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Nos Lecteurs ont la Parole

Les anniversaires, les souvenances, les renaissances et moi...

Il y a de ces dates qu’on n’oublie pas. Les dates de rencontre, d’anniversaire, de réjouissance, de deuil sont des moments que l’on s’apaise à vénérer. On fête, on célèbre, on se réjouit, mais on se lamente et on pleure aussi. On prend du plaisir à compter les printemps, on se félicite d’être vivant. On arrose notre succès, on ressuscite les jours passés, écoles et universités, diplômes et brevets. On mentionne les Oscars, on sourit pour les jours de gloire. On applaudit pour avoir réussi à demeurer ensemble, malgré les années, unis dans le bonheur et le malheur, la santé et la maladie, la joie et la mélancolie. On regrette amèrement les séparations, on déplore les divisions, on gémit le départ vers l’infini d’un parent, d’un ami.

On repasse des morceaux choisis. On ferme les yeux et on se souvient du passé qui se joue pour nous, telle une pièce de théâtre dansant mille et un actes, interprétant des scènes toutes aussi intégrales, tantôt savoureuses, parfois féroces et abominables. Une comédie, une bouffonnerie, une tragédie, peu importe, les anniversaires, c’est toute une vie… et la mémoire, une réserve d’allégories infinies.

Et, à chaque commémoration, on se dit : le temps passe vite, comme si c’était hier. On se plaît à ruminer notre passé, par fidélité et loyauté, par authenticité, par légitimité.

Bien sûr qu’hier n’existe plus. On ne vit pas hier, on ne respire pas hier, on ne demeure pas hier, on n’accomplit pas hier, on ne s’accroche pas à jadis. On existe aujourd’hui, on reste présentement, on subsiste maintenant, on persiste actuellement pour continuer le cycle de la vie, afin de conduire et demeurer demain. S’il est vrai qu’autrefois restera ancré dans notre mémoire, persistera pour nous accompagner, escortera nos pensées, célébrera tantôt nos victoires et tantôt décriera nos déboires, hier c’est notre passé. L’histoire tisse l’aujourd’hui, elle ne le reproduit pas, elle ne le copie pas, elle ne le duplique pas, elle ne le calque pas. L’histoire nous apprend aujourd’hui ce que nous sommes et ce que nous serons ou nous voulons devenir. L’histoire nous enseigne, nous instruit, nous nourrit pour vivre aujourd’hui et réaliser pour demain.

L’hier, l’autrefois, le jadis et l’histoire se conjuguent au passé composé ou au passé plus-que-parfait. La naissance, la renaissance, la recrudescence, la croissance, c’est pour aujourd’hui et pour demain. Hier, alors qu’on désespérait, on espère aujourd’hui, hier alors qu’on souffrait, on se console aujourd’hui, hier alors qu’on étouffait, on respire aujourd’hui, hier alors qu’on subissait, on agit aujourd’hui, hier alors qu’on tolérait, on refuse aujourd’hui, hier alors qu’on se taisait, on hurle aujourd’hui, hier alors qu’on se mourrait, on vit aujourd’hui, hier alors qu’on pleurait, on considère l’aujourd’hui.

Sauf que le 4 août 2020, à Beyrouth, ne s’oublie pas. Je ne pourrai le mettre de côté. Son souvenir me hantera à jamais. Tant que la vérité demeure occultée, tant que les victimes demeurent dans ma pensée, tant que les cendres restent entassées au point de m’étouffer, je n’arriverai pas à avancer.

Le 4 août 2020 n’est pas un souvenir, c’est la glorification de nos souffrances, de nos afflictions, de nos douleurs et de nos tourments. Le 4 août 2020 nous impose d’avancer, pour demeurer, vivre pour commémorer nos défunts, pour célébrer nos héros partis trop tôt, pour secouer les consciences et réveiller les âmes anéanties. Le 4 août 2020 nous interpelle dans l’aujourd’hui, par attachement à la vie, par passion pour la liberté, car d’aujourd’hui et de la vie je demeure et resterai éternellement assoiffée.

Le 4 août 2020 nous commande de nous battre pour la liberté, de jouer la musique de la victoire, d’acclamer nos pouvoirs, de louer nos droits, de confirmer nos choix. Il nous commande de troquer notre dépendance par l’indépendance, notre captivité par l’élargissement, notre servitude par l’épanouissement, nos expropriations par les restitutions, nos contraintes par les choix avérés. Il nous enjoint de briser ces chaînes qui nous gardent prisonniers.

On n’oublie pas le passé, on le met de côté pour le préserver, pour avancer dans la solennité, la fierté et la dignité.


Les textes publiés dans le cadre de la rubrique Courrier n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, L’Orient-Le Jour offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires ni injurieux ni racistes.


Il y a de ces dates qu’on n’oublie pas. Les dates de rencontre, d’anniversaire, de réjouissance, de deuil sont des moments que l’on s’apaise à vénérer. On fête, on célèbre, on se réjouit, mais on se lamente et on pleure aussi. On prend du plaisir à compter les printemps, on se félicite d’être vivant. On arrose notre succès, on ressuscite les jours passés, écoles et...

commentaires (1)

On doit remercier la Syrie et le Hezbollah ces deux criminels , tout le mal a été fait , Gemayze , Mar Michael et Achrafieh , devinez un peu quartiers chrétiens….

Eleni Caridopoulou

11 h 37, le 04 août 2022

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Commentaires (1)

  • On doit remercier la Syrie et le Hezbollah ces deux criminels , tout le mal a été fait , Gemayze , Mar Michael et Achrafieh , devinez un peu quartiers chrétiens….

    Eleni Caridopoulou

    11 h 37, le 04 août 2022

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