Vue de Kornet el-Saouda. Photo Claire Srour
Le plus haut sommet du Liban se trouve à Bécharré. C’est ce qu'a décidé mardi la juge foncière du Liban-Nord, Thérèse Moukaouem, qui a intégré le mont Kornet el-Saouda au périmètre cadastral de la localité de Bécharré. Cette décision vient trancher un litige foncier de longue date opposant le village chrétien à la bourgade sunnite de Bkaasafrine, dans le caza de Denniyé, toutes deux revendiquant la souveraineté sur ce site naturel emblématique. Si la députée des Forces libanaises de Bécharré Sethrida Geagea a salué ce verdict, des députés sunnites ont promis de contester cette décision.
Situé à plus de 3 000 mètres d'altitude, Kornet el-Saouda fait l'objet d'un conflit de longue date entre les habitants de Bécharré et ceux de Bkaasafrine, notamment au sujet de l'approvisionnement en eau. Kornet el-Saouda est un terrain indivis qui est censé être géré par les municipalités de la région, mais l’absence de délimitation précise ravive les disputes chaque été autour des réserves en eau de la région. Des disputes qui ont parfois dégénéré en échange de coups de feu.
Le jugement rendu par la magistrate Moukaouem, dont L'Orient-Le Jour a pu consulter une copie, souligne que sur base d'un examen des documents à disposition, et après une visite sur le site, l'application des anciennes frontières connues de la région de Bécharré doit être reconnue, incluant donc le sommet au centre du litige. Le jugement rappelle toutefois qu'il est possible de contester cette décision en justice. La juge ordonne en outre aux experts de reprendre leurs travaux de bornage et démarcation des deux régions, en se basant sur les frontières historiques de la municipalité de Bécharré, établies dans des documents datant de 1863.
Un jugement « qui rend à chacun ses droits »
Contacté par L'Orient-Le Jour, l'ancien député de Bécharré Joseph Ishak explique que la municipalité de cette localité avait présenté un recours en justice en 2019, afin de délimiter l'emplacement géographique de Kornet el-Saouda. « La décision de la justice a été prise en fonction des documents présentés par la municipalité et qui prouvent que le site est situé dans le caza de Bécharré », assure-t-il.
Plusieurs incidents avaient eu lieu à Kornet el-Saouda. Le dernier en date s’est produit le 1er juillet 2023 et a coûté la vie à Haïtham et Malek Tok, deux hommes de Bécharré, après un échange de tirs avec des habitants de Bkaasafrine ainsi que de l’armée libanaise qui a une base dans la région. Mme Geagea leur a d'ailleurs rendu hommage dans son communiqué diffusé mercredi.
« Surpris par la décision »
Mécontent du verdict, le député Fayçal Karamé a insisté pour dire que « Kornet el-Saouda fait partie de la localité de Bkaasafrine ». Réagissant aux propos de Mme Geagea, il a dénoncé « les communiqués imprécis de certains députés qui font croire à l'opinion publique qu'il s'agit d'une décision définitive et que le litige foncier autour de Kornet el-Saouda a été réglé ». « Nous respectons la justice et allons nous opposer à cette décision par les moyens légaux. Il s'agit d'une décision préliminaire qui présente de nombreuses lacunes juridiques et techniques », estime-t-il.
Même son de cloche du côté du député de Denniyé Jihad Samad, qui souligne que la décision judiciaire est « préliminaire ». Il accuse Sethrida Geagea d'avoir « mal interprété la décision de la juge. M. Samad insiste toutefois sur le respect des relations de bon voisinage entre les habitants de Bécharré et ceux de Denniyé.
« Nous avons été surpris par la décision de la juge qui contredit clairement les documents officiels qui définissent (l'emplacement géographique de Kornet el-Saouda) », écrit pour sa part le chef de la municipalité de Bkaasafrine, Khaled Badra, dans un communiqué. L'élu dénonce par ailleurs des « pressions politiques et religieuses inacceptables » qui auraient été exercées, selon lui, sur la juge foncière.



Le nom du village dans le district de Minieh-Dennieh s'écrit aussi Békaa Safrine dans un autre article de l'OLJ. La transcription Bkaasafrine est peut-être plus utilisé mais celle de Békaa Safrine me semble plus proche du nom en arabe.
20 h 51, le 28 juin 2025