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Le déficit budgétaire depuis l’accord de Taëf et la responsabilité des ministres des Finances

Depuis l’accord de Taëf en 1989, le Liban fait face à un déficit budgétaire persistant qui a entraîné une spirale de dette et, faute de financement après épuisement de toutes les ressources, à l’hyperinflation. En effet, un déficit budgétaire se finance soit par l’endettement, soit par la planche à billets. Cette situation a été exacerbée par des pratiques corruptrices et des surfacturations dans la gestion des projets de l’État, comme dans les exemples qui suivent.

Après la guerre civile, la reconstruction du centre-ville de Beyrouth a été entreprise par le secteur privé, loin du contrôle de l’État. Bien que cela ait pu donner une nouvelle vie à la capitale, cela a laissé les contribuables libanais porter le fardeau financier. La dette publique a commencé à s’accumuler avec l’augmentation massive des taux d’intérêt, notamment une hausse jusqu’à 40 % par an avec garantie de change entre la livre et le dollar, créant ainsi une dépendance malsaine au crédit et une spirale vicieuse dette-intérêts-financement des intérêts-dette, etc.

Les politiciens libanais ont toléré, voire accepté les déficits répétitifs sous le prétexte de la reconstruction. Cette attitude laxiste a perduré au fil des années, entraînant un manque de budget et de contrôles financiers adéquats. Cela a ouvert la porte à la gabegie, au pillage et même au vol des fonds publics, plongeant ainsi le pays dans une crise économique et sociale.

Certaines figures politiques ont exercé des pressions pour embaucher un grand nombre de fonctionnaires, ce qui a eu un impact significatif sur les finances de l’État. La création d’un grand nombre de postes dans les ministères a contribué à alourdir les dépenses publiques, poussant ainsi le gouvernement à recourir à l’endettement massif puis à la planche à billets. Le comble fut 2018, quand les politiciens décidèrent une hausse spectaculaire des salaires en livres libanaises. Cette décision suicidaire a eu une répercussion dramatique sur le déficit exponentiel du budget et est considérée comme un suicide, ou un « étatcide » de fait.

Pour faire face aux déficits, le Liban a contracté une dette publique croissante. Les taux d’intérêt élevés sur cette dette ont engendré des paiements exorbitants qui ont épuisé les ressources de l’État. Les salaires et les services publics en ont également pâti, privant ainsi le pays de moyens pour des investissements productifs.

Pour faire face à la crise actuelle et y répondre de manière urgente, il est impératif de restructurer l’État et de réduire le nombre excessif de fonctionnaires. Ces derniers pourraient être réorientés vers des formations et des secteurs économiques réellement porteurs de croissance. Une gestion financière rigoureuse et transparente est également essentielle pour rétablir la confiance des citoyens et des investisseurs.

Quant à la responsabilité du ministre des Finances, elle est primordiale dans la situation de déficit budgétaire et d’hyperinflation que connaît le Liban. Il lui incombe de mettre en place un budget équilibré, des politiques économiques saines, de contrôler les dépenses publiques et de lutter contre la corruption pour assurer un avenir plus stable pour le pays et ses citoyens.

Pour comprendre l’ampleur de cette crise, il est important d’examiner plus en détail certaines des causes sous-jacentes qui ont contribué à cette situation désastreuse :

– Absence de réformes structurelles. Malgré la nécessité évidente de mener des réformes structurelles pour stimuler l’économie et réduire les déficits, les politiciens libanais ont souvent évité de prendre des mesures décisives. Le système politique confessionnel a entraîné un blocage politique et une difficulté à prendre des décisions cruciales pour le bien-être du pays.

– Dépendance à l’égard des importations. Le Liban dépend largement des importations pour répondre à ses besoins de base. La crise économique mondiale et les changements dans les prix des produits importés ont eu un impact dévastateur sur l’économie libanaise. La fluctuation des taux de change et l’augmentation des coûts des importations ont entraîné une hausse des prix sur les biens de consommation.

– Système bancaire fragilisé. Autrefois considéré comme solide et attractif pour les investisseurs étrangers, le système bancaire libanais connaît une crise sans précédent. Les banques ont accumulé une dette importante auprès de l’État libanais (y compris la banque centrale) sans diversifier leurs risques et ont été confrontées à des problèmes de liquidités, rendant difficile, voire impossible, pour les citoyens l’accès à leurs dépôts et causant une crise de confiance généralisée.

– La crise des réfugiés. L’afflux massif de réfugiés syriens depuis le début de la guerre en Syrie a exercé une pression énorme sur les infrastructures et les services publics libanais. Cela a considérablement augmenté les dépenses publiques et a mis à rude épreuve les ressources déjà limitées du pays.

– Corruption généralisée. La corruption, un problème majeur au Liban, a joué un rôle significatif dans la détérioration de la situation économique. La mauvaise gestion des fonds publics, les surfacturations, les commissions illégales et les détournements de fonds ont contribué à aggraver les déficits budgétaires.

Face à cette crise économique et financière, il est crucial que les responsables politiques prennent des décisions courageuses. Cela implique de mener des réformes structurelles profondes pour diversifier l’économie, améliorer la transparence et lutter contre la corruption. Des mesures d’austérité ciblées peuvent également être nécessaires pour réduire les dépenses publiques excessives. De plus, le Liban pourrait chercher à obtenir un soutien international pour l’aider à faire face à sa dette publique écrasante et à soutenir des projets de développement économique. La coopération internationale, combinée à des réformes internes, pourrait contribuer à stabiliser l’économie et à ouvrir la voie à un avenir plus prospère pour le Liban et ses citoyens.

En plus des facteurs mentionnés précédemment, d’autres aspects contribuent également au déficit budgétaire au Liban et à la crise économique complexe qu’il traverse :

– Un système de subventions inefficace. Le Liban a historiquement mis en place des subventions (électricité, carburants, médicaments...), un système qui s’est avéré coûteux et inefficace, profitant souvent à des groupes privilégiés plutôt qu’à la population dans son ensemble.

– Instabilité régionale et géopolitique. La situation géopolitique instable de la région, avec les conflits en Syrie et en Irak, a eu des répercussions économiques sur le Liban : baisse significative du tourisme, de l’investissement étranger et des activités commerciales...

– Système électoral problématique. Le système électoral confessionnel au Liban a donné lieu à des gouvernements faibles et instables. Les politiciens ont souvent privilégié des intérêts partisans plutôt que de prendre des décisions difficiles mais nécessaires pour améliorer la situation économique du pays.

– Fuite des cerveaux et de la main-d’œuvre qualifiée. En raison de la crise économique prolongée, de nombreux Libanais qualifiés ont quitté le pays à la recherche de meilleures opportunités à l’étranger. Cela a créé un déficit de compétences et d’expertise au niveau national, limitant ainsi le potentiel de développement économique.

– Détérioration des infrastructures. La négligence des infrastructures publiques au fil des années a entraîné des coûts de réparation et de maintenance élevés. Le manque d’investissements adéquats dans les infrastructures essentielles, telles que les routes, l’eau et l’assainissement, a un impact négatif sur la productivité et la qualité de vie.

Le déficit budgétaire au Liban est donc le résultat d’une combinaison complexe de facteurs allant des pratiques de gestion économique défectueuses à la corruption généralisée et à l’instabilité politique régionale. Pour sortir de cette crise, le pays doit s’engager dans des réformes courageuses pour mettre en place des structures indépendantes des politiciens, qui vont de la mise en place d’une structure de contrôle financier sur les comptes de l’État, avec un audit interne et externe, à la stricte indépendance de la justice par rapport aux politiciens, et à une institution de contrôle et de reddition des comptes et de l’action des politiciens.

Ce n’est qu’à travers ces réformes de contrôle indépendant et de transparence simultanément avec la restructuration de l’État et de ses coûts que le déficit budgétaire pourra être comblé et que les finances libanaises pourront se stabiliser.

Mais les questions finales qui restent sans réponse sont les suivantes : pourquoi les ministres des Finances et leurs acolytes refusent-ils la restructuration de l’État et les réformes nécessaires ? Pourquoi l’application des lois et des contrôles ne se fait-elle pas ? Pourquoi ces blocages et cette volonté permanente d’un « étatcide » de la part des politiciens ?


Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

Depuis l’accord de Taëf en 1989, le Liban fait face à un déficit budgétaire persistant qui a entraîné une spirale de dette et, faute de financement après épuisement de toutes les ressources, à l’hyperinflation. En effet, un déficit budgétaire se finance soit par l’endettement, soit par la planche à billets. Cette situation a été exacerbée par des pratiques corruptrices et des surfacturations dans la gestion des projets de l’État, comme dans les exemples qui suivent.Après la guerre civile, la reconstruction du centre-ville de Beyrouth a été entreprise par le secteur privé, loin du contrôle de l’État. Bien que cela ait pu donner une nouvelle vie à la capitale, cela a laissé les contribuables libanais porter le fardeau financier. La dette publique a commencé à s’accumuler avec l’augmentation massive...
commentaires (1)

Excellent. Mais vous oublie la mentalite negligente des libanais. Au cours des annees, a plusieurs reprises, des avertissements multi-ples avaient ete lances dans plusoieurs publications journa;listiques americaine ou europeennes, completment ignores par les dirigeants plus preoccupes par leur vie sociale que le bein-etre du pays.

M.J. Kojack

16 h 09, le 09 août 2023

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Commentaires (1)

  • Excellent. Mais vous oublie la mentalite negligente des libanais. Au cours des annees, a plusieurs reprises, des avertissements multi-ples avaient ete lances dans plusoieurs publications journa;listiques americaine ou europeennes, completment ignores par les dirigeants plus preoccupes par leur vie sociale que le bein-etre du pays.

    M.J. Kojack

    16 h 09, le 09 août 2023

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