Rechercher
Rechercher

Nos Lecteurs ont la Parole

Le salaire de Tavares choque les Français, mais pas celui de Mbappé

Le 16 avril 2024, les actionnaires de Stellantis (le 4e constructeur automobile mondial, PSA Group et Fiat Chrysler) réunis aux Pays-Bas (et non pas en France) ont fixé la rémunération de leur PDG Carlos Tavares pour 2023 à 35 000 000 de dollars. Des politiciens français de tous bords sont immédiatement montés au créneau pour qualifier cette rémunération de « choquante », « indécente », « pognon de dingue », voire « provocatrice ». Certains ont même annoncé leur intention de déposer incessamment des projets de lois visant à plafonner les salaires des PDG.

Pour sa défense, M. Tavares a pertinemment fait le parallèle entre sa situation et celle d’un joueur de foot ou d’un pilote de formule 1 quant aux bénéfices de Stellantis réalisés en 2023 qui s’élèvent à 18 milliards de dollars.

En consultant les informations publiées, il s’avère que le footballeur Mbappé gagne 75 millions de dollars par an et que les rémunérations des pilotes de formule 1 Hamilton et Verstappen s’élèvent respectivement à 50 et 40 millions de dollars par an. Leurs rémunérations ne choquent personne en France. Pourquoi alors les Français appliquent-ils des jugements différents pour évaluer des rémunérations équivalentes ? Aucun politicien français n’a à ce jour exprimé sa volonté de légiférer pour plafonner les revenus des sportifs.

Envisageons les possibles explications logiques de cette différence dans l’appréciation de la légitimité de rémunérations équivalentes :

- L’idéologie de gauche : la justification idéologique est inapplicable puisque les sportifs de haut niveau à l’instar des PDG n’ont hérité ni des entités qui les emploient ni des postes qu’ils occupent et qu’ils le doivent seulement à leurs qualités et à leurs efforts personnels.

- L’utilité sociale : cette explication est aussi à écarter car c’est un contre-argument puisque l’utilité sociale d’un PDG qui emploie souvent plus de 100 000 salariés est évidemment supérieure à celle d’un sportif de haut niveau qui travaille pour réaliser son intérêt individuel sans créer d’emplois.

- L’écart entre les rémunérations des salariés d’une entreprise et celle de son PDG : c’est une explication partielle fondée sur la perception et non sur la réalité factuelle. En effet, alors que les sportifs de haut niveau travaillent dans le cadre d’une entreprise sportive (écurie de formule 1, club de football) qui emploie des salariés, ils n’en sont pas pour autant les dirigeants, contrairement aux PDG des grandes entreprises. C’est donc la confusion dans la personne des PDG de leurs pouvoirs hiérarchiques avec les écarts entre la rémunération de ces derniers et celles des salariés qui pourrait expliquer l’acceptation des écarts de salaire par les politiciens français dans le cadre d’une entreprise sportive et leur rejet de ce même écart dans le cadre de l’entreprise commerciale.

- Une autre explication partielle serait potentiellement fondée sur la différence du niveau académique entre les sportifs et les PDG malgré l’équivalence de leurs rémunérations respectives. En effet, ces derniers ont généralement un parcours académique long dans des institutions prestigieuses dont l’accès sélectif se fait minutieusement par concours, contrairement aux footballeurs et aux pilotes automobiles qui ont généralement reçu une éducation académique minimale. Or les institutions académiques françaises de haut niveau sont souvent attaquées par des politiciens français comme étant non égalitaires malgré le fait qu’elles sont gratuites. À cet égard, le président de la République française, Emmanuel Macron, lui-même diplômé de l’ENA, pour sa candidature à sa propre succession en 2022, a proposé la suppression de l’ENA. Il se peut que dans la perception des Français, les diplômés des grandes écoles françaises, malgré leur gratuité comme l’ensemble du système éducatif français, forment une certaine élite contraire à leur société égalitaire ou plutôt « égalitariste ».

Il semblerait qu’une évaluation des rémunérations des PDG des grandes entreprises françaises, fondée sur une idéologie strictement égalitariste alors que l’ensemble du système académique français est ouvert à tous et gratuitement, soit contre-productive pour le plan de relance économique et de l’attractivité internationale de la France. L’égalité des chances doit se limiter à l’égalité de tous à l’accès à l’éducation de haut niveau sans aucune discrimination. Au-delà du droit d’accès égalitaire, l’idéologie d’égalité dans le résultat et dans la rémunération devient un handicap plutôt qu’un atout sur le plan de la concurrence internationale.


Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

Le 16 avril 2024, les actionnaires de Stellantis (le 4e constructeur automobile mondial, PSA Group et Fiat Chrysler) réunis aux Pays-Bas (et non pas en France) ont fixé la rémunération de leur PDG Carlos Tavares pour 2023 à 35 000 000 de dollars. Des politiciens français de tous bords sont immédiatement montés au créneau pour qualifier cette rémunération de...
commentaires (0)

Commentaires (0)

Retour en haut