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Cessez-le-feu et déni de défaite

L’aube était rose sur Beyrouth, hier, tandis que se tassaient les colonnes de fumée soulevées par la dernière salve israélienne. Le Liban tout entier attendait 4h du matin, l’heure annoncée du cessez-le-feu, pour souffler un peu après soixante jours d’une guerre qui semblait inexorable. Soixante jours de calme pour soixante jours de fureur ? À 3:25, cependant, des bombardements se sont déchaînés de manière inattendue au cœur même de la ville, se rapprochant du siège du gouvernement. Des bombes éclairantes avaient été aperçues en soirée au-dessus du Casino du Liban. Israël a-t-il voulu donner une dernière parade pour finir dans le spectaculaire ce qu’il a commencé, avec l’attaque des bipeurs, sur le mode chimérique ? Entendait-il achever, in extremis, en cette dernière heure, le travail mortifère que, laissé à lui-même, il aurait laissé durer sans fin ? Ou bien était-ce un dernier avertissement, un « à suivre » au pied d’une page sanglante, donnant un aperçu de ce qui se passerait en cas de violation de l’accord ? Tout porte à croire que cette fois, rien ne serait épargné, ni sièges du pouvoir, ni infrastructures, ni ports, ni aéroports, ni les régions jusqu’à présent contournées. L’application de la résolution 1701 s’impose, sans tergiversations. Le processus est attendu depuis 2006.

Il a plu. Larmes de suie, odeur d’iode et de caoutchouc brûlé, pétrichor inconnu de terre antique mêlée d’explosifs contemporains, de fierté bafouée et de deuils détournés en offrandes. Mais il a plu, et cette pluie était bienfaisante. Son doux crépitement chassait le souvenir du vrombissement obsédant des drones au-dessus de nos têtes. L’eau baptismale s’était déversée sur nos corps de guerre tendus à se rompre, apaisant ce qu’elle pouvait. Sur les routes encombrées la veille par les résidents fuyant les quartiers menacés, des exilés prenaient tout à coup le chemin du retour. Des camionnettes chargées de pauvres choses, matelas de mousse dont il est trop tôt pour se défaire, vêtements et ustensiles serrés dans des sacs-poubelle et puis deux drapeaux libanais, incongrus dans ce contexte, de part et d’autre des véhicules. Toute une histoire, ces matelas qui portent à eux seuls l’empreinte et la sueur des nuits blanches, témoins de tous les combats individuels contre les démons de l’incertitude et la hantise des lendemains annonciateurs de nouvelles destructions et d’autres vies fauchées. Ailleurs, on a vu les convois triomphalistes des familles attachées au Hezbollah venant inspecter les quartiers détruits, dans l’espoir de retrouver entre les décombres un appartement ou une chambre habitable. On portait en gloire les portraits de Hassan Nasrallah et de Hachem Safieddine, comme pour leur offrir ce moment perçu comme une victoire et qu’ils n’ont pas eu le temps de célébrer. Le chef assassiné du parti de Dieu avait pourtant martelé dans son ultime discours qu’il ne se soumettrait pas à la résolution 1701 et que rien, sinon l’arrêt de la guerre à Gaza, ne l’empêcherait de poursuivre le combat contre l’« entité » israélienne. Tout ça pour ça ? Nous revoilà à la case départ.

Qu’en penser ? Un cessez-le-feu n’est même pas un armistice, mais il permet de nier la défaite. Chacun pense, sans oser le dire, pour ne pas humilier davantage ces compatriotes qui ont à l’évidence perdu tout ce qui faisait leur superbe, qu’Israël a eu le dernier mot. Chacun pense aussi que ce n’était pas à Israël de faire le nécessaire ménage dans les écuries d’Augias qu’était devenu l’État libanais du fait du Hezbollah. Ces choses ont un prix. Le Liban est désormais de facto sous la tutelle des États-Unis qui s’engagent à y surveiller les activités « suspectes ». À ceux qui pourraient s’en réjouir, rappelons les hauts faits des Américains dans les pays qu’ils contrôlent. Trop de générations ont été perdues au profit de guerres inutiles – ou pire, commanditées. Pour la énième fois, le Liban ose se rêver en État souverain. Une limite semble atteinte. Sauf si, comme le vantait une célèbre réclame de liquide vaisselle : « Quand y’en a plus, y’en a encore. »

L’aube était rose sur Beyrouth, hier, tandis que se tassaient les colonnes de fumée soulevées par la dernière salve israélienne. Le Liban tout entier attendait 4h du matin, l’heure annoncée du cessez-le-feu, pour souffler un peu après soixante jours d’une guerre qui semblait inexorable. Soixante jours de calme pour soixante jours de fureur ? À 3:25, cependant, des bombardements se sont déchaînés de manière inattendue au cœur même de la ville, se rapprochant du siège du gouvernement. Des bombes éclairantes avaient été aperçues en soirée au-dessus du Casino du Liban. Israël a-t-il voulu donner une dernière parade pour finir dans le spectaculaire ce qu’il a commencé, avec l’attaque des bipeurs, sur le mode chimérique ? Entendait-il achever, in extremis, en cette dernière heure, le travail mortifère que,...
commentaires (8)

Magnifique article !! 100% d accord Et oui les sionistes ont fait le sale boulot pour les libanais qui souhaitent vivre paisiblement avec les voisins du sud. Hezbollah pensaient tt casser et au bout du compte le bateau prend l eau de partout.

JEAN PALVADEAU

01 h 38, le 30 novembre 2024

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Commentaires (8)

  • Magnifique article !! 100% d accord Et oui les sionistes ont fait le sale boulot pour les libanais qui souhaitent vivre paisiblement avec les voisins du sud. Hezbollah pensaient tt casser et au bout du compte le bateau prend l eau de partout.

    JEAN PALVADEAU

    01 h 38, le 30 novembre 2024

  • LA DEFAITE MILITAIRE DU HEZBOLLAH EST CRIANTE. CELLES STRATEGIQUE ET POLITIQUE D,ISRAEL LE SONT TOUT AUTANT.

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    19 h 54, le 28 novembre 2024

  • Merveilleuses lignes écrites à l'encre de la lucidité. Oui, l'ennemi israélien du Liban a rendu au Liban un service. Un service meurtrier, sans doute. Mais il a fait ce que la communauté internationale n'avait pas fait depuis 2006. La meilleure preuve de la nécessité de cette intervention destructrice vient des partisans du Hezbollah eux-mêmes. Alors qu'ils ont pris la plus monumentale raclée de l'existence de leur milice, ils essaient encore, pathétiquement, de parader. On croirait voir la mouche du coche dans la célèbre fable de Jean de La Fontaine. Maintenant, attention aux USA. A suivre.

    CODANI Didier

    18 h 13, le 28 novembre 2024

  • "Pour la énième fois, le Liban ose se rêver en État souverain. Une limite semble atteinte" .... très vrai mais aussi bien pénible

    Wlek Sanferlou

    14 h 25, le 28 novembre 2024

  • tres bien dit en fin de compte c'est le liban et les libanias qui ont perdu.

    EL KHALIL ABDALLAH

    12 h 58, le 28 novembre 2024

  • Bel article, merci.Nier la défaite, on ne fait que ça. Même pas avec un minimum de dignité ou de décence, malheureusement

    Ata

    09 h 58, le 28 novembre 2024

  • Aigre-doux, merci Fifi.

    Avette

    09 h 12, le 28 novembre 2024

  • Le déni de défaite est plus nuisible que les armes. Tant que nous n’avons pas pris le temps d’analyser et d’écrire notre histoire ce sera un cercle vicieux sans fin

    Coroll

    07 h 58, le 28 novembre 2024

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