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Politique - Crise

Affaire Joseph Aoun : le CPL franchit un nouveau cap

Pour la première depuis le début de la querelle sur le sort du chef de l’armée, le ministre de la Défense a proféré des menaces à peine voilées à son encontre.

Affaire Joseph Aoun : le CPL franchit un nouveau cap

Le commandant en chef de l’armée, Joseph Aoun, saluant le Premier ministre sortant, Nagib Mikati, lors de la célébration de la fête de l’indépendance à Rachaya, le 22 novembre 2023. Photo fournie par le bureau de presse du Sérail

Maurice Slim – et derrière lui Gebran Bassil – passe à la vitesse supérieure. Le ministre sortant de la Défense (proche du Courant patriotique libre) a rompu avec ce qu’il appelle la politique de « retenue » pour lancer des menaces verbales à peine voilées à l’encontre du commandant en chef de l’armée, Joseph Aoun, avec lequel ses rapports sont complètement rompus depuis plusieurs mois, dans le cadre du bras de fer autour de l’avenir du patron de la troupe à quelques semaines de la fin de son mandat (le 10 janvier 2024).

« Le ministre pourrait se voir contraint de révéler au grand jour toutes les pratiques douteuses, ainsi que toutes les infractions (noms, chiffres et documents à l’appui) pour mettre fin aux hérésies qui dépassent de loin sa personne pour porter atteinte à l’institution militaire », peut-on lire dans un communiqué publié mardi par le bureau de presse de Maurice Slim, quelques heures après une mise en garde de Joseph Aoun contre « toute atteinte à l’armée ». 

Dans la forme, le ministre de la Défense réagissait à des informations relayées dans la presse locale selon lesquelles il se serait abstenu de débloquer les crédits finançant l’achat de carburant pour le compte de l’institution militaire. Mais ces menaces ne sont qu’un reflet de la bataille acharnée menée par le courant aouniste pour se débarrasser de Joseph Aoun. Une campagne dans le cadre de laquelle Gebran Bassil et son camp tentent de jouer toutes les cartes, y compris les accusations de corruption à l’encontre du patron de la troupe et l’appel à la désignation d’un commandant « provisoire » de l’institution militaire. C’est le vice-président de la Chambre et ancien ministre de la Défense Élias Bou Saab qui a évoqué cette éventualité. « Il est possible de nommer un commandant provisoire de l’armée jusqu’à l’élection d’un nouveau président », a-t-il déclaré dans une interview accordée mercredi soir à la chaîne locale LBCI. La position de M. Bou Saab, proche du CPL, serait-elle donc coordonnée avec Gebran Bassil ? Les ténors du parti aouniste se contentent de répondre qu’il pourrait s’agir d’une des solutions pour éviter un vide à la tête de l’armée. « Personne ne voudra opter pour une entorse flagrante à la loi de la défense », explique Wadih Akl, vice-président du CPL pour les affaires légales. Il réitère ainsi le veto catégorique du CPL à une prorogation du mandat de Joseph Aoun, une démarche illégale et anticonstitutionnelle selon le parti. Pour les formations chrétiennes majoritaires, mais aussi pour le patriarche maronite, Béchara Raï, le maintien du général Aoun à son poste est l’option la plus réaliste, d’autant plus que le Liban est en situation de guerre au Liban-Sud, mais aussi de vacance présidentielle. « Ils ne peuvent pas faire comme si de rien n’était et nommer un chef de la troupe », affirme le père Bassam Raï, proche de Bkerké. Et de poursuivre : « Le patriarche maronite ne veut pas que l’on puisse passer outre la magistrature suprême dans les décisions cruciales. »

Le patriarcat maronite n’est pas le seul à s’opposer à une telle démarche. Il y a aussi et surtout le Premier ministre sortant, Nagib Mikati, soucieux de ne commettre aucun faux pas à même de susciter une levée de boucliers chrétienne. « Je n’avaliserai aucune option qui porterait un défi à la communauté maronite (à laquelle est réservé le poste de patron de l’armée) », affirme le chef du gouvernement à L’Orient-Le Jour. « Je ne procéderai à aucune nomination sans le feu vert du patriarche Raï », ajoute-t-il, reconnaissant que « la prorogation (du mandat de Joseph Aoun) est le moindre des maux ».

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« Mon cher Joseph Aoun »
Dans son discours prononcé mercredi à l’occasion de la fête de l’indépendance à la citadelle de Rachaya, le Premier ministre a d’ailleurs rendu hommage à Joseph Aoun, dans ce qui semble être un message indirect à Gebran Bassil qui n’en finit pas de lui donner du fil à retordre. « Mon cher Joseph Aoun, vos efforts et votre bienveillance paternelle – dont je suis témoin – ont protégé l’institution militaire contre les tempêtes. Cette bienveillance assure la pérennité et la stabilité de l’armée », a lancé M. Mikati. Fait notable : le Premier ministre a tenu ces propos en présence de Joseph Aoun, mais en l’absence de Maurice Slim. Alors que dans son interview mercredi soir, Élias Bou Saab a insinué que le ministre de la Défense avait été écarté de cet événement, L’OLJ a appris que c’est la municipalité de Rachaya, en temps qu’organisatrice, qui s’est contentée de convier le chef du gouvernement et les députés et ministres de la région.

Maurice Slim, lui, a les yeux rivés sur sa principale mission : empêcher la prorogation du mandat de Joseph Aoun ou le retardement de son départ à la retraite de quelques mois. Le ministre s’est réuni jeudi avec le président du Parlement Nabih Berry (qui renvoie la balle de ce dossier au cabinet). Que va-t-il faire pratiquement, surtout après ses dernières menaces ? Pour le moment, pas de détails. D’autant que le ministre refuse de commenter ce dossier dans les médias et n’a donc pas fait suite à notre appel. « Nous sommes derrière le ministre dans tout ce qu’il décidera », dit de son côté Wadih Akl, mettant en garde contre toute tentative d’empiéter sur ses prérogatives.
« Cette question ne pourra pas être réglée par le défi, mais par l’entente », affirme Nagib Mikati, qui confie n’avoir aucun contact avec Maurice Slim depuis leur dernier échange virulent, en marge d’une réunion ministérielle informelle au Sérail, autour du même dossier.

Maurice Slim – et derrière lui Gebran Bassil – passe à la vitesse supérieure. Le ministre sortant de la Défense (proche du Courant patriotique libre) a rompu avec ce qu’il appelle la politique de « retenue » pour lancer des menaces verbales à peine voilées à l’encontre du commandant en chef de l’armée, Joseph Aoun, avec lequel ses rapports sont complètement rompus depuis...
commentaires (11)

Où est passé mon commentaire de 600 caractères?

Sissi zayyat

11 h 55, le 25 novembre 2023

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Commentaires (11)

  • Où est passé mon commentaire de 600 caractères?

    Sissi zayyat

    11 h 55, le 25 novembre 2023

  • Ça suffit! Il faut que Joseph Aoun aille à la retraite comme tous les fonctionnaires de l’etat libanais. Qu’il soit soutenu par Mikati ou par le patriarche, peu importe. Que les militaires s’occupent de l’armée et que les prélats s’occupent de religion! Il est temps de bâtir un état laïque, sans distinction de religion ou de politique partisanale !!!

    Sami NAJJAR

    11 h 07, le 25 novembre 2023

  • Grossier et minable . Le CPL n’en finit pas pas de travailler contre sa propre communauté.

    AntoineK

    10 h 26, le 25 novembre 2023

  • Comme tout citoyen sans distinction de« couleurs » la loi dit : Retraite à 64 ans pour certains ( civil ) , 61 pour d’autre . BASTA . VOUS Remarquez : Toujours dans VOS normes : charte de modération et moins de 600 caractères .

    aliosha

    13 h 35, le 24 novembre 2023

  • - JAMAIS LA PETITESSE, - NE DEVIENDRA NOBLESSE. - ET L,ABJECTE ETROITESSE, - GRANDE VUE ET LARGESSE. - NI LES ESPRITS MAL-NES, - DES ARCHANGES BIEN-NES.

    LA LIBRE EXPRESSION NE COMMENTE PAS.ELLE CONSEILLE

    11 h 49, le 24 novembre 2023

  • Sac de noeuds et panier de crabes.

    PPZZ58

    09 h 24, le 24 novembre 2023

  • ridicule, ils ont des dossiers sur le patron de l'armee et n'ont rien fait que justqu'a son eventuel renouvellement...pourquoi ne pas tout divulguer tout de suite et emprisonner tout les corrompu a la moindre occasion??

    Elementaire

    08 h 25, le 24 novembre 2023

  • "… le CPL franchit un nouveau cap …" - Ah si seulement il pouvait franchir le Cap de Bonne Espérance et poursuivre sur sa lancée…

    Gros Gnon

    07 h 46, le 24 novembre 2023

  • Le CPL n’est fort que contre sa propre communauté l’a t on vue défier à ce point d’autres? ahh oui peut être le estez… pour après et sans même qu’aucune réconciliation n’ai été entreprise il s’allie avec pour les legislative … quand la base 3aouniste vas se réveiller

    Bery tus

    06 h 53, le 24 novembre 2023

  • Tayyar leader, Bassil is so blinded by his political ambitions, he’s ordered his lackeys represented by the minister of defense and VPs, all appointed, none elected, to skirt the laws, due process, to undermine General Joseph Aoun and the Lebanese Army. I blame the voters who elected Bassil and his insignificant MPs into Parliament and behind them, Hezbollah that largely contributes to financing Tayyar.

    Mireille Kang

    04 h 02, le 24 novembre 2023

  • c est claire que vous êtes les moins corrompu lol. continuez comme ça l histoire du liban s écrit et vous serez en reste ....pitié.

    Le juste milieu

    23 h 05, le 23 novembre 2023

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