Les incursions israéliennes en territoire libanais ont débuté il y a longtemps et n’ont pas attendu la création et le renforcement du Hezbollah, qui, de son côté n’a pas attendu non plus l’agrément des instances libanaises pour se porter au secours de Gaza.
Les déclarations internationales innombrables visent toujours à garantir l’indépendance, la sécurité et la souveraineté du Liban au point de devenir idiomatiques dans les déclarations officielles. Les positions politiques nationales leur emboîtent le pas en développant un souverainisme exacerbé sans les moyens pour l’assurer.
Et pourtant, bien avant la rhétorique récurrente scandant inlassablement « Israël a le droit de se défendre », et donc avant la présence potentielle des risques militaires on estimait que le droit lui était dévolu de dépasser les lois des hommes a fortiori celles des Nations unies. Faut-il rappeler les incursions aériennes rarement condamnées ou le projet Johnston de 1956 visant à répartir les eaux et le chantier de l’aqueduc national (créant des droits nouveaux sur l’eau à Israël) mais aussi les bombardements par les Israéliens des premiers actes du projet arabe de détournement des eaux du haut Jourdain et donc du Litani ? Israël règle ses différends par les armes dans l’approbation internationale sans qu’il ait été donné la possibilité au Liban de réagir militairement pour défendre sa souveraineté (on n’avait aucun moyen crédible pour le faire) ou même d’avoir recours à la légalité internationale. Une bien curieuse façon de la part de nos amis de défendre notre souveraineté.
Un des principes basiques du droit interdit de se faire justice soi-même, c’est même une des raisons d’être des systèmes de droit laissant à la collectivité (l’État) le soin de dire justice et de l’appliquer pour éviter la loi de la jungle et l’injustice de la raison du plus fort. Ce principe aurait dû s’appliquer aux relations entre les États telles qu’imaginées par les grandes puissances pour notamment protéger les plus faibles. Le corollaire à ce principe est celui de l’interdiction des punitions collectives.
Déjà du temps de l’ère coloniale, les puissances coloniales étaient condamnées quand elles portaient des représailles sur les territoires voisins qui servaient de terre de repli aux insurgés. Avec Israël cela fait partie de la jurisprudence propre du droit à se défendre qui est abusivement et extensivement utilisé. À ce propos, ce que fait Israël à Gaza où, au titre de la légalité internationale, elle doit assurer la protection des populations sous occupation, ressort plutôt de la non moins brillante rhétorique du « régime qui tire sur son peuple »
Le but de ce qui précède est justement de mettre en exergue le fait qu’aucune loi ou convention internationale n’autorise Israël à entrer au Liban, à survoler impunément son territoire à y lancer des opérations militaires ou occuper des terres.
Les exemples passés de résolution par la communauté internationale de ce type de débordements révèlent le grignotage des petits pas au profit d’Israël par toutes sortes de justifications spécieuses. Qu’est-ce qui s’oppose au retour à nos frontières confirmées dans les accords d’armistice de 1949 sans détours et circonlocutions ?
En est-on encore à l’ère de la force qui prime le droit qui autorisait les conquêtes de territoires ?
La précédente occupation du territoire a laissé derrière elle par la grâce de la communauté internationale un certain nombre de points litigieux. Il ne faudrait pas que l’occupation terrestre qui pointe, en se drapant de nouveaux droits, finisse par créer de faux impératifs comme celui, éternel, de devoir s’y maintenir pour préserver la sécurité du Nord, qui, bien sûr, susciteront au début l’émoi international mais deviendront très vite état de fait au gré de l’évolution des situations.
Et si, pour garantir sa sécurité, l’État d’Israël prétextant, comme à l’accoutumée, des affrontements avec le Hezbollah, estimait que le meilleur moyen restait celui en cours dans les territoires occupés, à savoir l’établissement de colonies (illégales aux yeux de toutes les puissances mais acceptées comme irréversibles) qui, dans cette logique de défense des défenses, toujours plus meurtrières, ne s’arrêtera qu’à la mer.
Pour y faire face la seule légalité internationale n’y pourvoira pas, nous avons besoin de consolider effectivement notre union autour du projet national qui nous réunit et de renforcer efficacement notre armée qui assure notre cohésion pour qu’elle puisse devenir la garante de notre souveraineté.
Ancien ministre
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