Les armes saisies à Ras el-Nabeh, le 29 juillet 2026. Photo fournie par une source locale
C'est une querelle familiale qui a fait tomber le rideau. Dans la nuit de mercredi à jeudi, un important stock d'armes appartenant au Hezbollah a été saisi à Beyrouth, dans le quartier résidentiel de Ras el-Nabeh. Une information confirmée à notre journal par une source judiciaire et une source locale. Une source proche du ministère de l'Intérieur a également confirmé que l'incident a eu lieu, sans toutefois s'exprimer sur le rôle du Hezbollah dans l'affaire.
Cet incident survient alors que le Liban subit une pression croissante d’Israël et des États-Unis pour accélérer le désarmement du groupe soutenu par l’Iran, dans le cadre des négociations directes en cours entre Beyrouth et Tel-Aviv, dont un nouveau round est prévu du 4 au 6 août à Rome. Cette découverte fortuite survient également trois mois après la décision du Conseil des ministres « d’étendre le contrôle de l’État » dans la capitale et d’y « assurer le monopole des armes », en réaction au massacre israélien du 8 avril dernier.
« Batailles de rue »
Contactée par L’Orient-Le Jour, une source judiciaire de haut rang indique que l'affaire a débuté par une dispute entre un homme (H.J.) et une femme. Le père de cette dernière s'est ensuite rendu dans l'appartement pour intervenir, accompagné de la fille de son épouse issue d'une précédente union. Une altercation a alors éclaté, au cours de laquelle cette jeune femme a été blessée par balle. Alertées, les forces de sécurité ont perquisitionné l'appartement. Elles y ont découvert un important arsenal comprenant quinze fusils d'assaut de type kalachnikov, des obus B7, des munitions de différents calibres ainsi que d'autres équipements.
Selon la source, il s'agirait d'armes et de munitions destinées à des « batailles de rue », plutôt que d'un arsenal susceptible de servir à une opération d'envergure. Des drapeaux du Hezbollah ont également été saisis. Toujours selon cette source, l’époux a reconnu appartenir au Hezbollah. Il est, depuis, en état d'arrestation. Selon la source locale contactée par notre journal, H.J. est un réparateur de pneus et propriétaire d’un petit atelier. « Il n’a jamais porté d’arme de sa vie, assure-t-elle. Il soutient le Hezbollah, mais il n’est ni formé ni expérimenté. » Selon cette même source, le parti aurait pu entreposer des armes chez lui précisément parce qu’il ne suscitait aucun soupçon.
En plus des armes, des enquêteurs ont par ailleurs retrouvé un plan du quartier de Ras el-Nabeh, ainsi que du matériel de communication. Le volet relatif à la dispute est suivi par l’avocat général près la cour d'appel de Beyrouth, Raja Hamouche. En revanche, le dossier portant sur les armes relevait initialement du parquet militaire, qui l'avait confié à la Direction des renseignements de l'armée tout en en conservant la supervision. Il est désormais entre les mains du procureur général près la Cour de cassation, Rami el-Hajj.
Du fait de la nature des armes et des équipements retrouvés lors de cette perquisition, certains observateurs ont estimé qu'il s'agit d'un indicateur que le Hezbollah n'exclut pas de mener un coup de force à Beyrouth. Cette affaire intervient alors que les critiques du Hezbollah contre le président Joseph Aoun et le gouvernement de Nawaf Salam se sont intensifiées depuis la signature, le mois dernier, d’un accord-cadre entre le Liban et Israël. Certains redoutent un scénario similaire à celui du 7 mai 2008, lorsque le parti avait pris les armes à Beyrouth après une décision gouvernementale visant son réseau de télécommunications. Jusqu’à présent, toutefois, le Hezbollah s’est abstenu de mobilisations d’ampleur et n’a pas quitté le gouvernement. Les sources contactées par L'OLJ n’ont pas été en mesure de confirmer la possibilité d'un coup de force, soulignant que l’enquête est toujours en cours. Contacté, une source proche de la milice chiite n'a pas voulu commenter, sans toutefois démentir son lien avec la cache d'armes trouvée.


