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Campus - INFORMATION

Les jeunes au Liban redéfinissent leur manière de s’informer

Non, les jeunes Libanais ne sont pas moins bien informés que leurs parents. Non, ils ne sont pas superficiels, dupes ou facilement bernés par les fake news... C’est juste qu’ils explorent et consomment l’actualité autrement.

Les jeunes au Liban redéfinissent leur manière de s’informer

Maria Mansour. Photo DR


Face au flux surabondant d’informations, les jeunes Libanais changent de réflexes et adoptent des comportements différents. Numériques de plus en plus, leurs pratiques évoluent. Elles divergent aussi. S’ils demeurent intéressés par l’actualité, ils ne sont pas forcément attirés par les mêmes thématiques que leurs aînés. Bien au contraire. Leurs priorités diffèrent. Tout comme les supports qu’ils utilisent. Comme par exemple Victoria Jawhar, 19 ans, en deuxième année de biochimie à l’Université Saint-Esprit de Kaslik (USEK), qui explore de nouveaux supports.

Victoria Jawhar. Photo DR

S’appuyant essentiellement sur Instagram et les sites web, la jeune universitaire avoue que, lorsqu’il s’agit de s’informer, elle recourt à des comptes vérifiés et cherche à croiser les sources pour s’assurer de la fiabilité des informations avancées. Si son appétence pour l’actualité dépend en grande partie de la nature du sujet du moment, il n’empêche qu’elle suit de près tout ce qui a rapport aux sciences et aux technologies. « Nous avons besoin de plus de ressources », déplore-t-elle. « Trop souvent, je consulte des sites étrangers à la recherche de contenus ou d’articles scientifiques », a-t-elle encore ajouté. La jeune universitaire, qui se montre par ailleurs méfiante vis-à-vis des nouvelles politiques qu’elle juge « non fiables et subjectives d’autant que les chaînes locales abordent la politique par le truchement des luttes partisanes », déclare souhaiter voir dans l’actualité « des sujets qui interpellent la jeunesse, qui lui sont utiles ». « Nous avons besoin de thématiques qui répondent à nos attentes, qui nous concernent et qui nous parlent », a-t-elle encore avancé.

Michella Hermes. Photo Léna Hermes

Un point de vue que partage Michella Hermes. Titulaire d’une licence en sociologie, la jeune fille de 24 ans poursuit actuellement un master 2 en administration économique et sociale à l’Université libanaise (UL) à Zahlé. « À mon âge, je suis censée avoir intégré le marché de l’emploi depuis longtemps, mais voilà je suis toujours au chômage », lance-t-elle de but en blanc. « Je consomme l’information de façon sporadique et aléatoire, mais lorsqu’un sujet précis et bien spécifique m’intéresse, comme c’est le cas avec le dossier de l’Université libanaise, je me renseigne et me documente », indique-t-elle, tout en précisant : « Je cherche toujours à m’assurer de la véracité des propos directement auprès de l’UL, car il est impossible de se fier tout le temps aux informations qui circulent ou aux contenus souvent partiels et trompeurs. » Médias en ligne, chaînes traditionnelles ou bien réseaux sociaux tels Facebook, Instagram, réseau X ou autres… le support importe peu pour cette jeune fille qui estime que « la question réside dans les contenus et les formats proposés », qui selon ses termes « doivent non seulement ressembler aux jeunes, mais doivent aussi s’attaquer aux thématiques qui leur sont liées comme par exemple le chômage, le marché de l’emploi ou encore l’émigration ». « Je n’ai commencé à m’intéresser à l’émission de Marcel Ghanem (Sar el-Waët/It’s About Time sur la chaîne MTV, NDLR) que pour suivre la rubrique consacrée aux jeunes ! Il faut que ça change », a-t-elle conclu.

Ricardo Sleiman. Photo Dani Sleiman

La télévision reste un vecteur informationnel bien présent

Si les médias dits traditionnels, à l’instar de la télévision, sont appelés à se renouveler et à s’imprégner davantage des codes numériques, cela ne signifie pas néanmoins que les jeunes se sont complètement détournés d’eux pour s’informer. Pour Ricardo Sleiman, la télévision reste un vecteur informationnel bien présent, parallèlement aux réseaux et plateformes en ligne. Poursuivant une formation en biochimie à l’UL, ce jeune de 18 ans suit le journal télévisé au quotidien, et ce en dépit du fait « qu’il ne se sent pas concerné par les informations relayées, ni de près ni de loin ». « Pour être franc, dit-il, je ne crois plus du tout à ce qu’on avance », affirme-t-il. Et d’ajouter : « Je m’intéresse uniquement à l’actualité sportive. » Maria Mansour, 19 ans, manifeste, quant à elle, un intérêt particulier pour les actualités notamment socio-culturelles. « C’est vraiment sur des sujets précis en lien avec la jeunesse, que ce soit sur le plan local ou international », explique la jeune étudiante en sciences du laboratoire médical à l’Université de Balamand. Dédaignant la politique en faveur de « tout ce qui a trait à la mentalité des jeunes et à leur psychologie », elle confie s’informer sur les réseaux sociaux et les sites en ligne tout en veillant à « faire le tri », puisque sur la toile, tout n’est pas de l’info.

Clara Abi Chebel. Photo Fabienne Abi Chebel

Poursuivant une formation en affaires internationales et diplomatie à l’Université Notre-Dame de Louaïzé (NDU), Clara Abi Chebel, 18 ans, assure puiser très souvent ses informations sur internet et les réseaux sociaux surtout Instagram et TikTok, tout en suivant les nouvelles de temps à autre sur la télévision, et ce en fonction de l’événement. Intéressée par tout ce qui touche à l’actualité locale, plus particulièrement aux questions de corruption, elle admet chercher à vérifier « qui est à l’origine de l’info et où est-ce qu’elle a été diffusée » pour juger de la crédibilité de la source. Cependant, si en général elle s’appuie sur le moteur de recherche Google et sur l’encyclopédie en ligne Wikipedia pour effectuer ses recherches, elle reconnaît recourir aux ressources fiables mises à sa disposition en tant qu’étudiante, par la bibliothèque de l’université pour « croiser les points de vue » et « se baser sur des faits » avant de se forger une opinion critique et de faire son propre avis loin des idées préconçues.

Communication transparente et diversité des points de vue

Quant à Nour Nasser, 22 ans, elle poursuit une double formation : une première en physiothérapie à l’Université antonine (UA) et une seconde en psychologie à l’UL. Elle estime que se renseigner correctement est un élément essentiel pour que tout citoyen puisse construire un avis raisonné et éclairé. « Je suis l’actualité dans une certaine mesure. Je suis beaucoup plus prise par les nouvelles politiques locales », confie-t-elle, soulignant au passage qu’elle diversifie les sources pour qu’elle ait une vision plus globale. À cet égard, Nour confie accorder une attention particulière aux sources de l’info. Si elle s’appuie largement sur les réseaux sociaux et la télévision, elle demeure néanmoins « pointilleuse » quant à l’origine de l’information. « Être une figure médiatique ne signifie pas forcément que vous êtes crédible. Donc ce n’est pas parce que M. Untel ou Mme Untelle a tenu des propos quelconques que je vais les croire d’autant que les médias libanais dans leur ensemble sont loin d’être objectifs, ont des partis pris et transmettent chacun les points de vue de la partie à laquelle il est affilié », explique-t-elle, avant de rappeler, en guise de conclusion, l’importance de la communication transparente, de la diversité des points de vue et du débat au sein des universités et parmi les jeunes.

Face au flux surabondant d’informations, les jeunes Libanais changent de réflexes et adoptent des comportements différents. Numériques de plus en plus, leurs pratiques évoluent. Elles divergent aussi. S’ils demeurent intéressés par l’actualité, ils ne sont pas forcément attirés par les mêmes thématiques que leurs aînés. Bien au contraire. Leurs priorités diffèrent. Tout comme...
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