Le président du Parlement, Nabih Berry, dans son bureau à Aïn el-Tiné, le 5 mars 2024. Photo Mohammad Yassine/L’Orient-Le Jour
Le président du Parlement libanais Nabih Berry a déclaré dimanche soir que les frappes israéliennes massives sur Msayleh au Liban-Sud, qui ont fait un mort et détruit de nombreux engins de chantier, reflétaient la volonté d’Israël d’empêcher toute reconstruction des villages frontaliers dévastés par la guerre qui a opposé l’État hébreu au Hezbollah. Le cessez-le-feu conclu en novembre dernier est rappelle-t-on bafoué presque tous les jours par l’armée israélienne, tandis que le parti chiite refuse de remettre ses armes lourdes à l'armée libanaise comme le lui demande le gouvernement.
Dans un entretien au journal panarabe al-Chark al-Awsat, le président de la Chambre et chef du mouvement chiite Amal a souligné que les raids de samedi — les plus violents après près d’un an de trêve — avaient eu lieu moins de 24 heures après son appel lancé au gouvernement d’inclure dans le projet de budget 2026 des crédits dédiés à la reconstruction des localités détruites par Israël, et l’avoir apostrophé pour avoir « exclu » ce chantier du texte adopté par le gouvernement il y a quelques semaines.
Nabih Berry, qui avait déjà dénoncé ces frappes samedi, a aussi déclaré qu’à travers ces frappes, survenues non loin de l’une de ses résidences, « le message israélien interdisant la reconstruction des villages dévastés lui était parvenu ». Il a ajouté que plus de 300 engins de chantier avaient été détruits. « Notre priorité absolue demeure leur reconstruction et la remise en état des infrastructures vitales », a encore lancé le président du Parlement, assurant que cette « insistance à reconstruire les localités détruites et à réhabiliter les infrastructures constitue la réponse concrète au plan d’Israël visant à transformer, par la force des armes, les villages frontaliers en une zone tampon démilitarisée et inhabitable ».
Mettre fin aux polémiques
Face à ces bombardements, la réponse du Liban doit être son « unité nationale », a poursuivi l’allié chiite du Hezbollah, appelant à « mettre fin aux polémiques » internes et à « intensifier l’action diplomatique ». « Nous ne devons pas nous contenter de déclarations, mais saisir le Conseil de sécurité pour qu’il se réunisse et examine l’agression israélienne visant à affaiblir notre économie et à nous contraindre à des négociations directes, ce qui est unanimement rejeté par les Libanais. L’argument d’Israël selon lequel il s’en prend aux infrastructures militaires du Hezbollah ne tient pas, car les destructions ont touché des engins et équipements dédiés à la reconstruction, et rien d’autre », a-t-il ajouté. Dimanche, le Premier ministre Nawaf Salam a demandé qu’une plainte soit officiellement déposée au Conseil de sécurité de l’ONU.
Nabih Berry a aussi critiqué l’absence de réaction des États-Unis, qui coprésident avec la France le Comité de surveillance du cessez-le-feu. « Où est leur crédibilité, alors qu’ils parrainent avec la France l’accord de cessez-le-feu que le Liban respecte à la lettre, tandis qu’Israël poursuit ses violations sous les yeux de la commission internationale de supervision, dirigée par un général américain et présidée, en moins de onze mois, par trois hauts officiers américains ? », s’est encore interrogé le chef du Législatif.
« Qu’est-ce qui empêche le comité d’intervenir pour qu’Israël mette fin à ses agressions ? Cette réunion va-t-elle une fois encore se solder par un échec comme les précédentes, depuis que le Liban a accepté le cessez-le-feu ? Et que répondra le comité aux communiqués de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul) imputant à Israël la responsabilité de ces violations, contrairement au Hezbollah, qui n’a pas tiré une seule balle depuis l’entrée en vigueur de l’accord ? », a enchaîné Nabih Berry.
Tom Barrack critiqué
Le président du Parlement a enfin critiqué l’émissaire américain Tom Barrack, qui avait transmis une feuille de route américaine au Liban, dont les objectifs ont été repris dans la décision du gouvernement de lancer le désarmement du Hezbollah. Le Liban « a toujours privilégié la voie diplomatique pour mettre fin à l’occupation israélienne (...). Où en est cette diplomatie ? », s’est-il encore plaint, considérant que « l’absence de pression américaine pour contraindre Israël à appliquer le cessez-le-feu, condition préalable à la mise en œuvre de la résolution 1701 (de 2006) », encourageait Tel-Aviv « à poursuivre ses agressions ».
« Nous avons été les premiers à saluer la fin de la guerre à Gaza et à soutenir le plan du président américain Donald Trump, qui constituait un cadre général pour parvenir à un accord dans ce sens. Nous espérions qu’il s’étendrait au Liban-Sud. Il semble que la décision revienne à Washington, qui a les moyens de faire pression sur Israël. N’est-il pas temps pour ce dernier de se retirer ? », a-t-il conclu.




On a fini par le comprendre. Pas de reconstruction avant le désarmement. Ainsi en a décidé le vainqueur et toutes les plaintes au conseil de sécurité ne serviront à rien. Le voisin semble avoir décidé que cette guerre absurde lancée par la milice d’Iran sera bien la dernière. Elle lui a coûté très cher et il utilise impunément tous les moyens qu’il veut. Et ce n’est pas Trump qui va l’en empêcher. Si on veut faire la fine bouche pour livrer ses armes, il faut en payer le prix. Et c’est ce qui arrive.
07 h 42, le 14 octobre 2025