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Société - Social

Le gel du programme de cartes de rationnement pèse sur les familles

Censé être financé par la Banque mondiale, il n’a toujours pas été mis en œuvre, en partie parce qu’il n’y a pas de source de financement sûre.

Le gel du programme de cartes de rationnement pèse sur les familles

Une file d’attente pour du pain devant une boulangerie à Saïda. Photo Mountasser Abdallah

En juin 2021, le Parlement avait approuvé un programme de cartes de rationnement d’un montant de 556 millions de dollars destiné à aider les familles les plus vulnérables à un moment où le gouvernement supprimait les subventions sur les produits essentiels comme le carburant et les médicaments. Cependant, le programme – qui devait être financé par la Banque mondiale (BM) – n’a pas encore été mis en œuvre, en partie en raison de l’absence d’une source de financement sûre.

Entre-temps, des centaines de milliers de personnes s’étaient précipitées pour s’inscrire au programme et se sont retrouvées sans aide financière alors que le pays traverse une crise économique sans précédent qui dure depuis trois ans.

Mohammad Hussein Ibrahim, père de trois enfants, explique à L’Orient Today qu’il reçoit 25 dollars par enfant et par mois du programme de Filet de sécurité sociale d’urgence (ESSN) de l’État, mais que « ce n’est toujours pas suffisant ». Le programme ESSN est un autre prêt financé par la Banque mondiale dont des dizaines de milliers de familles ont bénéficié. Cependant, même les bénéficiaires de l’ESSN se débattent dans la crise.

Sans emploi, Ibrahim confie qu’il est obligé de compter uniquement sur le lait de son agneau pour nourrir sa famille. « À un moment, je ramassais des boîtes de conserve en plastique et je les vendais juste pour avoir un peu de revenu », raconte-t-il.

Un agneau contre des médicaments

Avant les subventions gouvernementales, Mohammad Ibrahim a dû vendre l’un de ses quatre agneaux afin de stocker les médicaments de ses filles avant que leur prix ne devienne trop prohibitif.

« Nous faisons tout notre possible pour accélérer la mise en œuvre et faire en sorte que l’ESSN atteigne tous ses bénéficiaires cible, soit 150 000 ménages », affirme un porte-parole de la Banque mondiale. « La BM réitère son engagement à aider les pauvres au Liban qui subissent l’impact de la crise économique et financière directe », ajoute le porte-parole. Le programme de cartes de rationnement, s’il est mis en œuvre, pourrait fournir 126 dollars supplémentaires par mois aux familles dans le besoin.

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L’inscription à l’ESSN et au programme de cartes de rationnement est traitée par la même plateforme, qui impose les critères de choix pour chaque programme. Depuis le lancement de cette plateforme en décembre 2021, 582 825 personnes se sont inscrites, selon le ministère des Affaires sociales.

Le ministre sortant des Affaires sociales, Hector Hajjar, avait précisé en mars que la Banque mondiale avait exigé trois conditions avant d’accepter de financer un programme de cartes de rationnement : engager un processus de demande « sérieux et transparent », payer en priorité les familles déjà enregistrées et assurer une contribution du gouvernement libanais au financement du programme.

Le directeur régional de la Banque mondiale, Saroj Kumar Jha, avait déclaré en décembre que le Liban avait soumis une demande officielle de financement de la carte de rationnement et que « la Banque mondiale était prête à examiner cette demande ». « Il est vraiment important que le programme soit mis en œuvre d’une manière qui contribue à rétablir la confiance » entre les Libanais et les institutions publiques, avait-il ajouté.

Tout est prêt... sauf

Un porte-parole du ministère des Affaires sociales affirme qu’actuellement, « tout est prêt », sauf le financement. Selon lui, la Banque mondiale a précisé qu’elle ne finançait pas le programme parce qu’elle voulait que le gouvernement « trouve un accord avec le Fonds monétaire international ou élabore un plan de sauvetage économique complet, entre autres ». Le gouvernement libanais n’a accompli aucune des deux tâches.

Dans l’intervalle, de nombreuses familles qui luttent pour survivre dans un contexte de crise économique aiguë ont besoin de nourriture et de médicaments. « Le peuple libanais mérite un système de protection sociale sur lequel il peut compter en cas de besoin... tout au long de sa vie, indique un rapport de l’Unicef datant de mars 2021. Alors que des franges de plus en plus importantes de la société libanaise sont confrontées à un risque croissant d’insécurité de revenus en raison des multiples crises qui se chevauchent et de la suppression progressive des subventions universelles des prix, le renforcement des garanties de protection sociale pour tous devrait être au cœur de tout effort de réforme et une priorité politique de premier ordre. »

En attendant, des gens comme Mohammad el-Afchal, père handicapé de sept enfants, sont obligés de vivre grâce aux revenus de l’un des enfants et avec une aide supplémentaire de la communauté. « Un de mes traitements, une crème, me coûte 2 millions de livres par mois et ma femme a un cancer. Nous avions l’habitude d’obtenir des médicaments auprès du ministère de la Santé, mais cela fait plus de trois mois qu’il ne nous en a plus fourni », déplore-t-il.

Selon un rapport de l’Unicef datant d’août, 84 % des ménages n’ont pas assez d’argent pour couvrir les besoins de première nécessité, en raison de « l’inflation constante et de l’augmentation des prix des produits de base, associées à un taux de chômage élevé ».

« Sans l’aide de mes enfants, du propriétaire de mon logement – qui a cessé de percevoir le loyer parce qu’il comprend ma situation – et du moukhtar de mon village, je n’aurais pas pu survivre », soupire Mohammad el-Afchal.


En juin 2021, le Parlement avait approuvé un programme de cartes de rationnement d’un montant de 556 millions de dollars destiné à aider les familles les plus vulnérables à un moment où le gouvernement supprimait les subventions sur les produits essentiels comme le carburant et les médicaments. Cependant, le programme – qui devait être financé par la Banque mondiale (BM) – n’a...

commentaires (1)

Tout à fait logoquement, la Banque Mondiale ne peut accepter de financer le programme que si elle a l'assurance que les sommes iront aux nécessiteux et non dans les poches des ministres. Garantie que l'Etat est , comme on sen doute, incapable de fournir. Pendant ce temps, les libanais continuent à mourir de faim.

Yves Prevost

07 h 16, le 24 novembre 2022

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Commentaires (1)

  • Tout à fait logoquement, la Banque Mondiale ne peut accepter de financer le programme que si elle a l'assurance que les sommes iront aux nécessiteux et non dans les poches des ministres. Garantie que l'Etat est , comme on sen doute, incapable de fournir. Pendant ce temps, les libanais continuent à mourir de faim.

    Yves Prevost

    07 h 16, le 24 novembre 2022

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