Après la chute d’Assad et 48 ans plus tard, je rends hommage à Michel Raymond Jabre et à tous les martyrs de la souveraineté libanaise.
Michel Raymond Jabre, jeune étudiant brillant à l’AUB et amoureux de son pays, est devenu l’un des premiers martyrs à s’opposer à l’invasion du Liban par des forces étrangères. En mars 1975, enlevé et brutalement agressé par des éléments de l’OLP, il parvient miraculeusement à échapper à une tentative d’assassinat. Profondément marqué par cet acte de violence dans un pays qui avait accueilli ces réfugiés, il s’est engagé dans la lutte pour la souveraineté nationale.
Avec le Tanzim, organisation de résistance non affiliée à un parti, Michel a pris les armes pour défendre la montagne du Metn, région stratégique que les Palestiniens et leurs alliés tentaient de contrôler pour atteindre Jounieh, bastion chrétien. Pendant six mois, avec des moyens limités et le courage d’une poignée de jeunes, il a tenu le front et stoppé l’avancée ennemie.
Le 29 septembre 1976, alors qu’il défendait Ras Mrouj contre l’entrée de l’armée syrienne, Michel a ordonné l’arrêt de l’avancée des chars syriens par un barrage d’obus puis est tombé dans un piège fatal. Les Syriens, infiltrés jusque dans les rangs de la résistance, utilisèrent la trahison d’un membre du Tanzim pour localiser sa position exacte. Le bunker où il se trouvait avec cinq jeunes résistants fut visé par un tir d’obus d’un char syrien, les tuant tous sur le coup. Ces derniers mots résument son combat : « Nous avons combattu les Palestiniens pour éviter qu’ils remplacent leur terre par la nôtre. Mais avec les Syriens, qui n’ont jamais reconnu l’existence du Liban, il sera encore plus difficile de les voir partir. »
Grâce à son sacrifice et à celui de nombreux autres héros, la montagne du Metn n’est pas tombée ce jour-là. Michel Raymond Jabre incarne l’esprit de résistance et le prix de la liberté. À lui, à Bachir Gemayel, à Dany Chamoun, à Pierre Amine Gemayel, à Gebran Tuéni, à François el-Hajj, à René Moawad, à Rafic Hariri et à tous les autres martyrs du Liban, aux kidnappés, aux disparus, aux torturés et aux Libanais qui ont passé leur vie dans les prisons syriennes, rendons hommage avec les mots de Charles Péguy : « Heureux ceux qui sont morts pour la terre charnelle, mais pourvu que ce fût dans une juste guerre... »
Puissions-nous nous souvenir de leur courage et poursuivre leur combat pour un Liban libre et souverain.
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