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Nos lecteurs ont la parole

Pourquoi cette impossibilité de dire non face à la violence contre les femmes ?

« Violence » et « viol » viennent du même mot latin, « violare », qui signifie traiter avec violence, violer, dévaster ou profaner (source : Le Grand Robert). La violence est donc une force qui s’impose au corps ou à l’esprit. De ce fait, selon notre droit actuel, toute action qui exclut le consentement de la victime est considérée comme violente, qu’elle soit faite par contrainte ou par surprise. Ainsi, le consentement est ce qui distingue les actes punissables de ceux qui ne le sont pas. Même si dans les pratiques sexuelles sadomasochistes la réalité est plus complexe. Certaines personnes consentent et prennent plaisir à subir des formes de souffrance qui ressemblent à de la violence.

Freud a montré que la violence peut être traumatisante, car elle génère un excès d’excitation que le psychisme ne peut pas contenir. De telles pratiques ne sont pas sans conséquence sur la parole des victimes, ainsi toute violence qui transgresse et outrage le corps se situe hors langage.

Il n’y a plus de repères pour comprendre et nommer ce qui se passe. La victime est dé-subjectivée, éjectée de la continuité de son existence et de la connaissance de soi. Ainsi, la violence atteint non seulement le corps, mais aussi le processus intime qui permet de se sentir chez soi. On observe une série de ruptures : l’excès d’excitation, l’exclusion du sens (« l’autre nuit ») et la rupture de l’intimité corporelle et psychique. Cette série de ruptures rend impossible de parler de la violence à autrui (parents, amis, acteurs sociaux, police, justice).

Pourquoi cette impossibilité de parler ? Face à cette violence, la honte et la culpabilité jouent aussi un rôle important. La honte paralyse souvent la victime, l’empêchant de parler de ce qu’elle a subi. La culpabilité, même irrationnelle, peut amener la victime à se blâmer elle-même pour ce qui s’est passé. Ces sentiments exacerbent la dé-subjectivation de la victime, la plongeant encore plus dans le silence et l’isolement. Par ailleurs, la honte est une souffrance vécue dans l’intersubjectivité. (...) Elle révèle en nous ce qui devait rester caché. C’est une déchirure traumatique, exposée devant des témoins, réels ou imaginaires.

En effet, ce sentiment est presque toujours présent chez les victimes, mais il n’est jamais directement abordé dans le cadre de la prise en charge clinique. Ce sont des signes cliniques spécifiques qui peuvent alerter le thérapeute sur la présence cachée de la honte. Par exemple : une impossibilité à regarder le thérapeute en face.

Peut-on se libérer de la honte ? Pour se libérer de la honte, plusieurs approches peuvent être utiles. La première étape consiste à reconnaître et valider les sentiments de la victime, en créant un environnement sécurisant où elle se sent écoutée et crue. Encourager l’expression émotionnelle, que ce soit par la parole, l’écriture ou d’autres formes créatives, peut être libérateur. Une thérapie individuelle avec un professionnel, utilisant des approches comme la thérapie cognitivo-comportementale (TCC) ou la thérapie des traumatismes, peut aider à explorer et comprendre ces sentiments. Participer à des groupes de soutien avec d’autres personnes ayant vécu des expériences similaires permet de normaliser la honte et de se sentir moins isolé. Pratiquer la pleine conscience, la méditation et d’autres techniques de relaxation aide à gérer l’anxiété et à se reconnecter positivement avec son corps. Comprendre les effets du traumatisme sur le corps et l’esprit aide à dépersonnaliser la honte, en reconnaissant qu’elle est une réaction normale à une expérience anormale. Travailler sur l’estime de soi et la construction d’une identité positive permet de se concentrer sur ses forces et résiliences plutôt que sur sa victimisation. Enfin, établir des relations de confiance offre un soutien continu et un sentiment de sécurité, essentiels pour la guérison. La libération de la honte est un processus graduel nécessitant temps, patience et soutien, adapté à chaque individu.

Pourquoi ne pas rompre ? Maintenir le lien « d’amour » est une raison fréquente qui empêche les femmes victimes de violence de rompre. Souvent, quand elles le font, il est trop tard. Elles consacrent toute leur énergie à maintenir ce lien, quel qu’en soit le prix, ce qui va de pair avec l’angoisse d’abandon suscitée chez leur partenaire maltraitant. Ce dernier, incapable de supporter cette angoisse, peut aller jusqu’au pire pour récupérer sa « possession ». Pour beaucoup de ces femmes, l’amour implique un engagement total, prêtes à tout sacrifier pour le préserver. Elles espèrent changer leur partenaire et gardent longtemps l’espoir que la séparation soit impensable, le lien offrant une sécurité affective qu’elles considèrent comme essentielle.

Du masochisme physique au masochisme moral : le comportement de certaines femmes victimes de violence révèle une quête de punition en réponse à la culpabilité et à la honte qu’elles ressentent. Il y aurait diverses manifestations de cette culpabilité, incluant l’acceptation des mauvais traitements et la privation des enfants de leur père. Ce phénomène est souvent interprété comme une forme de masochisme moral, mais cette explication est limitée. Par ailleurs il est vrai que le sadisme et le masochisme sont deux expressions différentes de la pulsion de mort, pouvant coexister ou se renforcer mutuellement. Ces comportements trouvent leur expression dans la relation imaginaire entre le sujet et autrui, offrant un cadre crucial pour la compréhension clinique de ces dynamiques complexes.

BA, MD, Psychologue

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

« Violence » et « viol » viennent du même mot latin, « violare », qui signifie traiter avec violence, violer, dévaster ou profaner (source : Le Grand Robert). La violence est donc une force qui s’impose au corps ou à l’esprit. De ce fait, selon notre droit actuel, toute action qui exclut le consentement de la victime est considérée comme violente, qu’elle soit faite par contrainte ou par surprise. Ainsi, le consentement est ce qui distingue les actes punissables de ceux qui ne le sont pas. Même si dans les pratiques sexuelles sadomasochistes la réalité est plus complexe. Certaines personnes consentent et prennent plaisir à subir des formes de souffrance qui ressemblent à de la violence.Freud a montré que la violence peut être traumatisante, car elle génère un excès...
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