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Culture - Initiative

BibliOh ! : des livres en français à la portée de tous les jeunes Libanais

Rendre plus de 200 000 livres en français accessibles à la jeunesse à un prix abordable : tel est l’objectif de ce projet innovant et très utile en période de crise, porté par l’ambassade de France et l’Institut français du Liban, en collaboration avec trois éditeurs et libraires francophones.

BibliOh !  : des livres en français à la portée de tous les jeunes Libanais

L’application BibliOh ! sera bientôt disponible au téléchargement. Photo DR

On dit des jeunes qu’ils ne lisent plus. Ou plutôt qu’ils lisent autrement et un peu en diagonale. Sauf que le goût de la lecture arrive très tôt dans la vie, au moment où les personnalités se construisent, et quand celui-ci est absent, l’inculquer devient nécessaire. C’est en partie le rôle qu’endosse le projet BibliOh ! une initiative innovante portée par l’ambassade de France et l’Institut français du Liban, en collaboration avec trois éditeurs et libraires francophones dans le pays : Hachette Antoine, la Librairie orientale et la librairie Stephan. 

Le projet  a vu le jour il y a plus d’un an, et permis à ces partenaires d’acquérir les droits de plus de 120 titres de littérature jeunesse auprès d’éditeurs français, dans le but de les produire localement à moindre coût. Plus de 200 000 livres en français seront rendus accessibles à un prix abordable, au bénéfice des jeunes Libanais, d’ici à 2025.

Ce qui est une très bonne chose étant donné que la crise que traverse le pays depuis 2019 et qui n’épargne personne résonne davantage auprès de la tranche la plus vulnérable de la population : les enfants. Apprentissage à distance, invasion des écrans, et pour culminer un pouvoir d’achat en chute libre qui fait des livres, notamment importés, une denrée quasiment de luxe pour les petits dont l’éveil en dépend largement.


120 références à 2 000 exemplaires chacune

BibliOh ! est aussi et surtout une invitation à découvrir ou redécouvrir la richesse de cette langue et de la culture francophone qui, tout en accusant un recul certain, se bat pour rester, ancrée dans le plurilinguisme caractéristique du pays. L’initiative est née d’échanges entre les libraires qui constataient l’urgence de remédier aux écueils qui jalonnent la voie d’accès aux livres en français depuis la crise. « Un enfant de 12 ans aujourd’hui, compte tenu des crises qu’il a subies depuis 2018, de celle, sanitaire, qui a imposé une éducation à travers les écrans, à celle, économique, qui a éloigné le livre en français devenu hors de prix, a été privé pendant le tiers de sa vie de lire en français. C’est un constat dramatique pour la francophonie au Liban, pour le développement des enfants, et c’est ce qui nous a amenés à vouloir corriger le tir avec les libraires », explique Mathieu Diez, attaché pour le livre et le débat d’idées à l’Institut français du Liban.

Au lieu d’importer des livres rendus très chers à l’arrivée, BibliOh ! cible la cession de droits du français vers le français, c’est-à-dire le fait de céder les droits français à un éditeur libanais pour éditer localement en langue française. Le livre tout à fait identique en qualité est finalement vendu à la moitié du prix qu’il aurait coûté autrement, ce qui permet de le mettre à la portée des Libanais malgré la crise.

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Ces livres qui font grandir

C’est en fait le ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères, l’ambassade de France et l’Institut français au Liban qui ont financé le démarrage de ce projet à hauteur de 600 000 euros à peu près, ce qui permet aux éditeurs libanais d’acheter les droits aux éditeurs français de quelque 120 titres tirés à 2 000 exemplaires chacun. Ce financement, qui n’interviendra qu’une fois, devrait permettre aux éditeurs locaux d’enclencher le processus et de prendre la relève par la suite. Un projet qui cible les 6 à 12 ans et a pour vocation de devenir pérenne au-delà des deux ans sur lesquels il doit se dérouler. « Il fallait parer au plus urgent, et le plus urgent c’est cette tranche d’âge », dit Mathieu Diez.

« Lire c’est rêver les yeux ouverts », écrivait Kerry Reichs dans « L’épopée du perroquet ». Photo d’illustration Bigstock

En parallèle, les trois librairies et maisons d’édition partenaires ont enrichi ces ouvrages d’une dimension numérique en y intégrant des contenus audio tels que des interviews d’auteurs, des podcasts et des livres audio sur une application qui sera bientôt disponible au téléchargement. Tout le projet doit agir comme un test sur ce public cible et son catalogue est proposé à toutes les écoles et tous les particuliers. Les ouvrages peuvent d’ailleurs être livrés partout sur le territoire libanais.

« Ce projet de cession de droits du français vers le français est pionnier et s’est forcément heurté à la réticence des éditeurs français qui n’en sont pas particulièrement friands, sauf que c’est la relation de confiance qui règne entre les éditeurs libanais et français qui lui a permis de voir le jour », confie Mathieu Diez à L’Orient-Le Jour. Il pourrait faire des émules ailleurs sur d’autres continents qui connaissent les mêmes difficultés et où la francophonie a besoin d’être soutenue. Le lancement, qui a eu lieu il y a quelques semaines à l’Institut français et a réuni un bon nombre de responsables d’établissements scolaires de tous types ainsi que la presse, tout comme le travail des libraires auprès des écoles, a pour objectif de catalyser sa diffusion.

Marc Boutavant, illustrateur et auteur jeunesse et de bandes dessinées (Ariol, Chien pourri, Mouk, Edmond…) qui est venu deux fois au Liban, évoque l’importance de cette initiative dans une vidéo où il raconte qu’il a constaté au détour de ses nombreuses pérégrinations que les enfants connaissaient ses personnages grâce aux dessins animés et pas par les livres, et que justement ils avaient envie d’en savoir plus, sauf que dans certains pays le prix de ces collections est rédhibitoire. Pour lui, il ne s’agit pas seulement de vendre des livres mais de mettre à disposition un patrimoine d’imagination.


Ce que ne saurait démentir Kerry Reichs qui, dans L’épopée du perroquet, dit que « lire c’est rêver les yeux ouverts ». BibliOh ! devrait donner aux enfants le pouvoir de les fermer et continuer de rêver après la dernière page.

On dit des jeunes qu’ils ne lisent plus. Ou plutôt qu’ils lisent autrement et un peu en diagonale. Sauf que le goût de la lecture arrive très tôt dans la vie, au moment où les personnalités se construisent, et quand celui-ci est absent, l’inculquer devient nécessaire. C’est en partie le rôle qu’endosse le projet BibliOh ! une initiative innovante portée par l’ambassade...
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