Le ministre syrien des Affaires étrangères, Assaad el-Chibani (à gauche), marche aux côtés du président intérimaire syrien, Ahmad el-Chareh, sur le tarmac de l'aéroport de Djeddah, en Arabie saoudite, avant d'embarquer pour la Turquie, le 4 février 2025. Photo SANA/AFP
« Nous avons fait des concessions concernant les blessures que le Hezbollah a infligées à la Syrie et nous avons choisi de ne pas poursuivre le combat après la libération de Damas. » Dans des propos inédits, Ahmad el-Chareh, président par intérim syrien, a tendu la main au parti chiite libanais dimanche soir lors d’une rencontre avec une délégation médiatique arabe. Si certaines déclarations avaient déjà été publiées, l'intégralité de son exposé a été partagée mercredi soir. Ces propos précédent l'arrivée lundi d'une délégation syrienne au Liban pour aborder, entre autres, le sort des détenus syriens dans le pays. Plusieurs officiels libanais se sont, eux, rendus en Syrie depuis la chute de Bachar el-Assad.
Leader de la coalition islamiste ayant mené à la chute du régime Assad le 8 décembre 2024, Ahmad el-Chareh avait alors déclaré que la Syrie avait été « purifiée » du pouvoir assadien, livré selon lui « aux convoitises iraniennes », au « sectarisme et à la corruption », en référence au soutien de l'Iran et du Hezbollah au gouvernement d'Assad pendant la guerre civile (2011-2024). Il a ajouté que « certains nous présentent comme des terroristes et une menace existentielle, tandis que d’autres veulent s’appuyer sur la nouvelle Syrie pour régler leurs comptes avec le Hezbollah. Or, nous ne sommes ni l’un ni l’autre ».
En 2013, lorsque le Hezbollah avait officialisé son intervention militaire en Syrie pour soutenir Bachar el-Assad et sécuriser les routes d’approvisionnement vers le Liban, il l’avait justifiée en affirmant combattre les « takfiristes » (terme utilisé par le parti pour désigner les rebelles islamistes sunnites présentés comme une menace pour la communauté chiite. Depuis le 8 décembre 2024 et la récente guerre entre le Hezbollah et Israël, le parti pro-iranien est en perte de vitesse tant sur la scène politique que sur le plan militaire, alors que la Syrie continue d'annoncer des saisies de munitions à destination du Liban.
Pourtant, « il était de notre droit de rendre la pareille au Hezbollah (...) Mais j’ai préféré ne pas aller dans cette direction », a-t-il souligné, même si, selon lui, « Tripoli et Beyrouth (régions à majorité sunnite, Ndlr), ainsi que des régions chrétiennes, auraient bien accueilli une intervention syrienne contre le Hezbollah ». Une position « qui n'est pas surprenante », selon une source diplomatique libanaise interrogée par L'OLJ. « Ahmad el-Chareh semble être le premier président syrien depuis des décennies à respecter la souveraineté libanaise », a-t-elle ajouté. Malgré ses assurances de ne pas avoir d'ambitions expansionnistes, le fait qu'il évoque longuement le dossier libanais peut surprendre, d'autant qu'il doit aussi gérer des enjeux internes pressants, comme les tendances autonomistes – voire séparatistes – de certains groupes armés en Syrie. Pour le président syrien, la priorité semble être de mobiliser le plus grand soutien diplomatique possible, notamment des États-Unis et des pays arabes.
Le Liban est « un champ de mines »
« La moindre erreur ou un seul faux pas, et la situation explose au Liban », a poursuivi le président syrien p.i., qualifiant ce pays de « champ de mines ». « Je ne peux pas partir enlever 1,5 million d'êtres humains (le dernier recensement date de 1932, Ndlr) et les jeter à la mer », en référence probable à la communauté chiite au Liban, base du Hezbollah. Il a également souligné que « la mémoire intérieure du Liban par rapport à la guerre civile n’a pas été traitée correctement », considérant qu'il n'y a pas eu de « solution globale » à la fin de la guerre civile libanaise (1975-1990), le Liban ayant alors été placé de facto sous tutelle syrienne jusqu'à son retrait en 2005.
Il a également dénoncé « l’investissement (iranien) dans la polarisation politique ou confessionnelle », à l'heure où l'Iran, qui se défend de toute intervention dans les affaires internes libanaises, refuse le désarmement du Hezbollah, décidé par le gouvernement libanais début août et pour lequel l'armée doit soumettre un plan le 2 septembre. Enfin, il a affirmé que « le Liban a besoin d’une opération chirurgicale délicate pour sortir de sa crise », fondée sur le dépassement des divisions politiques et confessionnelles et sur l’exploitation des opportunités économiques de « la renaissance syrienne », dont le Liban doit profiter. Ahmed el-Chareh a ainsi assuré vouloir une « relation d'État à État avec le Liban, fondée sur des solutions économiques, la stabilité et l’intérêt commun ».
L'économie pourrait être une porte d'entrée pour bâtir du soft power au Liban fragilisé. Il semble proposer un « deal gagnant-gagnant » : résolution des dossiers en suspens en échange d'un accès privilégié à l'économie syrienne, à l'heure où la reconstruction en Syrie avance avec des projets ambitieux sans rôle pour le Liban, pourtant longtemps perçu comme un acteur de ce chantier.




S’il dit vrai , ce serait une première. Du temps de sa splendeur, le régime des Assad ne correspondait qu’avec ses agents, type baas et autres hezbollah. Si le Naïm et ses hommes craignent la revanche de ceux qu’ils ont massacrés en Syrie, le Liban ne doit pas en être responsable. Bien au contraire on en veut à cette milice vendue bien plus que lui.
06 h 49, le 26 août 2025