Des pompiers sur le site bombardé par Israël à Msayleh, le 11 octobre 2025. Photo Mohammad Yassine / L'Orient-Le Jour
Quelques heures après que dix missiles se sont abattus sur des engins de chantier à Msayleh, au Liban-Sud, « la scène est effrayante », rapporte notre correspondant sur les lieux, Mountasser Abdallah. Et si sur place, les propriétaires des cibles visées, qui vont devoir faire face à des « millions de dollars » de pertes, dénoncent une guerre économique menée contre le pays pour l'empêcher de relever la tête et étouffer le Hezbollah, ils affirment que leurs « vies et matériel sont offerts en sacrifice pour le Liban », comme l'a déclaré l'un d'entre eux, Oussama Fakhoury.
Dès l'arrivée sur les lieux, par une route jonchée de pierres, de débris de pylônes électriques, de fils emmêlés et d'éclats épars, sur des centaines de mètres, une odeur de caoutchouc flotte dans l'air, et la fumée s'élève encore des engins en feu. Sur place, l'on peut voir des dizaines d'entre eux calcinés et tordus, des arbres brûlés, des véhicules éventrés, et un bâtiment entier dévoré par les flammes « jusqu'à n'être plus qu'un bloc noir ». Des cratères immenses, d'environ trois mètres de profondeuret jusqu'à 25 mètres de diamètre, ont également été creusés par les missiles puissants utilisés par l'aviation israélienne.

« L'impression d'être en enfer »
Dès les premières heures de la journée, des habitants sont venus inspecter les lieux. Un résident de Najariyé, localité toute proche, a raconté avoir été réveillé «terrorisé par le bruit d'énormes explosions». « J'ai ressenti comme un tremblement de terre, puis j'ai entendu les avions de guerre et des explosions successives. Je suis sorti sur le balcon et j'ai vu toute la zone en feu ; des flammes jaillissaient en plusieurs endroits le long de la route et des langues de feu s'élevaient dans le ciel, a-t-il dit. Les bruits d'avions, les impacts des missiles et les cris de mes enfants (…) j'ai eu l'impression d'être en enfer. C'est une nuit que je n'oublierai jamais ».

Le désarroi est encore plus perceptible chez les propriétaires des engins de chantier visés par les frappes israéliennes, sur ce terrain accueillant les véhicules de plusieurs exploitants. Selon l'agence officielle, les frappes ont entraîné la destruction de nombreux engins, dont des bulldozers et des excavatrices et des véhicules de type «Bobcat». Un premier bilan fait état de pertes estimées à des millions de dollars.
Une « vengeance » d'Israël contre le Sud et tout le Liban
Ahmed Tabaja, un des propriétaires, a dénoncé à L’Orient-Le Jour une « guerre économique » menée par Israël. « Nous n'appartenons à aucun parti, nous sommes des civils. Notre ciblage par l'ennemi est une vengeance contre le Sud et les habitants du Sud et une vengeance contre tout le Liban », gronde-t-il. Pour lui, l'objectif de l'État hébreu est simple : « frapper l'économie libanaise et empêcher la reconstruction des villes et villages du Sud. Viser des civils est un crime de guerre », lance cet industriel, alors que les frappes ont tué un Syrien qui se rendait de Saïda à Hasbaya en camionnette, accompagné d'un collègue libanais, et blessé plusieurs personnes, notamment en raison des éclats de vitres qui ont explosé dans le souffle des détonations sur plusieurs centaines de mètres.

L'armée israélienne a affirmé avoir visé des infrastructures utilisées par le Hezbollah pour reconstruire ses capacités dans le Sud.
« Maintenant, je réfléchis à la façon dont je vais me relever pour poursuivre ma vie », a ajouté M. Tabaja, dont une centaine de machines de chantier ont été détruites ainsi qu'un bâtiment, affirmant que rien ne pourra empêcher les Libanais de «faire leur vie et rester attachés à leur pays».
Ali Diab, un autre propriétaire ayant subi des pertes sur le site a, de son côté, indiqué à notre publication ne pas s'être rendu compte avant l'aube que le terrain avait été bombardé. « Ce n'est pas un complexe militaire, ce sont des machines entreposées sur un terrain vague », répète-t-il, entrecoupant ses réponses de « Allahou Akbar » (Dieu est grand). Se disant « avec la résistance », il condamne autant Israël « qui ne fait pas de distinction entre la pierre et les humains », qu'il ne critique le gouvernement actuel qui « exécute un agenda américain au lieu de nous protéger », en écho aux critiques lancées par le tandem chiite Amal-Hezbollah depuis le cessez-le-feu.
Le président libanais, Joseph Aoun, a sévèrement condamné ces bombardements dans un message samedi matin, estimant toutefois ne pouvoir se contenter d'une dénonciation et soulignant qu'ils soulèvent plusieurs « défis » pour le pays : la crainte d'une escalade au Liban sur fond de cessez-le-feu à Gaza et un appel à toutes les parties, Hezbollah compris, à respecter les modalités de la trêve.
Des frappes semblables avaient déjà visé, dans la nuit du 3 au 4 septembre dernier, un grand dépôts de matériel de chantier à Ansariyé, au Liban-Sud, tuant un ouvrier syrien qui se trouvait sur place.


Il faut que le Hezbollah apprenne ce qu est la ”realpolitik” tant qu il reste encore quelques fanas a vociférer chia chia
09 h 12, le 13 octobre 2025