Le Trio ACO a conclu le cycle de concerts des Musicales de Baabdate 2025. Photo Léon Markarian
Soirée mémorable, samedi 24 mai dans le cadre des Musicales de Baabdate avec le trio de l’Orchestre de chambre de Amman (ACO) avec la participation de musiciens de l'orchestre dont Karim Saïd au piano.
Le compositeur tchèque Bedřich Smetana est connu pour son opéra La Fiancée vendue et surtout pour son cycle symphonique Ma Patrie. Son Trio pour piano en sol mineur, op. 15, est remarquable et son interprétation aux Musicales fut enthousiasmante, due à la présence de Ihab Jamal, premier violon, Jana Seman, violoncelle, et Karim Saïd au piano. Des musiciens d'un talent peu commun, car cette musique passionnément slave fait visiblement vibrer en eux d'ardentes affinités.
Écrit par le jeune maître de 30 ans, sous le coup de la mort de sa petite fille Bédriska à l'âge de 4 ans et demi, ce morceau est une page originale et forte à l'écart des schèmes formels classiques proches au contraire des conceptions monothématiques de Franz Liszt, qui admirait beaucoup cette œuvre et qui reçut de Liszt un hommage émouvant. Le maître se leva, embrassa le compositeur et le félicita pour sa profonde compréhension de la musique, confession de l'âme. Nos musiciens en exaltent admirablement la sombre flamme, tout en se gardant parfaitement du double écueil d'une écriture parfois presque orchestrale et d'une forme rhapsodique, exigeant une grande discipline constructive.
Souhaitons que cette interprétation parfaite attire un peu plus l'attention sur cette œuvre qui est une grande page trop méconnue. Ce qui n'est pas le cas du Quintette pour piano de Robert Schumann. « Votre Quintette, très cher Schumann, m'a beaucoup plu. J'ai prié votre chère épouse, Clara, de le jouer deux fois. J'ai encore très présent à l'esprit les deux premiers mouvements, quant au final, il m'aurait sans doute plu davantage si j'avais pu l’entendre une fois séparément. Je vois quel chemin vous voulez suivre et puis vous assurer que c’est aussi le mien. Là est l'unique chance de salut, la beauté », dixit Richard Wagner.
Contrairement à Smetana, Franz Liszt parla de façon blessante et fort désagréable du Quintette pour piano de Schumann. Ce morceau, charte du romantisme allemand, est sans doute le premier grand chef-d'œuvre conçu pour piano et quatuor à cordes. Redoutable problème que pose l'interprétation de cette page difficile, chef-d'œuvre fascinant. Dès qu'il fait appel à son cher piano, Schumann se sent tout à fait à l'aise, comme Karim Saïd, qu'on connaît comme un artiste brillant, ce qui sied parfaitement à cette partition. Leur travail atteint ici un niveau très solide, un travail aussi très sérieux et qui se traduit par une mise en place quasi irréprochable. Par contre, l'équilibre entre les cordes paraît parfois contestable. Leurs qualités essentielles sont du domaine de la dynamique, de l'élan et de la nervosité, énergie et brillance. La vitalité masque un peu le mystère dans le mouvement lent, mais l'impulsion du scherzo est ardente et tourmentée. Et le final, l'allegro ma non troppo, est un tourbillon joué avec passion. L'impression générale de cette version est qu'elle se colore tantôt des fusions humaines, tantôt s'élève à une contemplation métaphysique, certainement une interprétation bouleversante. En bis, une pièce pour piano de Claude-Bénigne Balbastre, pièce délicieusement rococo.



"Ce morceau, charte du romantisme allemand, est sans doute le premier grand chef-d'œuvre conçu pour piano et quatuor à cordes." Oui, mais il ne faut tout de même pas oublier le très beau Quintette dit "La Truite" de Franz Schubert...
15 h 11, le 27 mai 2025