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Nos Lecteurs ont la Parole

Mon « hishik bishik »

Une explosion de milliers de mouvements et de couleurs qui prennent vie et se fondent sur les échos d’une musique envoûtante et folle, incroyablement riche. Une explosion de senteurs, et toutes ces expériences absurdes et fantastiques à la fois. Une explosion de mille et une rêveries toutes aussi différentes qu’invraisemblables, empreintes d’une seule et même émotion : l’insouciance.

Je ne sais pas vous, mais lorsque je me retrouve face à ces mots, c’est ce tableau qui se dessine sous mes yeux et c’est à cette délicieuse insouciance que je pense. Ou, plutôt, pour moi cette insouciance ne peut être définie que par ces termes : « hishik bishik ».

Je vous parle de l’insouciance de ceux qui comme moi ont vingt ans, et qui ont toutes les nuits et les différentes facettes de leur vie devant eux. Une délicieuse insouciance qui est le tumulte, le bordel dans la tête, la liberté qui étouffe, la peur de tout et pourtant l’envie de tout faire, le fait de croire au bonheur et de chercher un amoureux, de croire que tout est possible, d’avoir le temps et d’être pressés, de rire aux éclats et d’avoir l’envie de tout dévorer aussi.

Une délicieuse insouciance qui est d’inventer ses propres règles et de refuser puis de réapprendre et de reprendre les valeurs qu’on nous a inculquées ; c’est le doute et la gêne, et aussi l’arrogance avec laquelle on pense naïvement que tout absolument tout est réalisable. Une délicieuse insouciance qui est insolente : l’insolence et tout ce qui vient avec, cette envie d’être l’exception à la règle. C’est aussi cette foi presque aveugle en ce qui est bon et juste et cette envie de dénoncer toutes les misères du monde. C’est cette volonté d’être entièrement là, entièrement entier et d’avoir sa propre place dans ce monde. C’est essayer de changer les gens, pour après comprendre qu’on ne change réellement personne, et que c’est mieux comme ça. C’est s’émerveiller et se révolter, et se vouloir toujours premier et accepter qu’on ne l’est que rarement et que c’est ainsi. Une délicieuse insouciance qui est simple et complexe à la fois, et qui est tout simplement le monde s’il était un tableau mouvant, de toutes ces émotions si elles étaient des couleurs.

« Hishik bishik » car ceux qui ont vingt ans ont leur propre monde entièrement différent de celui dans lequel les autres se trouvent. Leurs vies sont différentes, ils ne suivent pas le même fuseau horaire. Pour eux, la nuit épouse le jour sur un fond de musique ininterrompue car il n’y a pas de début ni de fin à la fête et aux rencontres, et à la délicieuse odeur de la liberté et des possibles qu’offre la vie, lorsqu’on a vingt ans et rien d’autre.

Quelle chance, cette peur de ne pas savoir où exactement on va être mais de savoir qu’on peut atterrir absolument partout, et surtout penser qu’on peut absolument réussir. Une peur qui se heurte à cette envie de tout réaliser, et qui finit par être remplacée, parce qu’avoir vingt ans, c’est aussi avoir du courage. Le courage de dire non à la peur et au confort de ce que l’on connaît, pour bousculer les portes et aller chercher ce que l’on veut vraiment. Parce que vu qu’on a vingt ans et qu’on est insupportable on ne sait pas accepter les rejets et les « non ». Et tant mieux.

À tous ceux qui ont aussi vingt ans : j’espère que pour vous aussi c’est « hishik bishik » dans vos vies et dans vos têtes parce que c’est incroyable ce qu’on y vit. Et j’avoue que j’hésitais à emprunter ce mot pour lui donner ma propre définition. Me disant qu’un autre terme comme fawda pour évoquer ce sujet serait plus apprécié. Mais ça ne me dérange pas particulièrement. D’une part car j’ai vingt ans et que je suis exaspérante comme ça, et d’autre part parce qu’en réalité c’est beaucoup plus qu’une simple fawda. C’est le fait de vivre dans un tourbillon qui ne freine pas, rempli de rencontres et d’expériences, et de déceptions et de victoires, et de tout ce qui fait ce quotidien incroyable lorsqu’on a vingt ans. C’est une scène tirée d’une comédie musicale romantique et colorée où défilent des personnages rocambolesques et infiniment attachants, qui changent après chaque entracte et qu’on reverra peut-être ou pas. Des personnages et des scènes de vie où se mélangent tristesse, joie et ordinaire. Et c’est aussi dans cet ordinaire qu’on retrouve le beau et le surréel : c’est tout simplement « hishik bishik ».

« Hishik bishik » à l’intérieur de mon âme et mon esprit, pour mon plus grand bonheur. Parmi vous certains penseront au leur, de lorsqu’ils avaient eux-mêmes vingt ans et que la vie était follement excitante. J’espère qu’elle l’est toujours d’ailleurs. D’autres penseront à leur présent, et à quel point il est étouffant et à la fois incroyable d’y avoir vingt ans.

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

Une explosion de milliers de mouvements et de couleurs qui prennent vie et se fondent sur les échos d’une musique envoûtante et folle, incroyablement riche. Une explosion de senteurs, et toutes ces expériences absurdes et fantastiques à la fois. Une explosion de mille et une rêveries toutes aussi différentes qu’invraisemblables, empreintes d’une seule et même émotion :...
commentaires (1)

Ou la la, vous n'y allez pas de main morte (!), bravo pour un texte complet et explosif. Il décrit bien la Libanaise, avec toute sa fougue.

Raed Habib

22 h 48, le 14 mars 2023

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Commentaires (1)

  • Ou la la, vous n'y allez pas de main morte (!), bravo pour un texte complet et explosif. Il décrit bien la Libanaise, avec toute sa fougue.

    Raed Habib

    22 h 48, le 14 mars 2023

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