerre. Dans le public, des spectateurs venus du Sud, de la Békaa, du Nord, de la montagne et de Beyrouth reprennent chaque chanson avec ferveur.

Pendant plus de trois heures, la chanteuse déroule un répertoire où se croisent pop, flamenco, musique classique, répertoires oriental et occidental. Musicienne accomplie, elle passe avec aisance d’un univers à l’autre, interprétant aussi bien des classiques égyptiens comme E’mel Nassini, Sajjan ou Aho Da Elli Sar de Sayed Darwich que des chansons algériennes, sans jamais quitter son ancrage libanais.

Première artiste à monter sur scène pour cette édition de Beirut Holidays, Abir Nehme a retrouvé un public venu de tout le Liban. Photo Wadih Chlink


Un duo improvisé

La surprise de la soirée vient de l’arrivée sur scène du chanteur algérien Amine Babylone. Ensemble, ils interprètent Ya Zeina Ma Driti Fina, son plus grand succès. Abir Nehme confie alors son souhait de collaborer avec lui. Tous deux semblent un instant intimidés, presque comme deux débutants montant sur scène pour la première fois. Cette spontanéité fait le bonheur d’un public déjà entièrement conquis.

Depuis Ghanni Qalilan, son album réalisé avec Marcel Khalifé en 2014, Abir Nehme a construit un parcours singulier. Sans jamais céder aux impératifs des tendances ou aux recettes de l’industrie musicale, elle a développé un univers exigeant, porté par la qualité de ses textes, de ses compositions et par une voix à la fois chaleureuse et lyrique.

Cette fidélité à son identité artistique lui a permis de bâtir, patiemment, un public particulièrement solide, du Liban jusqu’aux grandes scènes d’Europe et des États-Unis, en passant par la Syrie, l’Égypte, les pays du Golfe et le Maghreb. Partout où elle se produit, les salles affichent complet, et son public, majoritairement jeune, chante chacune de ses chansons.

Jeudi soir, les francophones ont eux aussi eu droit à un moment privilégié avec une interprétation de Mon Amour, livrée avec une aisance remarquable. Si Abir Nehme chante avec naturel dans plusieurs langues, le français semble épouser particulièrement bien les couleurs de sa voix lyrique. Une évidence qui donne envie de l’entendre, un jour, défendre un titre original dans cette langue.

Au fil des années, son projet artistique a gagné en ampleur et en maturité. Il semble désormais prêt à franchir une nouvelle étape : celle d’être porté, sur scène, par un orchestre symphonique à la mesure de sa voix.



Le programme de Beirut Holidays 2026

Après l’ouverture assurée par Abir Nehme, le festival Beirut Holidays se poursuit jusqu’au 28 juillet sur le front de mer d’Antélias-Naccache avec une programmation mêlant pop arabe, musique instrumentale, humour et chanson libanaise.


  • 18 juillet – al-Akhras : la star jordanienne du rap et de la pop urbaine retrouve son public libanais.
  • 20 juillet – Guy Manoukian : le pianiste et compositeur propose son spectacle mêlant musique orientale, influences occidentales et mise en scène spectaculaire.
  • 22 juillet – John Achkar : l’humoriste libanais présente un nouveau one-man-show nourri d’observations du quotidien.
  • 24 juillet – Joseph Attieh : l’une des figures de la chanson libanaise contemporaine interprète ses plus grands succès.
  • 25 juillet – Ibrahim Maalouf : le trompettiste franco-libanais revient au Liban avec son univers où se rencontrent jazz, musiques du monde et traditions orientales.
  • 26 juillet – Marwan Khoury : le compositeur, pianiste et chanteur offre une soirée consacrée à son répertoire romantique.
  • 28 juillet – Elissa : la star libanaise clôture cette édition avec un concert attendu par son fidèle public.


Abir Nehme a rendu à Beyrouth « sa mélodie », jeudi soir, en ouvrant le festival Beirut Holidays, installé cette année sur le front de mer d’Antélias-Naccache après avoir quitté le centre-ville de la capitale pour des raisons de sécurité et de logistique. Plus de deux mille spectateurs ont assisté à ce qui fut bien plus qu’un concert : une invitation à reprendre son souffle, malgré une guerre dont les Libanais continuent de subir les conséquences.Premier grand rendez-vous musical organisé depuis le début de l’offensive israélienne au Liban, le 2 mars dernier, cette soirée revêtait une portée symbolique. Alors que la plupart des grands festivals estivaux – à Beyrouth, Baalbeck, Beiteddine, Ehden et ailleurs – ont été annulés, Beirut Holidays apparaît comme l’une des rares respirations culturelles...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut