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Nos Lecteurs ont la Parole

Quand les « baby-boomers » ont eu vingt ans

Quand les « baby-boomers » ont eu vingt ans

Les événements de mai 68 à Bordeaux, en France. Photo Tangopaso/Wikipedia

La génération qu’on appelle génération des « baby-boomers » est celle née juste après la Seconde Guerre mondiale. Suite à la fin du conflit mondial, plusieurs pays ont, en effet, connu un taux de natalité élevé, ce qui a donné naissance à une génération qui a bouleversé en profondeur l’héritage de ses parents, leurs mœurs, leur mode de vie et leurs croyances religieuses.

Dans les années soixante, cette génération d’après-guerre avait assimilé les valeurs laïques de l’Europe et profité de la liberté et de la croissance économique des Trente Glorieuses – qui ont duré de 1945 jusqu’au premier choc pétrolier de 1973 – pour exprimer sa vision des choses dans les domaines du social, de la politique et de la culture. Plusieurs capitales du monde ont alors vu surgir des mouvements de contestation menés par la jeunesse qui s’impose dès lors comme un nouvel acteur social. Il en est ainsi à Berkeley, Tokyo, Amsterdam, Mexico, Rome, Madrid, Varsovie, Paris, Prague…

Tout commence en Amérique. Aux États-Unis, les mouvements de contestation débutent en 1960 par la révolte des étudiants noirs, ce qu’on a dénommé « la révolte des campus », et cela à Greensboro, en Caroline du Nord. Ils sont suivis par les États du Sud et prennent de l’ampleur avec Martin Luther King, principal protagoniste de la lutte contre la ségrégation raciale. Parallèlement, les étudiants blancs américains se mobilisent pour l’arrêt des essais nucléaires et la liberté d’expression ainsi que contre la guerre du Vietnam. C’est le mouvement hippie qui représente le mieux cette période, en tant qu’adepte d’une morale fondée sur la non-violence et l’hostilité à la société industrielle et d’un mode de vie prônant la liberté dans tous les domaines, ainsi que la vie en communauté. Les hippies adoptent le slogan « Peace and love », devenu celui de toute une génération. La plus grande manifestation artistique aux États-Unis symbolisant cette période est le festival de Woodstock, durant lequel plusieurs artistes, chanteurs et compositeurs s’engagent contre la guerre du Vietnam, tels que Bob Dylan, les Grateful Dead, The Byrds, John Lennon, Jimi Hendrix, Joan Baez, le groupe Country Joe & the Fish, etc.

En Amérique latine, dans les années soixante, le Brésil et l’Argentine connaissent aussi des luttes sanglantes entre les étudiants universitaires et les gouvernements des deux pays, dans le but de protester contre les dictatures. Le Mexique est, lui aussi, touché par cette vague. Il faut dire que la révolution cubaine constituait un modèle révolutionnaire important, d’autant qu’elle était menée par son héros charismatique Che Guevara, ou le « Che », une idole pour un grand nombre de jeunes. D’ailleurs, plusieurs penseurs européens le rejoignent dans sa lutte, comme Régis Debray, député et écrivain français qui prend le maquis à côté du Che en Bolivie, avant d’être arrêté.

Du nord au sud de l’Europe, les jeunes sont en rébellion contre les sociétés dans lesquelles ils vivent, ou comme à Varsovie et Prague contre l’hégémonie de l’Union soviétique dans leur pays. La majorité des pays européens ne sont pas épargnés et la France ne fait pas exception. Celui qui observe de l’extérieur le déroulement des événements de mai 68 en France ne trouve pas de véritable justification à l’ampleur du mouvement, qui domine cependant la scène des protestations de l’époque dans le monde. Surtout, le mouvement en France prend fin sans aucune réalisation concrète pour les étudiants, mis à part quelques revendications des ouvriers ayant rejoint les grévistes. Mais, en réalité, le jeu se déroule ailleurs…

En effet, le premier événement ayant déclenché mai 68 en France se déroule le 22 mars 1967, lorsque les étudiants de l’Université de Nanterre occupent le bâtiment des filles, afin de réclamer la mixité à la cité U, un premier pas vers la libération des mœurs. Un an après, 142 étudiants occupent la salle du conseil des professeurs de la faculté de Nanterre pour réclamer la libération des militants arrêtés à l’occasion d’une manifestation organisée par des étudiants maoïstes afin de soutenir le peuple vietnamien. La riposte de la direction de l’Université de Nanterre pousse les étudiants à occuper la Sorbonne. Le vendredi 3 mai 1968, une intervention policière très musclée met le feu aux poudres et fait évacuer les étudiants de la Sorbonne. Près de 500 personnes sont blessées, dont 200 policiers, et 574 étudiants sont arrêtés, dont les principales figures du mouvement. Rapidement, les rues alentour sont remplies de milliers d’étudiants de différentes tendances (droite, socialistes, maoïstes, léninistes, trotskistes, anarchistes, etc.). Ils se sentent unis et engagés pour la même cause. La police leur réserve le même sort qu’à leurs camarades. Le cycle provocation, répression, mobilisation dès lors s’enchaîne.

Georges Pompidou, qui pense calmer les choses, ordonne la réouverture de la Sorbonne le 13 mai. Les étudiants affluent et l’occupent pendant plus d’un mois, soutenus par une large population non étudiante, des philosophes, des journalistes et des politiciens, comme Jean-Paul Sartre, Jean-Luc Godard, Pierre Mendès France, François Mitterrand, Simone de Beauvoir et d’autres. Le débat s’engage alors à l’amphithéâtre de la Sorbonne et dans plusieurs autres lieux en France. Les discussions convergent sur la nécessité de remplacer le monde actuel et de créer un monde nouveau, dans lequel régnera la paix, l’amour, la justice et l’égalité. Tout, absolument tout, est remis en question, ce qui ouvre la voie aux nouvelles formes de contestation et de mobilisation des années 1960/1970, telles que l’écologie politique, les mouvements féministes, le retour à la terre, la liberté sexuelle, l’acceptation des différences et le rejet du pouvoir patriarcal.

Le discours du Premier ministre Georges Pompidou prononcé devant l’Assemblée nationale démontre une certaine compréhension de ce qui arrive côté étudiant. Pompidou y voit une crise de civilisation et, s’interrogeant sur le rôle de la jeunesse, il déclare, perspicace: « Ce n’est pas le gouvernement et les institutions ni même la France qui est en cause, c’est notre civilisation elle-même. »

Les slogans du mouvement de mai 68 qui couvrent les murs révèlent les préoccupations des étudiants de l’époque : « Il est interdit d’interdire », « Je ne veux pas perdre ma vie à la gagner », « Soyez réalistes, demandez l’impossible », « Cours camarade, le vieux monde est derrière toi », « Ni dieu, ni maître »… On y trouve aussi des portraits de Mao, de Che Guevara et de Trotski.

Dans les années soixante, lorsque les « baby-boomers » atteignent leurs vingt ans, en Amérique, en Europe, en Afrique et en Asie, en quelques mois, le monde a changé de siècle. La contestation de mai-juin 1968 en France, restée ancrée dans la mémoire collective, a pris de l’avance sur les autres mouvements de contestation dans le monde car il y a eu, en France, une véritable remise en cause de l’ordre établi. Le mouvement de contestation n’est pas dirigé contre une autorité précise, mais contre soi-même, contre le passé et le présent et pour un avenir meilleur, libéré des tabous et des préjugés et dans lequel la liberté, la paix, l’amour, l’égalité et la justice doivent régner.

Architecte D.P.L.G.

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La génération qu’on appelle génération des « baby-boomers » est celle née juste après la Seconde Guerre mondiale. Suite à la fin du conflit mondial, plusieurs pays ont, en effet, connu un taux de natalité élevé, ce qui a donné naissance à une génération qui a bouleversé en profondeur l’héritage de ses parents, leurs mœurs, leur mode de vie et leurs croyances...

commentaires (1)

Je ne connaissais pas toute cet histoire je travaillais aux bureaux d’Air France à la place Riad el Solh et pour un mois on avait les mains croisées, on savait qu’il y avait des manifestations, mai 68

Eleni Caridopoulou

21 h 50, le 25 janvier 2023

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Commentaires (1)

  • Je ne connaissais pas toute cet histoire je travaillais aux bureaux d’Air France à la place Riad el Solh et pour un mois on avait les mains croisées, on savait qu’il y avait des manifestations, mai 68

    Eleni Caridopoulou

    21 h 50, le 25 janvier 2023

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