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Vêtements votifs et cilice dans la culture libanaise

Vêtements votifs et cilice dans la culture libanaise

Une couturière à Jbeil à l’œuvre, faisant un cilice sous forme de ceinture en tissu de joute. Photo Frédéric Zakhia

Il n’est pas inhabituel de rencontrer dans un lieu public au Liban, sur la rue ou au supermarché, un monsieur portant un habit monastique comme celui de saint Charbel ou une dame portant la robe bleue de la Sainte Vierge. Ces personnes ne sont pas forcément des religieux, mais portent des vêtements votifs, c’est-à-dire qui sont associés à un vœu personnel du croyant. Le mois de mai, mois de Marie dans l’Église catholique, montre un pic de ce phénomène.

Cette coutume perdure et constitue une expression de la foi et de l’affection pour un saint particulier. C’est ainsi que Rita T. BF, traductrice, décide peu de temps avant l’arrivée du Covid de porter l’habit augustinien – celui de sainte Rita de Cascia, une sainte thaumaturge italienne devenue très populaire au Liban. Originaire du Chouf, Rita habite à Aoukar. Elle raconte son expérience avec le port de ce vêtement votif : « J’ai toujours été attirée par ce vêtement et je sentais que je devais en porter un. J’allais tous les ans pour la célébration de la fête de sainte Rita dans son église à Horch Tabet. J’ai alors décidé de porter l’habit pendant un mois, en juin 2019, à l’intention de mon pays, le Liban », explique-t-elle. Elle poursuit : « Quand j’ai posté ma photo sur les réseaux sociaux, j’ai reçu plein de commentaires, qui étaient plutôt positifs. Certains au début pensaient sérieusement que j’allais entrer dans les ordres. Mais après, ils ont compris. » « J’ai adoré cette expérience et je la vois comme une bénédiction », conclut Rita. Quant à Éliana Sfeir, qui est étudiante en troisième année de radiologie et employée de pâtisserie à temps partiel pour financer ses études, elle porte aussi le même vêtement. Elle l’a emprunté à l’église Sainte-Rita à Jbeil pour un vœu personnel qu’elle souhaite garder secret. Bien sûr, la personne qui a librement choisi de porter un tel vêtement doit agir en respectant l’image du saint qu’elle représente. Par exemple, un polisson a été repéré en train de voler des amandes dans le terrain de son voisin, alors qu’il portait l’habit de saint Charbel, habit dont le port a sans doute été imposé à cet enfant tumultueux par les parents.

Rita, jeune Libanaise portant l’habit des augustiniennes de sainte Rita à l’intention du Liban. Photo fournie par Rita T. BF

Le port du cilice

Une autre manifestation vestimentaire de la foi chez les dévots libanais est celle du cilice, dont l’usage est toutefois nettement moins courant de nos jours.

Le cilice, appelé en arabe « al-messeh », est un vêtement en tissu grossier (poils d’animaux) porté sur le torse ou serré autour de la taille, caché sous les vêtements (donc un sous-

vêtement), en guise de mortification physique, de pénitence.

En 1964, lors d’un pèlerinage en Inde, le pape Paul VI fut agressé et transporté d’urgence dans un centre hospitalier. En lui ôtant son habit, on s’aperçoit qu’il portait un cilice.

Saint Charbel, ermite de l’ordre libanais maronite, portait un cilice en poils de chèvre et on l’a découvert à sa mort. « Ce cilice a été modifié par l’ermite et alourdi par des cailloux et des brins métalliques », explique le père Pierre Saadé, historien et moine de l’ordre libanais maronite. Normalement, un membre d’une communauté religieuse doit avoir l’autorisation de son supérieur afin de le porter. La mortification ne doit pas nuire à la personne : on le porte généralement deux heures ou plus pendant la journée et non pas continuellement (même si certains saints le font). Le père Antoun Tarabay (1911-1998), moine de l’ordre libanais maronite mariamite réputé pour ses dons prophétiques, portait aussi un cilice qu’il avait « hérité » d’un autre ermite, le père Abdel Massih el-Hayek.

Même si on a tendance à croire que ce genre de pratiques pénitentielles a totalement disparu de nos jours, le port du cilice est toujours d’usage au sein des milieux érémitiques et dans quelques ordres religieux, voire parmi les laïcs.

« Le but du cilice, c’est de supprimer tout désir », dit Sarah dans un article du Dailymail.com. Membre de l’Opus Dei, une communauté catholique dont le règlement permet le port du cilice pendant deux heures par jour, Sarah a commencé à le porter à l’âge de 20 ans.

Le père Pierre Saadé insiste que « le port du cilice est une entreprise très sérieuse et difficile. Il en existe plusieurs variantes conçues par le passionné de Dieu. Souffrir ainsi n’est rien vis-à-vis des souffrances du Christ ». Et le père Saadé rajoute : « La question qui se pose est si la douleur dans la spiritualité chrétienne est un but. La réponse est non, ce n’est pas un but, mais un moyen. »

On trouve le terme de « cilice » dans les traductions catholiques de la Bible. Ce terme évoque la Cilicie de l’actuelle Turquie, où on retrouvait les chèvres dont les poils servaient pour fabriquer des cilices. Quant aux traductions protestantes, elles privilégient le mot « sac » au lieu de cilice, qui est dérivé du mot hébreu « sak » et du syriaque « sako », signifiant cilice.

De nos jours, on peut même acheter des cilices en ligne. En effet, certains sites les vendent et on y trouve plusieurs types : des « minicilices » comme des bracelets à dents pointues qui s’enfoncent légèrement dans la chair, des ceintures, etc.

Finalement, le port du cilice, ou « al-messeh », reste une entreprise libre, délicate et discrète, qui constitue un moyen parmi tant d’autres, comme le jeûne, afin de progresser spirituellement dans la vie chrétienne. Quant au port du vêtement votif, cela relève du choix personnel de l’individu et parfois de la famille, et constitue une coutume populaire visible (à l’inverse du cilice, qui reste invisible) et en quelque sorte une manière tangible de se sentir en contact avec le divin.

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

Il n’est pas inhabituel de rencontrer dans un lieu public au Liban, sur la rue ou au supermarché, un monsieur portant un habit monastique comme celui de saint Charbel ou une dame portant la robe bleue de la Sainte Vierge. Ces personnes ne sont pas forcément des religieux, mais portent des vêtements votifs, c’est-à-dire qui sont associés à un vœu personnel du croyant. Le mois de mai, mois de Marie dans l’Église catholique, montre un pic de ce phénomène.Cette coutume perdure et constitue une expression de la foi et de l’affection pour un saint particulier. C’est ainsi que Rita T. BF, traductrice, décide peu de temps avant l’arrivée du Covid de porter l’habit augustinien – celui de sainte Rita de Cascia, une sainte thaumaturge italienne devenue très populaire au Liban. Originaire du Chouf, Rita habite à Aoukar....
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