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Société - Crise au Liban

Sans financement supplémentaire, l'année scolaire s'annonce "désastreuse" dans le public

En raison de la crise, les élèves de l'enseignement public accusent, dans tous les cycles, « un à deux ans de retard » dans leurs apprentissages, relève un rapport de HRW.  

Sans financement supplémentaire, l'année scolaire s'annonce

Des élèves dans une école de Beyrouth. Photo Hassan Assal

Alors que les écoles publiques devraient rouvrir leurs portes d’ici le mois d’octobre au Liban, Human Rights Watch a alerté, dans un rapport publié mercredi, sur le risque d’une « nouvelle année scolaire désastreuse » si un accord n'est pas trouvé entre le ministère de l'Education et les donateurs internationaux pour financer le retour en classe.

En effet, alors que le ministère de l’Education attendait 150 millions de dollars du gouvernement sortant pour financer l’année scolaire à venir, le cabinet a uniquement annoncé en août un premier versement de l'équivalent de 50 millions. Ces fonds devraient permettre de maintenir les écoles publiques ouvertes pendant trois ou quatre mois au maximum, selon le rapport de HRW et le ministre sortant de l'Éducation, Abbas Halabi. Dans ces circonstances, le soutien des donateurs étrangers est crucial, estime l'organisation. M. Halabi devait d'ailleurs rencontrer mercredi des représentants de ces donateurs afin de parvenir à un accord financier pour cette année. Jeudi, aucune information n'était disponible sur une éventuelle avancée des discussions sur ce dossier. 

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Dans son rapport, HRW relève encore que l'éducation au Liban subit depuis 2019 les conséquences de graves difficultés économiques. Depuis 2016, le nombre de jours d'ouverture des écoles publiques a chuté, passant de 180 à 60 jours lors de la dernière année scolaire. Une baisse notamment due aux mouvements de contestation qui avaient éclaté en octobre 2019 et qui avaient paralysé le pays pendant plusieurs mois, mais aussi aux grèves successives contre la baisse des salaires des professeurs, impactés par la chute de la livre libanaise face au dollar. L'organisation internationale pointe également l'annulation d'un des deux examens nationaux (le brevet et le baccalauréat) pendant trois des quatre dernières années. 

« Un ou deux ans de retard »
Autant de facteurs qui ont favorisé la baisse du niveau d'éducation des élèves, qui déclinait déjà avant la crise. « Dans tous les cycles, la plupart des élèves ont un à deux ans en retard » dans leurs apprentissages, ont estimé des enseignants cités dans le rapport de Human Rights Watch. 

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Human Rights Watch précise en outre dans son rapport que depuis le début du conflit syrien, le gouvernement libanais a reçu 2,5 milliards de dollars de l’étranger afin d’assurer un accès à l’éducation aux jeunes réfugiés syriens. Ces fonds ont permis de doubler le nombre d’élèves au sein des écoles publiques. Toutefois, du fait des crises successives au Liban ces dernières années, les aides étrangères s'avèrent non seulement indispensables à l'éducation des élèves syriens, mais aussi à celle des écoliers libanais. 

En février dernier, alors que les grèves de professeurs du secteur public privaient de nombreux élèves libanais d’accès à l’école, le ministre sortant de l’Éducation avait décidé de suspendre les cours de l’après-midi destinés aux élèves syriens - pourtant financés grâce aux dons étrangers -, dans un « souci d’équité ».

« La proie de l'incurie et de la corruption »
Pour assurer la réouverture des écoles et limiter le nombre de jours de fermeture des classes, le ministre sortant de l’Éducation doit donc parvenir à un accord de financement, qui devra notamment permettre de financer les salaires des enseignants des élèves libanais. En août dernier, le ministre avait annoncé avoir besoin de 80 millions de dollars supplémentaires pour financer l’année scolaire à venir. Toutefois, selon des témoignages recueillis par Human Rights Watch, il est peu probable que les donateurs étrangers acceptent de financer les salaires des professeurs qui n’enseignent qu’à des élèves libanais, car ils estiment que cela relève de leurs fonctions. 

Human Rights Watch a en outre estimé que le financement du système éducatif est « la proie de l'incurie du gouvernement libanais, de la corruption » et des manipulations du taux de change entre le dollar et la livre libanaise, qui ont déprécié la valeur des salaires des enseignants.

Les crises économiques, sociales, politiques et structurelles que traversent le Liban menacent le secteur de l’éducation dans son ensemble. Si le secteur public est en proie au plus grand danger, le secteur privé fait aussi face à d’importantes difficultés. Dans un entretien accordé en septembre dernier à L’Orient-Le Jour, le père Youssef Nasr, secrétaire général des écoles catholiques, expliquait que la moitié des familles dont les enfants étaient inscrits au sein d'écoles catholiques n’étaient plus en mesure d’assumer les écolages. 

Alors que les écoles publiques devraient rouvrir leurs portes d’ici le mois d’octobre au Liban, Human Rights Watch a alerté, dans un rapport publié mercredi, sur le risque d’une « nouvelle année scolaire désastreuse » si un accord n'est pas trouvé entre le ministère de l'Education et les donateurs internationaux pour financer le retour en classe. En effet, alors que le...
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