Le chef du Courant patriotique libre (CPL) Gebran Bassil a affirmé mercredi soir depuis Paris, qu'"il n'y aura pas de président de la République" sans son parti, alors que son allié, le Hezbollah, semble pencher davantage vers la candidature du chef des Marada, Sleiman Frangié, au grand dam des aounistes.
"Il n'y aura pas de président de la République sans nous. Même si tout le monde s'entend sur la candidature de Sleiman Frangié, le CPL ne votera pas pour lui", a affirmé M. Bassil mercredi lors d'un entretien avec des journalistes à Paris, selon des propos enregistrés et qui ont été diffusés par plusieurs médias locaux. "Tant que nous ne l'acceptons pas, il n'y aura pas de président", a-t-il martelé, avant de poursuivre : "Nous n'accepterons pas d'élire quelqu'un comme Sleiman Frangié". Selon M. Bassil, l'élection du leader de Zghorta "ramènera le pays aux années 1990". "Nous passerons du trio Berry-Hariri-Hraoui au trio Berry-Mikati-Frangié", a-t-il noté, en allusion à l'ex-président de la République Élias Hraoui et à l'ancien Premier ministre Rafic Hariri, qui constituaient avec le président de la Chambre Nabih Berry la "troïka" à l'époque de la tutelle syrienne sur le Liban.
La réponse des Marada est venue par la bouche du député Tony Frangié, fils du chef du parti chrétien du Liban-Nord. "Sleiman Frangié restera une personnalité nationale qui rassemble et s'oppose aux tentatives de se cacher derrière les confessions et le repli sur soi qui ont épuisé le pays", a écrit Tony Frangié dans un tweet. Il a ajouté que les Marada "ne s'entendent pas non plus avec Gebran Bassil autour d'un programme politique et réformateur pour construire un État". "Nous avons essayé et vu (ce qui s'est passé)... Vous nous avez menés en enfer", a lancé le député.
La réaction de Berry
Dans un communiqué publié jeudi, le CPL a justifié les propos de Gebran Bassil, estimant que "son chef n'a attaqué personne, mais a clarifié au cours d'une réunion interne du parti à Paris les raisons pour lesquelles il ne soutient pas Sleiman Frangié, et qu'il ne veut pas que la situation du Liban soit similaire à celle qui prévalait dans les années 1990-2005". Le parti aouniste a enfin assuré être "dans une phase de communication et de construction de ponts avec les forces politiques qui le souhaitent", après qu'il ait lancé un appel au dialogue en octobre dernier, avant la fin du mandat Aoun.
Réagissant à ce communiqué, le président du Parlement Nabih Berry a critiqué jeudi le président Michel Aoun, son gendre Gebran Bassil et le conseiller de l'ex-chef de l’État, Salim Jreissati. "La situation en 1990 était meilleure que ce qui a été fait au cours des six dernières années qui peuvent se résumer comme suit : Aoun-Bassil-Jreissati", a affirmé M. Berry dans un communiqué.
La réaction de Sélim Jreissati ne s'est pas fait attendre. "Je suis honoré d'apprendre ce dont vous m'accusez par ce trio, qui n'est jamais allé à l'encontre de mes valeurs morales, nationales et académiques bien connues", a-t-il affirmé.
Jeudi, le chef du CPL s'est également exprimé au sujet de la présidentielle dans un entretien accordé à la chaîne France 24. "Je ne soutiens pas Sleiman Frangié parce que nous ne nous entendons pas avec lui sur un programme politique réformateur visant à construire l'État", a-t-il affirmé.
Gebran Bassil a aussi critiqué le Hezbollah, son allié chiite. "Bien que nous comprenons la position d'autres parties, comme le Hezbollah, concernant la protection du pays et de la Résistance, nous considérons que la priorité est aujourd'hui à la construction d'un État sans que cela n'aille à l'encontre de la protection du pays", a-t-il souligné. Le Hezbollah, qui semble sortir peu à peu de sa passivité dans la bataille présidentielle en faveur de Sleiman Frangié, au grand dam des aounistes, a plaidé à maintes reprises en faveur d'un président "qui ne poignarde pas la Résistance dans le dos".
L'entente autour d'un candidat
"Je ne me suis pas porté candidat pour ne pas compliquer les choses et provoquer une vacance, et afin qu'on arrive à une entente autour d'un président pour qu'il réussisse", a par ailleurs indiqué M. Bassil, qui jusque-là n'a pas officialisé sa candidature. "Cela permet de faciliter des choses et constitue un abandon d'un droit essentiel", a-t-il ajouté, estimant qu'il "est illogique" qu'il soit accusé de "blocage".
Commentant son déplacement en France, le chef du CPL a indiqué "avoir rencontré à Paris, à sa demande, les responsables qu'il fallait voir pour exposer un sujet, une idée et un programme", sans donner plus de détails. Il a assuré que "le but de ce déplacement est loin de ce qui circule dans la presse". "Lors de ces réunions, aucune initiative française n'a été évoquée mais la crise intentionnelle au Liban qui se caractérise par une vacance présidentielle et gouvernementale, une absence de réformes et une paralysie des institutions", a-t-il indiqué. Le chef du CPL a affirmé "avoir évoqué une vision complète pour sortir le pays du surplace", démentant le fait que "des candidats à la présidentielle soient soutenus par l'extérieur". "Il existe une véritable chance pour les Libanais d'élire un président "made in Lebanon", a estimé le député de Batroun.
En déplacement à Paris depuis mercredi après une visite à Doha la semaine dernière, le chef du CPL, qui se considère comme "candidat logique" à la magistrature suprême, semble œuvrer à avancer ses pions dans la course à Baabda. Sa visite intervient après que le président français Emmanuel Macron s’est entretenu au téléphone samedi dernier avec le prince héritier saoudien Mohammad ben Salmane au sujet de la présidentielle libanaise. Les deux dirigeants sont censés évoquer de nouveau le dossier libanais en marge du sommet du G20 qui se tient actuellement en Indonésie.
Le député aouniste a par ailleurs rappelé que son parti continuera de voter blanc aux séances parlementaires visant à élire un successeur à Michel Aoun parce qu'il ne veut pas "présenter un candidat qui n'a aucune chance d'accéder à la tête de l'État". Ses propos interviennent alors que le Parlement a échoué jeudi, à l'issue d'une sixième séance électorale, à élire un président.
Collaboration avec Hariri
Le chef du CPL a par ailleurs tendu une perche à l'ancien Premier ministre Saad Hariri, qui avait annoncé au début de l'année son retrait de la vie politique. "Nous n'avons pas communiqué dernièrement avec M. Hariri et cela est dû à sa décision de se soustraire momentanément de la vie politique. Nous aurions souhaité que cela n'ait pas eu lieu parce que la situation au sein de la confession sunnite n'est pas saine et cela doit être résolu", a précisé M. Bassil. "Saad Hariri est une partie essentielle de la solution. Nous sommes engagés à collaborer avec lui en tant que composante essentielle dans le pays lorsqu'il décide" de réintégrer la vie politique, a-t-il souligné.
Après plusieurs mois d’absence quasi totale, les anciens Premiers ministres Nagib Mikati, Tammam Salam et Fouad Siniora ont plaidé pour un chef de l’État qui "bénéficierait de la confiance de tous les Libanais" et "qui respecterait la Constitution".
Gebran Bassil a enfin assuré que "l'accord conclu (en octobre) entre le Liban et Israël sur le tracé de leur frontière maritime n'a rien à voir avec les sanctions" américaines émises à son encontre. Il a noté à ce sujet qu'il tente d'effectuer la révision nécessaire pour que les sanctions soient levées".
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14 h 12, le 20 novembre 2022