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Lifestyle - Hot(on)line

Une fenêtre, une table, YouTube : Quand Rabih Kayrouz « cuisine » ses amis

Aimer, c’est interroger, dit-on. Pour Rabih Kayrouz, cette façon d’aimer s’étend à toutes les formes possibles de la convivialité, de la nourriture, ce prétexte archaïque, aux réseaux digitaux qui permettent de nouvelles ouvertures à l’autre. Il vient de lancer une série de rencontres et d’échanges sur YouTube, intitulée « Dans la cuisine de Rabih ».

Une fenêtre, une table, YouTube : Quand Rabih Kayrouz « cuisine » ses amis

Épisode 3 de « Dans la cuisine de Rabih », avec Sarah Andelman, cofondatrice du célèbre concept store parisien Colette. Photo capture d'écran

La première conversation a lieu avec la costumière Marylin Fitoussi, rendue célèbre notamment par son travail sur la série Netflix Emily in Paris. C’est un échange de part et d’autre d’une table haute, près d’une fenêtre derrière laquelle les grands marronniers de la place Saint-Sulpice, à Paris, jouent avec la lumière. Nous sommes dans la cuisine de Rabih Kayrouz où les deux amis viennent de partager un repas. L’amitié entre le couturier et la costumière s’est nouée quand celle-ci a choisi une robe Rabih Kayrouz pour habiller Sylvie Grateau, le personnage de la série campé par Philippine Leroy Beaulieu. Pas de placement publicitaire, ici. La dame au turban ne se laisse pas dicter ses choix. Pour cette série déjà visionnée par près de 60 millions de spectateurs, l’enjeu collatéral du vêtement est évident. Séduits par le stylisme, les gens qui s’identifient avec l’un ou l’autre personnage finissent par vouloir s’habiller comme lui. Or la costumière n’est pas dans une démarche de shopping et il n’est pas question pour elle de sacrifier à la pertinence. Rabih, c’est elle qui l’a choisi. « Ce n’était pas Rabih Kayrouz, c’était l’émotion que m’ont provoquée tes vêtements. Après l’émotion, j’ai eu la chance de rencontrer l’homme et le créateur, et maintenant je suis là », confie celle qui s’amuse de voir à Paris « des touristes américaines avec un béret rouge ». Elle dit aussi s’étonner de voir les gens vouloir porter les pièces de la série qui, selon elle, ne sont ni consensuelles ni faites pour l’être. À travers ces pièces fortes, voire baroques, le message de la costumière est un message de liberté : « Soyez uniques, ne suivez aucun courant. » Comment ne pas s’étonner alors de voir ce qui était supposé libérer provoquer un tel suivisme ? La suite de l’entretien lève le voile sur le parcours de cette créatrice et petit à petit déclenche un feu d’artifice d’idées et d’impressions croisées, dont une exploration passionnante du costume d’époque au cinéma.


Il n’a jamais posé ces questions-là

« J’ai toujours adoré rencontrer des gens, parler avec eux. Ce genre de rencontres se fait généralement autour d’une table », résume simplement Rabih Kayrouz pour expliquer la démarche qui a donné lieu à cette série filmée dont le troisième et plus récent épisode a été publié sur la plateforme YouTube début novembre. « C’est un peu notre histoire au Liban, quand on veut vraiment voir quelqu’un, la rencontre a lieu autour d’un repas. C’est là que des histoires commencent et des projets se créent et qu’une vraie relation commence », poursuit-il. L’idée du couturier est donc de lancer à travers les relations ainsi créées des conversations enrichissantes et aussi de faire connaître des personnes inspirantes – jusqu’ici des femmes, avec des attitudes intéressantes et des choses à dire.

Les artistes qui ont fait l’objet des premiers entretiens sont, à part Marylin Fitoussi, l’architecte Lina Ghotmeh et Sarah Andelman, la cofondatrice du célèbre concept store parisien Colette. Ces amies qu’il connaît bien, il dit ne jamais leur avoir posé les questions qui surgissent dans ces entretiens publics. À la faveur de ces tête-à-tête que ne favorisent jamais les rencontres mondaines, chaque réponse est pour lui une histoire qui se développe en direct et qu’il découvre en même temps que le spectateur. « C’est presque un moment intime, mais ces questions sont ciblées pour être partagées. Ce qui me touche, c’est qu’elles me disent aussi ce qu’elles pensent de mon travail, et je suis souvent surpris de découvrir des aspects de celui-ci que j’ignorais », commente Rabih Kayrouz.


Deuxième épisode de « Dans la cuisine de Rabih », avec l'architecte franco-libanaise Lina Ghotmeh. Photo capture d'écran

Solliciter la mémoire

« Y a-t-il un sentiment qui te manque, que tu recherches intuitivement en créant ? » demande le couturier à l’architecte Lina Ghotmeh dans le deuxième épisode de la série. « Une recherche d’ancrage, dans l’environnement, dans le lieu », répond-elle. Quand Rabih Kayrouz l’interroge sur sa démarche autour d’une « archéologie du futur », curieux de la relation de l’architecture avec le temps, alors que le vêtement est par nature éphémère, elle le renvoie à sa propre démarche qu’elle décrit comme « architecturale ». Il reconnaît lui-même que s’il n’avait pas choisi ce métier « depuis l’âge de 12 ans » il aurait « peut-être été architecte ». Lina Ghotmeh en appelle à Beyrouth, leur ville commune, autant marquée par les guerres que par les reconstructions et où chaque chantier est l’opportunité d’une exploration archéologique. Elle parle du rapport de l’architecte avec la trace du lieu. Du rapport très physique au lieu. De l’idée que l’architecture est fouille avant d’être construction, de « la trace qui émerge ». « Encapsuler la connaissance dans un espace ou un bâtiment qui va naître, fait que chaque bâtiment va solliciter la mémoire de celui qui y entre et créer une connexion entre l’humain et l’architecture », souligne-t-elle.

Les objets d’artistes

« Qu’est-ce qui te nourrit ? » demande Rabih Kayrouz à Sarah Andelman dans le 3e épisode. Cette dévoreuse d’expositions et de nouveautés, diplômée de l’École du Louvre et dont la démarche, en tant que curatrice de Colette, a surtout produit une véritable fusion entre l’art et la mode, explique que cette curiosité du nouveau l’a toujours habitée, accentuée par son arrivée à Paris à l’âge de 15 ans et naturellement par son travail dans ce concept store. Elle parle aussi de cette époque où, rédactrice dans un magazine de mode, elle découvrait de jeunes talents de la couture, comme Hussein Chalayan, Viktor et Rolf, dont le travail se rapprochait de l’art. Dès la fermeture de Colette, Sarah Andelman fonde en 2021 « pour le plaisir » une maison d’édition, Just an Idea, comme un prolongement de son travail de conseil et d’accompagnement. Elle parle des objets d’artistes présents dans les boutiques des musées comme d’objets généreux, permettant à ceux qui ne peuvent pas s’offrir leurs œuvres d’acquérir « un petit quelque chose » de ceux dont ils admirent les œuvres.

Dans la cuisine de son vaisseau amiral, boulevard Raspail, Rabih Kayrouz a toujours dit adorer laisser les fumets s’échapper et se faufiler dans les vêtements accrochés aux portants. Ces conversations favorisées par l’idée si conviviale de la nourriture relèvent du même esprit. Devant le ballet des marronniers devant sa fenêtre, Rabih Kayrouz pense au Liban où s’enfoncent ses racines. « Le Liban est tout pour moi », affirme-t-il, mais ces branches sont aussi une métaphore de la liberté qu’il s’est offerte. « Les branches peuvent aller très loin des racines », dit-il. On écoute et quelque chose de rassurant se faufile en soi. Le mezzo voce de la confidence fait de vous un spectateur privilégié à plus d’un titre.

La première conversation a lieu avec la costumière Marylin Fitoussi, rendue célèbre notamment par son travail sur la série Netflix Emily in Paris. C’est un échange de part et d’autre d’une table haute, près d’une fenêtre derrière laquelle les grands marronniers de la place Saint-Sulpice, à Paris, jouent avec la lumière. Nous sommes dans la cuisine de Rabih Kayrouz où les deux...
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