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Idées - Pauvreté

La prise en otage des enfants libanais

La prise en otage des enfants libanais

Un jeune garçon quitte une boulangerie avec un sac de pain dans le quartier de Nabaa, à Beyrouth. Photo d’archives AFP

Depuis 2019, la crise économique du Liban s’est progressivement aggravée, et l’état prolongé de la dépression débilitante a cimenté des sentiments de désespoir perpétuel dans tout le pays. Certains droits humains fondamentaux, comme l’accès à l’éducation, aux soins de santé, aux services publics essentiels, au logement, à la propriété et aux revenus, se font de plus en plus rares au Liban. Et si l’ampleur de cette souffrance augmente rapidement, elle exacerbe également les inégalités structurelles existantes et touche de manière disproportionnée les personnes vulnérables tout au long de leur vie, comme les personnes handicapées ou les familles qui se battent pour élever leurs enfants.

Mais alors que nous subissons au jour le jour le démantèlement du pays, nous disposons de peu de données actualisées permettant de mesurer son étendue.

Pour mémoire

L'Unicef déplore la situation "désastreuse" de l'éducation des jeunes au Liban

Dans une nouvelle étude qualitative intitulée « Deprived Childhoods », l’Unicef offre un éclairage nouveau sur cette vulnérabilité mouvante en dépeignant le côté humain de la détérioration et de l’état multidimensionnel de la pauvreté des enfants au Liban. Au lieu de s’appuyer sur des statistiques, l’étude communique la réalité crue de la façon dont les gens vivent aujourd’hui, ce qui est alarmant. Le tableau ainsi dressé montre clairement l’urgence d’une action corrective de la part de toutes les parties prenantes, qui n’ont rien fait pour stabiliser la crise et mettre en œuvre les réformes nécessaires à une reprise durable et inclusive.

Droits bafoués

Trois constats principaux en ressortent. Premièrement, les droits fondamentaux des enfants au Liban, tels que définis par la Convention des Nations unies relative aux droits de l’enfant, c’est-à-dire leur droit à la santé, au bien-être, à la protection et à l’éducation – bref, leur droit fondamental d’être des enfants –, sont tous collectivement bafoués. Cela est principalement dû à l’effet de l’effondrement économique sur la capacité des ménages et des soignants à subvenir aux besoins de leurs enfants. Les mères racontent qu’elles n’ont pas pu soigner leurs membres cassés. Des enfants prennent des photos de maisons vides – toutes les possessions ayant été vendues. Les parents décrivent le fait de mettre un bon repas sur la table chaque jour comme un rêve, qui en est venu à remplacer les espoirs et les ambitions antérieurs de leurs enfants.

Au-delà de ces récits, l’Unicef réalise également une enquête nationale régulière sur le bien-être des enfants. Tous les six mois, les mêmes familles sont approchées, ce qui permet de suivre la situation dans le temps. Cette étude empirique – connue sous l’acronyme anglais CFRA (Child-Focused Rapid Assessment) – a été menée une nouvelle fois en juin dernier et a révélé que 84 % des ménages libanais n’avaient pas assez d’argent pour couvrir les besoins de première nécessité. En outre, l’étude a montré qu’un enfant sur quatre s’était récemment couché le ventre vide et que l’endettement des ménages était en hausse.

Pour mémoire

Au Liban, les enfants plus vulnérables aux maladies mortelles

Deuxièmement, à des périodes aussi formatrices de leur développement, la violation cumulée de ces droits fondamentaux nuit considérablement à la santé mentale des enfants. L’étude a révélé que ces derniers font preuve non seulement d’une profonde compréhension de la grave dépression et de la détérioration de la situation du pays, mais qu’ils ont également une conscience obsédante et constante de son influence sur leur vie et leur avenir. Sentant le fardeau, les enfants ont expliqué qu’ils ne demandent plus beaucoup de choses à leurs soignants. Selon la CFRA, deux soignants sur trois ont déclaré que la santé mentale de leurs enfants s’était détériorée au cours de l’année écoulée.

Troisièmement, l’extrême vulnérabilité des familles et des ménages, et les pressions auxquelles les enfants sont exposés en conséquence alimentent une crise sociale de confiance. Les liens intimes entre les enfants et les parents, fondamentalement ancrés dans la confiance, sont mis à mal par l’incapacité des parents à répondre aux besoins fondamentaux des enfants. Les enfants, d’une part, ont de moins en moins confiance dans les personnes qui s’occupent d’eux et qui sont incapables de subvenir à leurs besoins. Les parents, d’autre part, sont frappés par la culpabilité de cette incapacité à subvenir à ces besoins fondamentaux, et par la perte de la confiance et du respect de leurs enfants envers les capacités de leurs soignants. Cet effet était particulièrement prononcé lorsque les rôles de base du ménage avaient été inversés et que les enfants étaient désormais les pourvoyeurs de revenus, tandis que les parents étaient contraints au chômage.

Protéger les enfants

Le Liban ne connaît pas une récession temporaire. Nous sommes profondément coincés dans une « dépression délibérée » – pour reprendre les termes de la Banque mondiale – qui a un coût énorme. La vulnérabilité croissante des enfants au Liban et les attaques multidimensionnelles contre leur enfance et leurs rêves, et les liens intimes avec leurs familles seront irréversibles.

De manière générale, des réformes massives sont nécessaires dans le pays : au-delà de la réforme économique de grande envergure nécessaire pour débloquer le soutien du FMI, une attention égale doit également être accordée à la restauration de l’intégrité et de la disponibilité des services publics essentiels, notamment l’éducation, les soins de santé et les services publics. De toute urgence, le Liban a besoin de la mise en place immédiate d’un système de protection sociale complet, équitable et de grande envergure pour atténuer les pires effets de la crise sur les droits des enfants et des ménages. Tous les enfants ont droit à une protection sociale, et alors que d’autres pays ont mis en place des programmes nationaux inclusifs d’allocations familiales, les enfants libanais sont laissés pour compte.

Il est difficile, trois ans après le début de la crise au Liban, d’imaginer un indicateur plus alarmant de la proximité du pays avec le statut d’État failli que l’incapacité des parents à garantir les droits fondamentaux de leurs enfants. Ou, peut-être, aucune conséquence de la crise n’est plus représentative de l’effritement du contrat social du pays que la rupture des relations entre les enfants et leurs parents.

Les fondements mêmes de la société qui font de nous ce que nous sommes, qui nous lient les uns aux autres sont en train de s’effondrer. Il n’y a pas de mesures à court terme pour gérer le trou noir de la dépression au Liban – seulement le besoin toujours urgent d’une action décisive pour stabiliser la crise et mettre le pays sur la voie d’une reprise durable et juste. Si ce n’est pas pour nous, du moins pour le bien de nos enfants.

Par Fadi Nicholas NASSAR

Chercheur au LCPS, et professeur adjoint de sciences politiques et d’affaires internationales à la LAU.

Par Sarah HAGUE

Chef de la politique sociale à Unicef Liban.

Depuis 2019, la crise économique du Liban s’est progressivement aggravée, et l’état prolongé de la dépression débilitante a cimenté des sentiments de désespoir perpétuel dans tout le pays. Certains droits humains fondamentaux, comme l’accès à l’éducation, aux soins de santé, aux services publics essentiels, au logement, à la propriété et aux revenus, se font de plus en...
commentaires (2)

VOUS DITES : «Il est difficile, trois ans après le début de la crise au Liban…….. l’incapacité des parents à garantir les droits fondamentaux de leurs enfants.» ÊTES-VOUS SûRE QUE CE N’EST QUE TROIS ANS LA CRISE AU LIBAN ? BIEN PLUS DE 3 GÉNÉRATIONS D’ENFANTS SONT PRIS EN OTAGE !! REVOIR : L'EXPLOITATION DE LA MAIN D'ŒUVRE INFANTILE PRATIQUÉE A GRANDE ÉCHELLE A TRIPOLI , SAIDA, TYR ,BAALBECK AU AKKAR, BEKAA DANS LES ANNÉES 50,60 A 2022 DONNEZ LES CAUSES 1) SOCIALES 2) POLITIQUES , 3 ) CULTURELS 4) RELIGIEUX ( EH OUI ) LA LISTE EST LONGUE ET C’EST LES ENFANTS QUI PAYENT. ET AUJOURD’HUI « NOS NOUVEAUX DÉPUTÉS SONT OCCUPÉS PAR LE CHANGEMENT DE LA GARDE DU PARLEMENT ! » RIEN DE NOUVEAU …..

aliosha

20 h 07, le 02 octobre 2022

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Commentaires (2)

  • VOUS DITES : «Il est difficile, trois ans après le début de la crise au Liban…….. l’incapacité des parents à garantir les droits fondamentaux de leurs enfants.» ÊTES-VOUS SûRE QUE CE N’EST QUE TROIS ANS LA CRISE AU LIBAN ? BIEN PLUS DE 3 GÉNÉRATIONS D’ENFANTS SONT PRIS EN OTAGE !! REVOIR : L'EXPLOITATION DE LA MAIN D'ŒUVRE INFANTILE PRATIQUÉE A GRANDE ÉCHELLE A TRIPOLI , SAIDA, TYR ,BAALBECK AU AKKAR, BEKAA DANS LES ANNÉES 50,60 A 2022 DONNEZ LES CAUSES 1) SOCIALES 2) POLITIQUES , 3 ) CULTURELS 4) RELIGIEUX ( EH OUI ) LA LISTE EST LONGUE ET C’EST LES ENFANTS QUI PAYENT. ET AUJOURD’HUI « NOS NOUVEAUX DÉPUTÉS SONT OCCUPÉS PAR LE CHANGEMENT DE LA GARDE DU PARLEMENT ! » RIEN DE NOUVEAU …..

    aliosha

    20 h 07, le 02 octobre 2022

  • Et pendant ce temps les autres dansent!

    Politiquement incorrect(e)

    12 h 21, le 01 octobre 2022

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