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Nos Lecteurs ont la Parole

Le tournant de Kahalé

Nul ne pouvait imaginer qu’une nouvelle guerre se préparait en Europe. Nul ne pouvait envisager qu’un nouveau conflit pouvait éclater, mais aussi conduire le monde vers une guerre nucléaire. Devant le conflit ukrainien, la guerre froide, avec ses risques d’une déflagration atomique, donnait l’impression d’une relation proche de la civilité et de la mésentente affable, à croire que l’antagonisme était une sorte d’arrangement implicite pour contrôler le reste du monde. L’ère des espions et des intrigues était révolue. On était rentré par le portail de l’insouciance dans une caverne où des plaques tectoniques étaient constamment soumises à des cataclysmes incontrôlables. L’ère des mouvements géopolitiques désordonnés et imprévisibles allait dominer les couloirs des chancelleries.

La guerre d’agression russe, instiguée par Vladimir Poutine pour limiter l’avance de l’OTAN, s’était déjà jouée à plusieurs reprises devant un Occident accommodant et silencieux, et qui avait culminé par une guerre à outrance en Syrie, évitant au régime syrien de connaître sa fin. L’aventure américaine en Irak avait donné un goût amer à toute ingérence adverse devant la faillite d’instaurer une démocratie fonctionnelle. Les valeurs occidentales avaient perdu leur autorité devant l’impuissance des puissances occidentales à s’imposer militairement ou politiquement. La montée de l’islamisme sunnite et de la révolution islamique iranienne avait imposé une nouvelle conscience mondiale. La phase des missions éducatrices et culturelles avait été rejetée soit par abandon, soit devant l’accès facile aux universités dans les pays mêmes portant la mante de la culture. La vague de colonisation des siècles derniers cherchant à uniformiser les concepts civilisationnels s’était brisée devant la montée du nationalisme religieux ou politique.

La montée en puissance de la Chine déplaçant l’équilibre économique de la balance mondiale, dont l’effet, loin d’être similaire à la maîtrise soviétique, accentuait l’instauration d’un désordre mondial, sinon d’une nouvelle hiérarchie internationale, favorable à l’éclosion de tendances multiples, indépendantes les unes des autres, et souvent jouant sur l’antagonisme des grandes puissances pour insérer leur propre impérialisme local ou régional. Pendant que de nouvelles alliances se formaient, la guerre en Ukraine favorisait l’ascension d’une restructuration géopolitique du système international, politique ou financier, en créant un nouveau cartel monétaire et la nécessité d’un déploiement militaire exclusif en éliminant toute ingérence allogène.

Devant la menace américaine de pouvoir fermer les passages de la frontière irako-syrienne, gardés ouverts soi-disant pour des raisons humanitaires, un accord nucléaire informel entre les États-Unis et l’Iran, en attendant les nouvelles élections américaines de 2024, eut lieu dans la plus grande discrétion, stipulant une suspension du programme nucléaire, une restriction des activités miliciennes en Irak et en Syrie, contre un versement d’une somme d’argent relativement modeste avec la promesse qu’elle serait utilisée pour soutien humanitaire. Depuis que l’ordre international établi avait été mis en cause, et ensuite remanié, le programme nucléaire iranien pouvait attendre. L’Iran était à bout de souffle, mais n’était pas prêt à céder ses gains. La priorité incombait donc à étendre une hégémonie militaire plus articulée sur tout le territoire. L’intention, clairement, était de persuader ou forcer les États-Unis à abandonner la région, d’autant plus que l’allié le plus solide, l’Arabie saoudite, avait déjà mesuré ses distances, en acceptant la médiation de la Chine pour un accord avec l’Iran. En appliquant la méthode des petits pas, mais dans un contexte belliqueux, se débarrasser de la présence américaine, mais aussi de bandes alignées à sa politique, était l’aventureuse stratégie. L’application d’un terrorisme feutré devrait passer discrètement le cap de la suspicion. L’explosion du 4 août avait suffisamment alerté les esprits.

Les Russes avaient commencé à harceler les forces américaines avec plus d’audace. La marine iranienne avait perfectionné la piraterie en s’attaquant à des navires commerciaux. Des incidents manufacturés à la frontière israélo-libanaise, interprétés comme l’affirmation d’une présence incontournable, avaient créé des turbulences déroutantes. Des activités meurtrières avaient en plus inquiété et intrigué la population au Liban, soulevant le spectre d’une guerre civile renouvelée, tout en gardant la perspective que le nœud de vipères autour de l’élection d’un président restait insoluble. Concomitamment, les tambours de la guerre ne cessaient d’être incessamment vociférés, diffusés par certains politiciens et journalistes atteints de logorrhée, dont le discours loquace résonnait comme l’écho d’une chorale, et dont les deux thèmes préférés étaient, d’une part la force militaire insurmontable du Hezbollah, et d’autre part la vision d’un Israël au bord de la désintégration à travers une implosion imminente, tout en accusant l’Occident de comploter contre la nation arabe, sans mentionner que la nation arabe rebelle s’était réduite à quelques attroupements insignifiants et sans aucune efficacité, et qu’en plus le blocus économique et financier imposé avait pour objectif de déséquilibrer le Liban dans le but de favoriser l’économie israélienne, sans pour autant admettre que la prospérité d’Israël s’accentuait indépendamment de toute participation régionale et sans vouloir admettre que la faillite de l’État libanais relevait entre autres d’une mauvaise gestion et du pillage de ses finances. Les fidèles de l’axe de la Résistance se sont évertués à confirmer cette théorie, en déclarant que les accrochages mortels récents du camp palestinien étaient le résultat d’un complot israélien pour empêcher la marche vers la Palestine occupée de 50 000 combattants palestiniens et chiites prêts à envahir Israël. Pourrait-on ajouter à cette litanie de phénomènes épars, l’exil choisi par le patriarche chaldéen Sako, à la suite de l’annulation par les autorités irakiennes du décret de sa nomination, précédée par une campagne dirigée de dénigrement et d’humiliation ? L’on devrait sans hésiter. La visite du pape en 2021 n’aurait servi à rien.

Le camion de Kahalé allait dévoiler la fourberie. La colère refoulée du Hezbollah, mécontent d’avoir été pris la main dans le sac, alors qu’il essayait de camoufler ses actions illicites, loin des satellites américains, pour permettre à un accord perfide de passer outre des mesures de sécurité, cachait une houle de frustration et d’horreur devant le risque de faillir aux démarches de son maître.

Faut-il croire à ce scénario ? Le secrétaire du parti d’Allah ne cesse de clamer sa force militaire à la moindre occasion. Israël répond par des manœuvres militaires et par la visite de la frontière par le ministre de la Défense. On le prend très au sérieux. Et pourquoi pas ? Les Israéliens, plus malins que les Libanais, ont déjà négocié avec lui et obtenu des avantages impensables, comme une démarcation favorable des frontières maritimes. Nul n’est en mesure de connaître toutes les données et les soubassements d’une situation aussi complexe, mais si on visite à vol d’oiseau cette période récente, on ne peut que conclure que l’on va vers une détérioration sécuritaire et sociale encore plus tragique.

L’histoire, cependant, n’avance pas en ligne droite. Des intervalles paisibles alternent avec des écarts troubles. Y a-t-il un espace suffisant pour un dialogue ? L’attitude arrogante et extrémiste du Hezbollah laisse douter d’une ouverture quelconque. La conviction idéologique, religieuse ou politique, reste une barrière à toute entente, d’autant plus qu’elle empiète sur le social. Mais négliger une conversation soutenue par la fermeté de l’intention, c’est ignorer un atout majeur de l’esprit, l’appel inviolable de la raison.

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

Nul ne pouvait imaginer qu’une nouvelle guerre se préparait en Europe. Nul ne pouvait envisager qu’un nouveau conflit pouvait éclater, mais aussi conduire le monde vers une guerre nucléaire. Devant le conflit ukrainien, la guerre froide, avec ses risques d’une déflagration atomique, donnait l’impression d’une relation proche de la civilité et de la mésentente affable, à croire...

commentaires (2)

Le parti de dieu ou le parti du diable ?

Eleni Caridopoulou

21 h 19, le 02 septembre 2023

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Commentaires (2)

  • Le parti de dieu ou le parti du diable ?

    Eleni Caridopoulou

    21 h 19, le 02 septembre 2023

  • "La guerre d’agression russe, instiguée par Vladimir Poutine pour limiter l’avance de l’OTAN" euh vous êtes sûr qu'il croit à ses propres mensonges ? Poutine est un être (en réalité une chose) faite de sauvagerie, de stupidité crasse et de jalousie. Si vous vous basez sur ces traits de caractère pour expliquer ses actes, l'OTAN n'y a certainement pas sa place. Par contre, ce qui marche mieux c'est qu'il ne supportait pas l'idée d'un ex petit frère entrant dans le monde moderne en se réformant tandis que sa station service de pays pataugeait dans un XIXè siècle sombre et sans espoir.

    M.E

    17 h 15, le 02 septembre 2023

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