La médiathèque de l’Institut français du Liban reste ouverte selon les horaires habituels. Photo IFL
Les Instituts culturels français et italien sont parmi les plus actifs au Liban. Ils avaient prévu un programme très fourni d’activités culturelles pour la rentrée 2024/2025. Mais la guerre a frappé avec une violence impitoyable, faisant des milliers de victimes, des destructions massives et paralysant tout le secteur culturel. Mais il semblerait que les deux entités poursuivent leur action en coulisses.
La directrice de L’Institut français du Liban (IFL) et conseillère de coopération et d’action culturelle, Sabine Sciortino, confirme effectivement avoir du pain sur la planche. Il va de soi que le Festival du livre, initialement prévu du 21 au 27 octobre, a été annulé, par contre le travail qui avait été fait en amont de la tenue de l’événement est, lui, loin d’être perdu. Si les circonstances le permettent, il sera disséminé sur l’année 2025 en rendez-vous ponctuels. « Nous avons été sidérés comme tout le monde puisque nous sommes totalement intégrés dans l’écosystème libanais », déclare Sabine Sciortino, qui ajoute que la particularité de l’IFL réside dans ses antennes sur l’ensemble du territoire, un atout qui permet de rester à proximité des partenaires.
Depuis le 7 octobre 2023, l’antenne du Sud qui regroupe les sites de Tyr et Nabatiyé est évidemment fermée, mais les agents opéraient à partir de Saïda, sauf que la dégradation de la situation depuis quelques semaines a impacté les personnels de ces instituts qu’il a fallu mettre à l’abri, priorité de l’ambassade. « Les instituts de Saïda et Baalbeck sont temporairement fermés, mais Saïda est en passe de rouvrir une demi-journée par semaine pour répondre aux demandes », explique Sabine Sciortino. Jounieh, Tripoli et Deir el-Qamar n’ont jamais fermé, ce qui n’est pas le cas de Zahlé qui a, depuis, rouvert ses portes. La direction a donc redéployé ses agents en fonction de leur lieu de résidence et des disponibilités.
Apprendre, lire, échanger : des activités importantes pour la famille en temps de crise. Photo IFL
L’IFL, comme les autres services culturels, met à disposition des cours de langue qui requièrent quelque 200 professeurs dans tout le Liban. « Entre ceux qui sont partis et ceux qui ont déménagé, il a fallu assurer la continuité, première urgence après les bombardements », souligne Sabine Sciortino. Ces cours sont évidemment indispensables pour tous les étudiants désireux d’intégrer des universités françaises.
L’autre volet primordial, d’où l’importance de rester ouverts, ce sont les médiathèques qui offrent aux parents comme aux enfants des espaces de respiration et la possibilité de récupérer des dossiers pour les étudiants qui se rendent en France. Par ailleurs, l’IFL travaille avec une centaine d’écoles francophones, hormis celles qui sont homologuées, pour recréer du lien social, établir des bilans sur la situation des établissements qui, pour certains, reprennent en présentiel et d’autres en ligne, et évaluer l’aide à apporter dans le cadre des programmes qui sont proposés. D’autres projets comme celui de « Biblioh ! » – plus de 200 000 livres en français destinés à la jeunesse du Liban produits localement, proposés à prix réduit et accompagnés de contenu audio – continuent, eux, de fonctionner, même si le calendrier initial n’est pas toujours respecté.
L’IFL poursuit, en outre, son travail dans le sens inverse, notamment les résidences d’artistes pour Libanais, ainsi que leur participation et celle de chercheurs à des événements phares en France, ce qui valorise les talents locaux à l’étranger. Parmi les activités plurielles de l’IFL, figure Campus France qui accompagne les étudiants désireux de rejoindre des universités en France et qui doivent constituer leur dossier pour 2025. Un autre volet du travail de l’IFL en ce moment est de répondre aux sollicitations des collectivités qui cherchent à aider le Liban.
Ce qui reste en suspens, c’est la programmation des projections de films qui, même si elles sont gratuites et en zone relativement sûre, peuvent être perçues comme étant en marge de la réalité sur le terrain. « On ne débranche pas, on reporte, on s’adapte », insiste Sabine Sciortino, qui cite cette fameuse résilience libanaise qu’elle commence à palper sur le terrain.
Pour permettre l’interaction culturelle
Du côté du Centre culturel italien, même son de cloche à peu près, avec une programmation particulièrement dense qui était prévue avant le déclenchement de la guerre, notamment en collaboration avec le BAAF pour les films et Beirut Chants entre autres. De l’art contemporain à la littérature en passant par le livre, du cinéma à la science, de l’architecture à la musique, le directeur de l’Istituto Italiano di Cultura (IIC) Angelo Gioà s’active dans toutes les directions.
Tous ces événements ont été reportés sine die par les partenaires locaux de l’IIC, sans compter que les voyages pendant cette période sont déconseillés. L’IIC planifie donc pour les années 2025 et 2026, afin ne pas se retrouver pris au dépourvu, et continue de donner des cours de langue italienne en ligne, tout en se consacrant à la traduction de livres de l’italien vers l’arabe pour renforcer ses maisons d’édition et contribuer à diffuser le livre italien au Liban. L’Italie mise, par ailleurs, sur une place d’invité d’honneur à l’une des foires du livre de Beyrouth. Pour Angelo Gioà, la culture seule ne peut résoudre les conflits, mais un accès régulier à tous ses secteurs peut ouvrir les esprits à l’innovation, à la compréhension de la réalité, à l’équilibre de l’information et à la conscience critique. D’où la nécessité pour lui de dédier une place importante aux résidences d’artistes, de danseurs, de designers, etc. pour permettre l’interaction culturelle.
Le directeur de l’Istituto Italiano di Cultura (IIC) Angelo Gioà. Photo DR
« Nous préparons actuellement un événement intitulé l’Archive et le Dystopique, avec l’artiste de renommée internationale Rä di Martino qui explore l’intersection entre le matériel d’archives et les futurs spéculatifs à travers ses œuvres vidéo, photographiques et vidéo 3D, et ce dans le cadre de la Journée contemporaine consacrée au thème de l’accessibilité. Ce thème nous invite à réfléchir à la manière dont l’art contemporain peut être accessible à un large public diversifié. Il s’agit d’un sujet sensible qui soulève la question de l’inclusivité pour tous », raconte Angelo Gioà.
En matière de cinéma, l’IIC devrait proposer Tools for After Cinema, une suite du thème déjà abordé avec l’exposition de design en mars dernier au palais Sursock, et en collaboration avec l’association Metropolis Art Cinema, présenter la section « Cinéma », une sélection des propositions les plus intéressantes de la nouvelle cinématographie italienne qui sera présentée au public libanais.
L’année 2025 doit augurer d’une activité très fournie, mais Angelo Gioà préfère ne pas l’anticiper. « Je voudrais juste signaler que nous aurons la première édition du Festival du film italien au Liban, et que j’ai participé à un concours public italien pour la promotion de la photographie avec un projet très intéressant entièrement centré sur le Liban. Si je le remporte, nous en reparlerons», conclut Angelo Gioà.



