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Société - Étude

Stress, dépression, culpabilité... : la santé mentale des travailleuses migrantes sous la kafala

Dans un Liban en plein effondrement, les employées de maison étrangères sont particulièrement touchées, précarisées à la fois par un système qui les prive de leurs droits les plus basiques et par l’appauvrissement généralisé de la population.

Stress, dépression, culpabilité... : la santé mentale des travailleuses migrantes sous la kafala

Lors du lancement de l’étude, des travailleuses domestiques migrantes ont présenté des saynètes relatant leurs conditions de travail au Liban. GIZ by Création 9

« C’est dur, lorsque vous venez de pays comme les nôtres ! Je viens pour mes enfants. Mais c’est compliqué de rester en bonne santé, parce que je ne mange pas à ma faim. Je suis sans emploi et malade. Je ne peux pas aller chez le médecin, parce que je n’en ai pas les moyens. Je ne peux même pas aller à l’hôpital, parce qu’ils réclameront mes papiers. Les gens de couleur ici, lorsque nous sommes malades, nous n’avons nulle part où aller. » Ce témoignage résume les principales sources de stress des travailleuses domestiques étrangères au Liban, à savoir leurs conditions socio-économiques. Un stress particulièrement intense pour celles qui ont fui le domicile de leur employeur, qui luttent pour préserver leur santé et leur tranquillité d’esprit, alors qu’elles se battent pour survivre. « Dans mon pays, mon recruteur m’a menti. Chez mes patrons, j’ai été traitée comme une esclave, sans manger pendant deux jours d’affilée, dormant au sous-sol », témoigne une travailleuse*. Elle a alors choisi de partir, quitte à laisser ses documents personnels, confisqués par son employeur. « C’est aussi l’enfer de se retrouver sans emploi. Mais, en fin de compte, on peut arriver à partager une chambre et une salle de bains avec d’autres migrants », précise-t-elle.

Racisme et discrimination

Dans un pays en plein effondrement, où le travail domestique est ignoré du code du travail et où il est régi par le système du garant ou kafala, les employées de maison sont encore plus vulnérables, désormais. Elles subissent de plein fouet les répercussions de la crise économique. Elles sont aussi victimes d’un système qui favorise leur exploitation et les prive de leurs droits les plus basiques, comme celui de rompre leur contrat en cas de maltraitance. « La santé mentale des travailleurs domestiques migrants et leur bien-être psychosocial sous le système de la kafala » est le thème d’une étude réalisée par l’Agence allemande de coopération internationale (GIZ) pour le compte du ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement (BMZ).

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Réalisée par Daryn Howland, Alena Mehlau et Philip Noun, l’étude a été publiée en octobre dernier lors d’une cérémonie qui a vu la participation de l’ambassadeur d’Allemagne, Andreas Kindl. L’étude met aussi l’accent sur le racisme et la discrimination dont sont victimes ces migrantes qui viennent d’Afrique et d’Asie du Sud-Est, notamment d’Éthiopie, des Philippines, du Sri Lanka, du Bangladesh, du Soudan, du Kenya, du Nigeria… « Lorsqu’une femme africaine se promène en short, elle est immédiatement traitée de prostituée. Une Libanaise vêtue d’un short ne sera jamais traitée de la sorte », dénonce une travailleuse kényane sous couvert d’anonymat. Pire encore, « on nous accuse de prendre l’argent des Libanais. On nous somme alors de rentrer chez nous », déplore-t-elle, dans un contexte d’effondrement de la livre libanaise qui a atteint le seuil de 40 000 LL pour un dollar.

Pour les travailleuses qui vivent chez leur employeur, leurs conditions de travail sont à l’origine de leur anxiété. « Le stress vient du travail lui-même, raconte une travailleuse. Nous sommes payées une misère. Nous devons voler le temps pour manger. Nous mangeons alors en travaillant ou aux toilettes. Parce que nous devons terminer notre travail et qu’il y a toujours une nouvelle besogne à accomplir. Nos journées sont si longues. » « Nos employeurs agissent comme s’ils nous avaient achetées. Ils menacent de nous rendre (renvoyer au bureau), parce que nous sommes enregistrées en leur nom », renchérit une autre employée de maison.

Grand angle

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Depuis la crise économique, la pandémie de Covid-19 et l’explosion au port de Beyrouth le 4 août 2020, de nombreuses travailleuses migrantes ont quitté le pays. Certaines de leur propre gré vu l’appauvrissement de la classe moyenne libanaise et la raréfaction des devises étrangères, d’autres après avoir été abandonnées par leurs employeurs aux portes des ambassades. Mais, en l’absence de chiffres officiels, on considère toujours que le Liban emploie 250 000 travailleuses et travailleurs domestiques migrants. Et si le secteur comporte un certain nombre d’hommes, c’est un emploi principalement féminin.

Cette sensation d’être coincées

Dans ce cadre, des femmes migrantes sombrent dans la dépression. Une dépression exacerbée par leur incapacité à s’adapter à une nouvelle langue et à l’environnement sociopolitique libanais. « Je ne pensais pas que le Liban était si dur. J’ai sombré dans la dépression. J’ai perdu mes droits », révèle une migrante. Pour d’autres, en situation précaire, c’est la crainte d’être jetées en prison qui les taraude. Après avoir fui des employeurs abusifs, elles risquent la prison, leur statut étant illégal. Et personne pour les aider, surtout pas leurs ambassades. « Nous avons des ambassades. Mais elles ne se soucient pas de nous », dénonce une migrante. Ce qui les mine particulièrement aussi, c’est cette culpabilité envers leurs familles dans leurs pays, de ne « pas envoyer d’argent parfois », de ne « pas être là », de « ne pas les aimer ». Les situations diffèrent. Mais une chose est sûre, nombre de travailleuses domestiques migrantes se sentent « coincées » au Liban, car elles n’ont souvent « pas le choix ». Pas étonnant que les plus vulnérables mettent fin à leurs jours.

Les témoignages collectés par GIZ dans le cadre de l’étude sont tous anonymes.


« C’est dur, lorsque vous venez de pays comme les nôtres ! Je viens pour mes enfants. Mais c’est compliqué de rester en bonne santé, parce que je ne mange pas à ma faim. Je suis sans emploi et malade. Je ne peux pas aller chez le médecin, parce que je n’en ai pas les moyens. Je ne peux même pas aller à l’hôpital, parce qu’ils réclameront mes papiers. Les gens de couleur...

commentaires (4)

La plupart de nos soi-disant responsables ne connaissent pas ( ou les ignorent ! ) les besoins de leurs propres concitoyens libanais. Alors comment s'attendre à ce qu'ils se soucient de ces malheureuses travailleuses migrantes...? Que beaucoup de leurs employeurs libanais considèrent d'ailleurs comme des esclaves, à leur merci et bon vouloir. Nous remarquons aussi que les chiens de certains de ces employeurs sont mieux traités que ces malheureuses victimes de leur manque de conscience et d'humanité. - Irène Saïd

Irene Said

15 h 52, le 07 novembre 2022

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Commentaires (4)

  • La plupart de nos soi-disant responsables ne connaissent pas ( ou les ignorent ! ) les besoins de leurs propres concitoyens libanais. Alors comment s'attendre à ce qu'ils se soucient de ces malheureuses travailleuses migrantes...? Que beaucoup de leurs employeurs libanais considèrent d'ailleurs comme des esclaves, à leur merci et bon vouloir. Nous remarquons aussi que les chiens de certains de ces employeurs sont mieux traités que ces malheureuses victimes de leur manque de conscience et d'humanité. - Irène Saïd

    Irene Said

    15 h 52, le 07 novembre 2022

  • Chez moi c’est une princesse. On l’aime, et c’est tt à fait partagé; elle fait partie de la famille. Ça fait très longtemps qu’elle est chez nous et n’a aucune envie de rentrer chez elle pour de bon. Elle va en vacances tous les 2 ans et revient. Elle travaille à peine une demi journée parce qu’elle est très efficace et organisée. Tous les dimanches elle sort retrouver ses amies. C’est vrai sûrement qu’il y en a qui abusent d’elles mais je suis presque sûre que ds 80% des cas elles sont super bien traitées.

    Khoury-Haddad Viviane

    15 h 49, le 07 novembre 2022

  • Je pense que ces travailleuses exagerent. On a engagé une qu'on a fait venir d'Afrique en payant les 2000dollars, plus 250$ par mois. Elle passait son temps a faire ses ongles et mettre ses extensions de cheveux. Apres 2 semaines, elle a quitté. On a cherché une autre qui est restée 6 mois, a temps pour passer Noel avec sa famille. Au diable nos 2000$ er son contrat!(Pour info elles ouvrent le frigidaire et mangent a leur guise. Elles ont une tele avec Netflix dans leur chambre. Elles travaillent officiellement 8h mais en fait 5 heures par jour. Et on est hyper respectueux.) Ensuite on a engagé une locale a 500$ par jour qui apres 2 jours a dit qu'elle veut fumer dans la maison. Donc maldonne de nouveau. Peut etre il y a quelque exces chez quelque Libanais. Mais en general, c'est les travailleuses qui abusent du systeme.

    Le Liban d'abord

    09 h 12, le 07 novembre 2022

  • qu elles retournent chez elles travailler, c est plus simple pour nous tous.

    Marie Claude EL-HAGE

    07 h 33, le 07 novembre 2022

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