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Culture - Exposition

Pierre Aboujaoudé, la photo, sa cour de récréation

Le réalisateur et photographe expose, jusqu’au 29 avril, une série de photos à la galerie Mojo* qui témoignent du jour qui passe.

Pierre Aboujaoudé, la photo, sa cour de récréation

« Umbrellas » (Parapluies) de Pierre Aboujaoudé. Photo p.jowdy

Quand il se réveille le matin, rien n’est planifié dans sa tête. Il saisit son appareil photo et se met à se balader. Dans les endroits publics, les lieux populaires, là où la vie grouille. Qu’il pleuve, qu’il vente, avec pour toute compagne, la lumière, qui le suit ou le devance. Mais pas que. Un moment où tout se met en place et s’ajuste. Il commence à photographier.

De la fraîcheur et de la spontanéité dans cette photo tirée de l’exposition « Unplanned » de Pierre Aboujaoudé. Photo p.jowdy

Après des études d’audiovisuel à New York et un long séjour à Paris, Pierre Aboujaoudé se consacre à la réalisation de documentaires et de courts-métrages. Il avait même été primé au Festival du film de Beyrouth pour C’est le ciel qui vous envoie ! (2013), avec comme vedette principale, Michel Galabru.

Aujourd’hui, partageant son temps entre les photos de mode et l’écriture de scénarios, il ouvre une autre parenthèse. Comme une petite cour de récréation où il joue à loisir. Il s’octroie ce plaisir qu’il a découvert en prenant des photos de la thaoura (soulèvement) à Beyrouth en 2019. Un plaisir spontané et libre : « Cette année-là, alors que la foule occupait les rues, j’allais tous les jours sur les places et je prenais des photos que je n’ai jamais dévoilées, les laissant pour moi-même. Comme ça m’a plu, j’ai continué à prendre des photos de rue à Manara, Raouché, Bourj Hammoud, des endroits publics où il y avait beaucoup de visuel », confie Pierre Aboujaoudé.

De la spontanéité et de la fraîcheur

Cette exposition intitulée « Unplanned » n’a pas à proprement dit de thème. C’est en sélectionnant un grand nombre de clichés d’abord avec la curatrice Marine Bougaran et ensuite, avec Tania Khawam de la galerie Mojo, que Pierre Aboujaoudé réalise que ses photos étaient reliées par une histoire sous-jacente, indicible, presque invisible. « Il y avait certainement ce point commun qui était l’eau et la mer et une lumière assez circulaire. » Le réalisateur/photographe ne planifie jamais ses photos. « Je suis le premier à être surpris, parfois étonné de voir le résultat. » C’est en marchant qu’un sujet capte son regard et qu’il découvre aussitôt le thème.

« Splash », de Pierre Aboujaoudé. Photo p.jowdy

Sa démarche s’est certes nourrie de son expérience de réalisateur mais le cinéaste semble s’être par la suite libéré de toute contrainte qu’imposent les règles d’un film. Alors qu’il a le don d’évoluer dans des milieux différents mais complémentaires, la photo de rue lui a permis d’être spontané. Dans cet espace qu’il se crée, il va à la recherche, à la découverte. De quoi ? Probablement – car c’est un processus blotti dans son inconscient – de soi. « La démarche se distingue des photos de mode que je prends pour des agences. La pose, la mise en place d’un cadre, le rapport avec le modèle déterminent celles-là alors que dans la rue, le cadre est déjà présent avant que je n’arrive. Il n’attend que d’être saisi. »

Libre d’organiser son temps alors qu’au cinéma il est principalement aliéné par les exigences d’un film – « il faut tout planifier d’avance : la stratégie, la mise en scène, tant au niveau financier qu’au niveau du temps » –, il avoue toutefois que le travail d’équipe l’intéresse au sein d’un film. Cependant, il ajoute que la photo garde pour lui ce goût du travail égoïste, d’un plaisir volé au temps.

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« La photo pour moi, c’est l’imprévu, c’est beaucoup de chance d’être au moment même. Car qu’est-ce qu’un cliché sinon un beau cadre (le lieu) de la lumière et un moment ? Souvent on n’a pas les trois à la fois. C’est une question de timing. » Si les photos de mode de Pierre Aboujaoudé sont esthétiques, celles-ci racontent parfois une histoire. « Mais elles peuvent aussi évoquer une émotion ou le “mood” dans lequel je me projette. »

La photo est comme un scénario. « C’est un travail instinctif car même si le scénario prend du temps à être écrit, au bout du compte on se dit : tel est le résultat auquel je voulais aboutir. Avec la photo, on n’a pas le temps de réfléchir, l’image s’impose à moi mais je me dois d’anticiper le moment afin de réagir vite à l’instant où l’image se révèle », avoue-t-il.

« Playing on Sand » (Jeu sur le sable) de Pierre Aboujaoudé. Photo p.jowdyDans « Unplanned », entre une mer qu’on perçoit mouvante et l’horizon, des personnages semblent parfois surgir du cadre. Tels ces enfants qui s’ébaudissent dans l’eau ou ces passants courant sous leurs parapluies, autant d’instants à la fois mobiles et immobiles qui racontent le temps fuyant.

*Mojo Art Gallery (Rue Saint-Nicolas, Achrafieh)

Quand il se réveille le matin, rien n’est planifié dans sa tête. Il saisit son appareil photo et se met à se balader. Dans les endroits publics, les lieux populaires, là où la vie grouille. Qu’il pleuve, qu’il vente, avec pour toute compagne, la lumière, qui le suit ou le devance. Mais pas que. Un moment où tout se met en place et s’ajuste. Il commence à photographier.De la...
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