Le président de la Chambre Nabih Berry. Photo d’archives L’Orient-Le Jour/Mohammad Yassine
Le président du Parlement, Nabih Berry, a violemment critiqué jeudi le gouvernement, l'accusant de se désintéresser complètement des habitants du Liban-Sud, ce qui lui a valu une réponse du Premier ministre, Nawaf Salam.
Devant une délégation de l’Association des journalistes économiques qui s'est rendue à Aïn el-Tiné, Nabih Berry a regretté que le gouvernement « n’ait même pas salué » les habitants des villages frontaliers qui sont retournés « dans leurs maisons en ruine » à l’issue de la guerre de l’automne 2024. « C’est à croire que le Sud ne fait pas partie du Liban ! a-t-il lancé. Le gouvernement, à travers tous ses ministères, doit être présent, au moins a minima, afin que les habitants du Sud revenus ne se sentent pas exclus du pays. »
Et de poursuivre : « Chacun doit agir avant tout dans l’intérêt du Liban. Le Liban est trop petit pour être divisé. Le peuple libanais, qui s’est montré uni lors de l’agression israélienne, a fait preuve de plus de patriotisme que certains de ses responsables. » Il a, dans cette logique, affirmé que le budget de 2026 « ne sera pas adopté s’il ne comporte pas une clause claire relative à la reconstruction », ajoutant qu’« il est inadmissible, sous quelque prétexte que ce soit, que le gouvernement lie le dossier de la reconstruction à des contreparties politiques ».
Malgré un accord de cessez-le-feu entré en vigueur le 27 novembre 2024, après plus de treize mois de guerre entre le Hezbollah et Israël, les régions du Liban-Sud et de la Békaa restent la cible de frappes quasi quotidiennes, alors que l’armée israélienne occupe toujours au moins cinq collines sur le territoire libanais.
Salam « très surpris »
Le Premier ministre n'a pas tardé à répondre aux critiques de M. Berry contre son gouvernement, se disant dans un communiqué « très surpris » de ces propos. « Il m’importe de rappeler, si cette déclaration est avérée, que la première action que j’ai entreprise avec plusieurs de mes collègues ministres, et moins de 48 heures après l’obtention de la confiance de notre gouvernement, a été d’effectuer une visite sur le terrain à Tyr, Khiam et Nabatiyé, afin de s'enquérir de la situation de nos compatriotes dans le Sud et de les écouter. Je tiens également à rappeler qu’en l’absence de tout soutien extérieur, pour des raisons connues, et dans les limites des capacités restreintes de l’État, le ministère des Affaires sociales a assuré une aide financière mensuelle à 67 000 familles touchées par la guerre, et a annoncé l’octroi d’une indemnité de loyer mensuelle à 10 000 familles déplacées. Sans compter que les ministères des Télécommunications, des Travaux publics et de l’Électricité ont entamé les réparations nécessaires pour rétablir les services dans les zones sinistrées », peut-on lire dans le texte.
« De plus, nous avons chargé le Conseil du Sud et le Haut Comité de secours d’accélérer leurs travaux et nous leur avons transféré les montants nécessaires. Plus important encore, notre gouvernement a obtenu de la Banque mondiale un prêt de 250 millions de dollars pour la reconstruction des infrastructures endommagées par la guerre. Mais le bénéfice de ce prêt est toujours en attente de l’adoption de la loi correspondante par le Parlement, ajoute le texte dans une pique voilée au chef du législatif. Nous espérons donc que le Parlement reprendra rapidement son travail législatif afin d’approuver cette loi et permettre à nos habitants du Sud, ainsi qu’aux autres régions touchées par la guerre, d’en bénéficier. Et comme je l’ai déjà déclaré à plusieurs reprises, la reconstruction n’est pas pour moi une promesse, mais un engagement ».
Accord de paix à Gaza
M. Berry s’est également exprimé sur la première phase de l’accord de paix à Gaza, déclarant : « Nous serons heureux si prend fin la guerre génocidaire que le peuple palestinien endure depuis deux ans dans la bande de Gaza. » Cependant, il a souligné la nécessité de rester prudent face à un «possible revirement israélien sur l’accord», notant qu'« Israël nous a toujours habitués à violer chaque accord et engagement, le dernier en date étant l’accord de cessez-le-feu avec le Liban en novembre. » « Depuis le 27 novembre 2024, la 'résistance' n’a pas tiré une seule balle, tandis qu’Israël, au lieu de se retirer, de libérer les prisonniers et de cesser son agression, a occupé de nouveaux territoires et détruit des villages entiers », a-t-il dit. « Que se passera-t-il après Gaza ? La réponse doit être de relancer l’application de l’accord trouvé pour le Liban et faire en sorte que la communauté internationale, notamment les pays parrains du cessez-le-feu, assument leur responsabilité pour contraindre Israël à remplir ses obligations », a-t-il ajouté en formulant la crainte que la relance économique au Liban risque de ne pas advenir tant que la situation dans le Sud « restera telle qu’elle est ».
Élections législatives
M. Berry a en outre abordé le débat sur la loi électorale dans la perspective des élections parlementaires prévues au printemps prochain. « Certains considèrent cette loi comme si c’était une femme tombée amoureuse d’un homme, l’a épousé puis, le lendemain, a demandé le divorce. Ceux qui ont fait cette loi, qui y tenaient, n’en veulent plus », a-t-il déclaré.
Le leader chiite a de nouveau martelé que les élections « doivent avoir lieu à la date prévue » selon la loi en vigueur, adoptée en 2017. « Je confirme que nous sommes contre toute prorogation [du mandat du Parlement] », a-t-il poursuivi.
Le débat sur la loi électorale, notamment sur le vote des Libanais de l’étranger, continue à diviser le monde politique et à susciter la crainte d’un report des élections. Le bloc opposé au Hezbollah milite pour l’amendement de la loi de 2017 afin de permettre aux expatriés de voter pour l’ensemble des 128 députés. Inversement, l’alliance Hezbollah-Amal et le Courant patriotique libre (CPL, aouniste) souhaitent maintenir l’article 112 en l’état, limitant la représentation de la diaspora à seulement six députés.
Quant à ses rapports avec le président de la République, le Premier ministre et d’autres personnalités politiques, le locataire de Aïn el-Tiné a affirmé que ses « relations avec tout le monde sont bonnes », et celles avec le président Joseph Aoun sont « excellentes ».
Il a enfin commenté la récente polémique autour de l'illumination du rocher de Raouché lors des commémorations de la mort de l'ancien secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah. « Est-il raisonnable que la question de Raouché ait suscité et suscite encore plus de débats que le dossier de la reconstruction ? », a-t-il lancé.
Le Premier ministre Nawaf Salam avait adopté une position ferme après l’illumination de la grotte aux pigeons organisée par l’association Rissalat, proche du Hezbollah, alors qu'elle avait été interdite par le gouverneur de Beyrouth.
Au sujet du budget 2026, M.Berry a affirmé ne pas l’avoir encore consulté, précisant cependant que « ce budget ne passera pas à moins qu’il ne comporte une clause claire concernant la reconstruction ».
Le président du Parlement a également reçu jeudi le secrétaire général adjoint pour la paix, la sécurité et la défense du Service européen pour l’action extérieure, Charles Fries, et la délégation qui l’accompagne, en présence de l’ambassadrice de l’Union européenne au Liban, Sandra De Waele. La rencontre a permis de passer en revue l’actualité au Liban et dans la région, ainsi que les derniers développements politiques et sécuritaires.




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16 h 52, le 10 octobre 2025