Le ministre libanais des Affaires étrangères, Joe Raggi et son homologue syrien, Assaad el-Chaïbani lors d'une conférence de presse conjointe à l’issue de leur rencontre à Beyrouth le 10 octobre 2025. Photo AFP/JOSEPH EID
Le ministre syrien des Affaires étrangères, Assaad el-Chaïbani, en visite à Beyrouth vendredi pour « tourner la page du passé » et des relations tendues entre Beyrouth et Damas sous le régime Assad déchu, a annoncé que des « résultats tangibles » pourraient bientôt être obtenus sur le dossier que Damas juge le plus crucial : la libération des détenus syriens au Liban.
« Nous avons discuté de la nécessité d'accélérer le règlement de la question des détenus syriens à la prison de Roumié, a déclaré M. Chaïbani après sa rencontre avec le Premier ministre Nawaf Salam. Dans les prochains jours, il y aura des résultats tangibles. »

Selon des informations obtenues par L’Orient-Le Jour, la Syrie a demandé la libération de tous ses ressortissants détenus au Liban. Les autorités libanaises ont répondu que cela n’était pas possible immédiatement pour des raisons judiciaires et que la procédure devait suivre les voies légales. Le ministre libanais de la Justice a insisté sur la nécessité d’un accord judiciaire conjoint nécessitant une loi votée par le Parlement, tandis que le Premier ministre a proposé un mécanisme rapide ne requérant pas l’aval du Parlement.
M. Chaïbani a également souligné l’urgence d’une libération rapide des détenus dans les prochains jours, ou à défaut, d’au moins 500 d’entre eux. Le Liban a cependant précisé qu’il ne pouvait pas libérer un tel nombre et qu’il fallait procéder par étapes, avec des groupes plus restreints, en suivant le parcours judiciaire obligatoire. Mardi prochain, une délégation syrienne conduite par le ministre syrien de la Justice, Mazhar al-Louais, se rendra au Liban pour poursuivre les discussions sur cette affaire et accélérer la libération d’un certain nombre de détenus.
Le retrait de l’armée libanaise
La sécurisation des frontières et le renforcement de la coopération en matière de sécurité et de renseignement figuraient également parmi les sujets abordés lors des discussions entre M. Chaïbani et M. Salam. Le ministre syrien s’est entretenu au Grand Sérail avec le Premier ministre, le vice-président du Conseil des ministres Tarek Mitri, le ministre des Affaires étrangères Joe Raggi, et le ministre de la Justice Adel Nassar. Parallèlement, des réunions de sécurité ont eu lieu entre le directeur de la Sûreté générale, le général Hassan Choucair, et le secrétaire adjoint au ministère syrien de l’Intérieur chargé des affaires sécuritaires, le général Abdel Kader Tahan, ainsi qu’entre le directeur des renseignements de l’armée libanaise, le général Tony Kahwagi, et le chef des services de renseignements syriens, Hussein el-Salamé.
Selon nos informations, la délégation syrienne a demandé le retrait de l’armée libanaise de quatre positions sur les hauteurs de la Békaa, où elle s’est installée après la bataille de Ersal en 2014. L’armée libanaise insiste sur le fait que ces terrains sont des terres libanaises. Il a été convenu de traiter ces points litigieux dans le cadre du processus de démarcation des frontières, afin d’y apporter une solution.
Cette visite diplomatique de haut niveau, la première d'un ministre depuis la chute du régime Assad début décembre 2024 et repoussée à plusieurs reprises, avait été précédée de visites de délégations des ministères syriens des Affaires étrangères et de la Justice, destinées à examiner les moyens d’améliorer et de développer les relations bilatérales. Toutes les prises de parole de M. Chaïbani ont été marquées vendredi par une insistance sur la volonté de tourner la page des relations tumultueuses entre le Liban et la Syrie au cours des dernières décennies.
Construire l'avenir
La délégation syrienne a aussi demandé, selon nos sources, la suppression des frais d’entrée pour les citoyens des deux pays. Il a été décidé de travailler à l’annulation des 50 dollars exigés pour l’entrée des Syriens au Liban et des Libanais en Syrie. La coopération économique et la réouverture des lignes commerciales ont été abordées, avec un accord pour relancer les discussions. Les Qataris se sont dits prêts à soutenir des projets communs et à encourager la conclusion d’accords entre les deux pays. M. Salam a évoqué la réactivation des lignes de transport de pétrole et de gaz vers Tripoli afin d’acheminer le gaz qatari à la raffinerie.

À Baabda, M. Chaïbani a assuré au président Joseph Aoun que la Syrie était « prête à discuter de tout dossier en suspens, économique ou sécuritaire », et insisté sur la nécessité de « rectifier les erreurs du passé et de construire l’avenir », tout en réaffirmant « la souveraineté du Liban et la volonté d’établir des relations solides basées sur le respect et la coopération ». Il a renouvelé l’invitation du président syrien à Joseph Aoun de se rendre en Syrie, estimant que la reconstruction en cours dans le pays aurait des répercussions positives sur le Liban et les relations entre les deux peuples. M. Aoun s'est déclaré prêt à effectuer cette visite après l’élévation du niveau de la représentation diplomatique entre les deux pays, invitant à son tour le président syrien Ahmad el-Chareh à se rendre à Beyrouth.
Le président Aoun a aussi appelé à « renforcer les relations entre les deux pays sur la base du respect mutuel et de la non-ingérence », à « activer la coopération politique, économique et sécuritaire », et à réviser les accords passés. Il a souligné l’importance de créer des commissions mixtes pour examiner les dossiers en suspens et demandé à la Syrie de nommer un nouvel ambassadeur au Liban pour faciliter le suivi via les chancelleries à Beyrouth et à Damas.
La fin du Haut Conseil libano-syrien
Plus tôt dans la journée, M. Chaïbani et son homologue libanais Joe Raggi ont acté la fin du Haut Conseil libano-syrien, créé en 1991 sous la tutelle syrienne. M. Raggi a annoncé que cette instance « fait désormais partie du passé » et que toutes les relations bilatérales passeront dorénavant par les « voies diplomatiques officielles ». Ce conseil, créé avec l’accord de fraternité et de coopération (1991) sous le mandat du président Élias Hraoui, avait perdu de son rôle après le retrait des troupes syriennes en 2005 et l’assassinat du Premier ministre Rafic Hariri, l’ouverture de l’ambassade syrienne à Beyrouth en 2008 n’ayant fait que renforcer son caractère symbolique.
Si sa suspension est actée, l’annulation officielle du Haut Conseil nécessite cependant une loi pour permettre une reprise des relations sur une base d'État à État. C’est ce qu’a confirmé le président de la République Joseph Aoun au cours de sa rencontre avec M. le chef de la diplomatie syrienne.
Toujours selon nos informations, la délégation syrienne a demandé la restitution de chars introduits au Liban après la chute du régime Assad. Un accord a été conclu pour restituer ces chars et leurs équipements, bien que l’armée libanaise affirme que ces armements appartiennent au Front populaire – Commandement général, dirigé autrefois par Ahmad Jibril.
Au palais Bustros, Assaad el-Chaïbani a souligné que sa visite visait à « exprimer la nouvelle orientation de la Syrie vis-à-vis du Liban et réaffirmer la profondeur des relations syro-libanaises », ainsi que « le respect par Damas de la souveraineté du Liban ». Il a remercié Beyrouth d’avoir « accueilli les Syriens », dont des centaines de milliers avaient trouvé refuge au Liban depuis le début de la guerre civile en 2011. La conférence de presse a suivi des discussions élargies avec la délégation syrienne, comprenant notamment le ministre de la Justice Mazhar el-Louais, le chef des services de renseignements Hassan el-Salamé, le secrétaire adjoint au ministère de l’Intérieur Abdel Kader Tahan, ainsi que d’autres représentants politiques.
Par ailleurs, alors qu'une rencontre était normalement prévue entre le président syrien Ahmad el-Chareh et le vice-Premier ministre libanais Tarek Mitri, en marge du Forum économique arabo-russe le 15 octobre à Moscou, celle-ci n'aura pas lieu en raison du report de cette réunion, annoncé jeudi soir par le Kremlin, de nombreux pays participants étant actuellement mobilisés par les pourparlers de paix à Gaza.





L'histoire se répète... on revois il y a 60 ans, les chrétiens, avec Frangieh demander la protection de la syrie face aux factions palestiniennes. Bientôt nous demanderons de nouveau l'aide au syriens contre les factions Iraniennes dans notre pays.
14 h 40, le 10 octobre 2025