Le président Joseph Aoun accueillant le ministre syrien des Affaires étrangères, Assaad el-Chaïbani, avant une réunion au palais présidentiel de Baabda, le 10 octobre 2025. Photo présidence
Depuis Beyrouth vendredi, le ministre syrien des Affaires étrangères, Assaad el-Chaïbani – premier responsable de haut niveau à effectuer un tel déplacement depuis la chute du régime Assad – a fait part de la volonté de la nouvelle Syrie à « ouvrir une nouvelle page » avec le Liban.
Chose promise, chose due : avant même l’arrivée du ministre, le palais Bustros a été informé, par l’intermédiaire de l’ambassade de Syrie au Liban, de la décision de suspendre les travaux du Haut Conseil libano-syrien et de limiter tous les types de correspondance entre les deux pays aux voies diplomatiques officielles. Le chef de la diplomatie libanaise, Joe Raggi, a annoncé que cette instance « fait désormais partie du passé ».
« Nous avons ouvert aujourd’hui une nouvelle page dans les relations entre la Syrie et le Liban », a déclaré le ministre syrien après un entretien avec le Premier ministre Nawaf Salam. Il a qualifié sa visite d’« historique », ajoutant que Damas s’engageait à « respecter la souveraineté du Liban » et le principe de « non-ingérence » dans ses affaires.
Outre le chef du gouvernement, M. Chaïbani s’est entretenu au Grand Sérail avec le vice-président du Conseil des ministres Tarek Mitri, le ministre des Affaires étrangères, Joe Raggi, et le ministre de la Justice Adel Nassar. Parallèlement, des réunions de sécurité ont eu lieu entre le directeur de la Sûreté générale, le général Hassan Choucair, et le secrétaire adjoint au ministère syrien de l’Intérieur chargé des affaires sécuritaires, le général Abdel Kader Tahan, ainsi qu’entre le directeur des renseignements de l’armée libanaise, le général Tony Kahwagi, et le chef des services de renseignements syriens, Hussein el-Salamé.
À Baabda, M. Chaïbani a assuré au président Joseph Aoun que la Syrie était « prête à discuter de tout dossier en suspens, économique ou sécuritaire », et insisté sur la nécessité de « rectifier les erreurs du passé et de construire l’avenir », tout en réaffirmant « la souveraineté du Liban et la volonté d’établir des relations solides basées sur le respect et la coopération ».
Le président Aoun a de son côté appelé à « renforcer les relations entre les deux pays sur la base du respect mutuel et de la non-ingérence », à « activer la coopération politique, économique et sécuritaire » et à réviser les accords passés. Il a souligné l’importance de créer des commissions mixtes pour examiner les dossiers en suspens et demandé à la Syrie de nommer un nouvel ambassadeur au Liban pour faciliter le suivi via les chancelleries à Beyrouth et à Damas.
Le président a par ailleurs précisé que la suspension du Haut Conseil libano-syrien nécessite une loi votée par le Parlement afin de permettre une reprise des relations diplomatiques entre les deux pays sur la base d’un État à État. M. Chaïbani a renouvelé l’invitation du président syrien Ahmad el-Chareh à Joseph Aoun de se rendre en Syrie, estimant que la reconstruction en cours dans le pays aurait des répercussions positives sur le Liban et les relations entre les deux peuples. M. Aoun s’est déclaré prêt à effectuer cette visite après l’élévation du niveau de la représentation diplomatique entre les deux pays, invitant à son tour le président Chareh à se rendre à Beyrouth.
Fait notoire : le ministre syrien ne s'est pas entretenu avec le président du Parlement, Nabih Berry, allié du Hezbollah.
Les détenus syriens
Ses entretiens ont surtout porté sur un règlement de la question des détenus syriens au Liban, sur les moyens d’encourager le retour des réfugiés et le contrôle de la frontière commune pour empêcher la contrebande. Il a indiqué que les discussions avaient « grandement progressé » sur la question des détenus, dont Damas réclame la libération. « Nous avons discuté de la nécessité d’accélérer le règlement de la question, a déclaré M. Chaïbani après sa rencontre avec le Premier ministre Salam. Dans les prochains jours, il y aura des résultats tangibles. »
Selon des informations obtenues par L’Orient-Le Jour, la Syrie a demandé la libération de tous ses ressortissants détenus au Liban. Les autorités libanaises ont répondu que cela n’était pas possible immédiatement pour des raisons judiciaires et que la procédure devait suivre les voies légales. Le ministre libanais de la Justice a insisté sur la nécessité d’un accord judiciaire conjoint nécessitant une loi votée par le Parlement, tandis que le Premier ministre a proposé un mécanisme rapide ne requérant pas l’aval du Parlement. M. Chaïbani a de nouveau souligné l’urgence d’une libération des détenus dans les prochains jours, ou à défaut, d’au moins 500 d’entre eux.
Le Liban a cependant précisé qu’il ne pouvait pas libérer un tel nombre et qu’il fallait procéder par étapes, avec des groupes plus restreints, en suivant le parcours judiciaire obligatoire. Mardi prochain, une délégation syrienne conduite par le ministre syrien de la Justice, Mazhar al-Louais, se rendra au Liban pour poursuivre les discussions sur cette affaire et accélérer la libération d’un certain nombre de détenus.
Un responsable judiciaire libanais qui a requis l’anonymat a indiqué à l’AFP qu’environ 2 250 Syriens étaient détenus dans les prisons surpeuplées du Liban. De son côté, le Liban demande aux nouvelles autorités syriennes des informations sur les nombreux assassinats politiques imputés à Damas, du temps de sa tutelle sur le Liban et après le départ de ses troupes en 2005, a indiqué à l’AFP Adel Nassar. « Nous avons demandé toutes les informations dont dispose la partie syrienne sur les assassinats qui ont eu lieu au Liban », a-t-il dit, énumérant la liste des nombreuses personnalités tuées, dont l’ancien Premier ministre Rafic Hariri. Il a affirmé que la partie syrienne avait « fait preuve de coopération » à ce sujet.
Frontières et sécurité
Les entretiens ont également abordé la question du retour des migrants et réfugiés syriens, dont le Liban accueille environ 1,3 million, qui ont fui la Syrie après la guerre civile déclenchée par la répression d’un soulèvement populaire contre le pouvoir Assad en 2011. Selon l’ONU, quelque 294 000 de ces réfugiés ont regagné leur pays depuis la chute d’Assad.
M. Chaïbani a affirmé que son pays étudiait actuellement « des plans avec un soutien international pour un retour digne ». Le contrôle des frontières poreuses entre les deux pays et le renforcement de la coopération en matière de sécurité et de renseignement figuraient également parmi les sujets abordés. Selon nos informations, la délégation syrienne a demandé le retrait de l’armée libanaise de quatre positions sur les hauteurs de la Békaa, où elle s’est installée après la bataille de Ersal en 2014. L’armée libanaise insiste sur le fait que ces terrains sont des terres libanaises. Il a été convenu de traiter ces points litigieux dans le cadre du processus de démarcation des frontières.Sur le plan militaire, les Syriens ont demandé la restitution de chars introduits au Liban après la chute du régime Assad. Un accord a été conclu pour restituer ces chars et armes, bien que l’armée libanaise affirme que ces armements appartiennent au Front populaire de libération de la Palestine-Commandement général (FPLP-CG).
La délégation syrienne a aussi demandé, selon nos sources, la suppression des frais d’entrée pour les citoyens des deux pays. Il a été décidé de travailler à l’annulation des 50 dollars exigés pour l’entrée des Syriens au Liban et des Libanais en Syrie. La coopération économique et la réouverture des lignes commerciales ont été abordées, avec un accord pour relancer les discussions. Les Qataris se sont dit prêts à soutenir des projets communs et à encourager la conclusion d’accords entre les deux pays. M. Salam a évoqué la réactivation des lignes de transport de pétrole et de gaz vers Tripoli afin d’acheminer le gaz qatari à la raffinerie.




1er signe positif: PAS DE VISITE A MR NABEUH BERRY. 1ER SIGNE PROMETTEUR !
10 h 39, le 11 octobre 2025