Une nation a solennellement promis à une seconde nation le pays d’une troisième. C’est par cette formule percutante que l’écrivain et journaliste austro-hongrois Arthur Koestler, revenu sur le tard de ses ardeurs sionistes, résumait la déclaration Balfour de 1917, aux termes de laquelle la Grande-Bretagne favorisait l’établissement d’un foyer national juif en Palestine dans la sauvegarde des droits de la population arabe, largement majoritaire à l’époque. Plus d’un siècle plus tard, la dépossession n’a pas fini de dérouler ses plis sur une terre chaque jour en peu plus charcutée, saucissonnée, saignée à blanc et puis grignotée, absorbée, digérée.
Le Proche et le Moyen-Orient ne sont certes pas les seuls lieux où sévit la guerre. En revanche, c’est bien là que la paix se montre le plus insaisissable ; c’est encore là qu’elle se trouve non seulement rejetée, mais de surcroît bafouée, insultée, ravalée même au rang de prostituée. Non point bien sûr que Donald Trump se soit mis en tête de se payer, avec ses milliards, ce prix Nobel de la paix déjà concédé, non sans une flagrante complaisance, à son lointain prédécesseur Obama. Mais c’est tout comme. Car capitalisant sur ses demi-succès en Afrique et dans le sous-continent indien, l’homme y croit, le plus sérieusement du monde. C’est pourtant avec ses bombes, livrées sans regarder à la dépense, que la bande de Gaza a été rasée. De cette terre brûlée, idéalement vidée de sa population, il a d’abord ambitionné de se confectionner un Palm Beach de superluxe. S’il affecte maintenant de s’apitoyer sur les Gazaouis qui ont vécu, déplore-t-il, un véritable enfer, il n’en continue pas moins de tolérer l’implacable poursuite du massacre, en attendant qu’ait achevé de cuire un laborieux projet de cessez-le-feu. Et il ordonne des sanctions contre la rapporteuse au Conseil onusien des droits de l’homme, l’admirable Francesca Albanese, qui veut traîner devant les tribunaux internationaux des firmes et des hommes d’affaires américains et israéliens associés par pur esprit de lucre aux desseins génocidaires d’Israël.
Aucune avanie n’aura cependant été épargnée au bon sens. Car le scandale n’est pas tant dans les loufoques prétentions du président US que dans la surréelle performance du flagorneur qui l’a formellement recommandé auprès du comité du Nobel. Ainsi le personnage qui, en début de semaine, destinait la prestigieuse palme à un non-méritant avéré était lui-même le moins en droit de parler seulement de paix, puisqu’il est recherché pour crimes de guerre ou suspecté de tendances génocidaires par les deux plus hautes instances de la justice internationale. Sans même s’en douter, Benjamin Netanyahu ne faisait en somme qu’illustrer en chair et en os, en plein Washington, la lunaire équation que posait Koestler. C’est dire à quel voyage au bout de l’absurde ces deux personnages s’obstinent, en solo ou de concert, à mener la région.
Comme à l’accoutumée, le Liban n’échappe guère à tous ces contes de la folie extraordinaire. Des décennies durant, on n’a cessé de claironner partout que le Hezbollah était un des bras armés – le plus musclé de tous – de l’hydre persane. Voilà tout à coup que pour l’administration américaine, le désarmement de cette milice, stipulé par plus d’une résolution de l’ONU, est une affaire intérieure, avec tous les aléas sécuritaires qu’un tel constat implique. Le contexte se trouve encore aggravé par le harcèlement systématique de la force intérimaire internationale auquel se livrent Israël et le Hezbollah. Et comme un ennui ne vient jamais seul, c’est la Syrie qui se met soudain de la partie, qui fait part d’une impatience croissante, assortie de menaces de représailles aussitôt démenties, dans le dossier des centaines de jihadistes croupissant sans jugement dans les prisons libanaises, et dont l’extradition est exigée.
Mais qui songe seulement à délivrer de ses chaînes cette chimère que l’on nomme paix ?
Issa GORAIEB

