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Culture - Cinéma

Elvis n’a jamais quitté le bâtiment... de nos cœurs

Présenté hors compétition à Cannes, le biopic du chanteur iconique Elvis, du réalisateur Baz Luhrmann, est actuellement dans les salles internationales et libanaises. Deux heures trente de pur spectacle.

Elvis n’a jamais quitté le bâtiment... de nos cœurs

Austin Butler dans la peau d’Elvis dans le biopic de Baz Luhrmann. Photo AFP

À la fin de chaque spectacle, afin d’éviter aux fans de lui courir après et de lui arracher ses habits, les hommes de la sécurité clamaient « Elvis has left the building » (Elvis a quitté le bâtiment, NDLR). En fait, ce chanteur américain mort trop jeune, à l’âge de 42 ans, et en pleine gloire n’a jamais été effacé de la mémoire collective. Il est toujours ancré dans l’esprit des gens. Outre sa voix, extraordinaire, qui est éternelle et qui n’a pas pris une seule ride alors qu’il était fatigué, bouffi, avachi durant les dernières années de sa vie, sa destinée n’était pas non plus ordinaire. Ayant grandi dans les quartiers noirs de Memphis, dans les pires années de la ségrégation, il s’est nourri de la culture afro-américaine, de leur gospel. Le petit Elvis était habité par les esprits de la chanson et la spiritualité des interprètes noirs. Habité ? Oui, car ses déhanchements, ses trémoussements sur scène traduisaient le rythme inhérent à sa propre personne qui entrait en transe lorsqu’il chantait. Quand certains sénateurs de l’époque décidèrent de l’empêcher de bouger sur scène, il avoua qu’il ne pouvait s’en empêcher, « le déhanchement va avec la chanson », disait-il.

Austin Butler dans la peau d’Elvis dans le biopic de Baz Luhrmann. Photo Warner Bros Pictures

Une image folle et stylée

C’est le parcours de ce phénomène mondial et universel que le cinéaste australien Baz Luhrmann a voulu suivre. Non pas pour en faire un simple biopic, mais aussi pour explorer un phénomène social qui faisait miroiter les faiblesses et vices de l’Amérique de l’époque.

Dans le film, tout commence avec le personnage du colonel Tom Parker qui s’est occupé de la carrière d’Elvis Presley pendant 20 ans. Un rôle magistralement interprété par l’acteur Tom Hanks, complètement métamorphosé pour l’occasion. Sur son lit d’hôpital, il présente presque ses excuses au public en disant : « On dit que j’ai tué Elvis. Comment ai-je pu le tuer alors que c’est moi qui l’ai créé ? »

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Certes, il l’a créé « médiatiquement », affirme le réalisateur de Moulin Rouge et de The Great Gatsby, mais son talent, sa personnalité, son potentiel humain étaient déjà l’œuvre de Dieu. Sous ce grand « chapiteau » de l’humanité aux couleurs flamboyantes et chatoyantes – Luhrmann aime les atmosphères de cirque – reproduit par le dynamisme et l’énergie folle d’une caméra saccadée, intense, qui mélange passé et présent en harmonie, nous sommes témoins de la manière dont Elvis Presley, interprété par le jeune Austin Butler, déploie ses ailes pour voler très haut. Comment il imposera son style en devenant une passerelle entre une Amérique profondément raciste et celle qui apprendra la tolérance. Le cinéaste australien ancre la star profondément dans son époque. Il décrypte d’abord, à travers des gros plans, le phénomène sociologique lorsque les damoiselles pudibondes, les yeux hors de leurs orbites, tressaillent de plaisir aux premiers déhanchements de celui qui deviendra le King. Il le fait réagir à la mort de John et Bobby Kennedy ainsi qu’à celle de Martin Luther King, montrant qu’Elvis n’était pas un simple automate chantant mais un être généreux, bon et humain. Une face cachée jusqu’à présent du dieu du rock. À travers le prisme de ses relations avec le colonel Parker qui est révélé par Baz Luhrmann comme une fraude, c’est l’autre face du chanteur que le public découvre. Pour comprendre comment, toute sa vie, Elvis a été manipulé par un imprésario avide d’argent. Le cinéaste esthète et perfectionniste a réalisé un film aussi spectaculaire que touchant, aussi authentique que nostalgique, empreint d’une multitude d’émotions. Une claque visuelle et sonore qui vous laisse sonné du début jusqu’à la fin du film. Pour la productrice Gail Berman, Elvis dépasse le cadre du simple biopic : « C’est grâce à Baz Luhrmann qui a su percevoir chez Elvis Presley non seulement la dimension humaine, mais aussi une figure captivante et mythique à travers laquelle raconter l’histoire de l’Amérique, a-t-elle déclaré à Allô Ciné. Baz est l’un des rares à savoir raconter une histoire fascinante d’entrée de jeu tout en explorant des thèmes profonds et marquants. »

Ce qu’il faut savoir sur le biopic « Elvis »

Dans la peau d’Elvis

Quand il a entendu parler du projet, le jeune comédien Austin Butler a « senti qu’il fallait que je lâche tout ce que j’étais en train de faire pour décrocher le rôle », a-t-il déclaré. Obsédé par l’univers d’Elvis, il fallait être à la hauteur du mythe, surtout lorsque Baz Luhrmann lui a dit qu’il devrait interpréter lui-même certaines chansons : celles d’avant 1960 car elles ne pouvaient être mixées alors que les autres ont été mixées avec la voix de l’acteur (enregistrements studio). Quant aux grandes performances, ce sont les propres enregistrements de Presley qui ont été utilisés. Il fallait par ailleurs étudier les moindres « moves » (mouvements de danse), très difficiles à faire, et subir des séances maquillage de 5 heures pour chaque scène.

Lieu de tournage

Le film a été tourné en Australie, pays natal de Baz Luhrmann. Ce dernier a sillonné le pays pour dénicher les acteurs qui entoureraient Austin Butler. Le tournage qui a commencé avant la pandémie de coronavirus a dû être arrêté parce que Tom Hanks et sa femme ont contracté le virus. Il a repris un an plus tard.

De jeunes talents

Baz Luhrmann tenait à réunir de grands noms de la musique et de nouveaux talents par souci d’authenticité, et a donc engagé des stars montantes pour incarner plusieurs personnages majeurs du film, entre autres : Kelvin Harrison Jr dans le rôle de B.B. King ; Shonka Dukureh – dont c’est le premier rôle – dans celui de Big Mama Thornton ; Yola dans celui de Sœur Rosetta Tharpe.

Les décors et le set

À l’exception de quelques décors naturels, le film a entièrement été tourné dans les gigantesques studios de Village Roadshow sur la Gold Coast australienne.

Pour reconstituer Graceland, le domaine d’Elvis Presley, les chefs décoratrices Catherine Martin et Karen Murphy ont eu accès aux archives de la fondation Graceland. Il a fallu dix semaines pour construire l’extérieur de Graceland, mais en raison du confinement lié à la pandémie, le décor est resté protégé sous une bâche en plastique pendant près d’un an. Toute la végétation a dû être déplacée et conservée en lieu sûr, mais aussi arrosée et entretenue pendant l’interruption du tournage, tout comme les pelouses autour de la propriété.

Dans le film, Elvis se réfugie parfois dans des clubs de Beale Street, à Memphis, où il retrouve ses amis. Ce décor extérieur, construit à Suntown Landfill pendant trois mois, a été l’un des plus vastes et des plus complexes à bâtir. Il a fallu faire en sorte que la rue soit en pente, comme elle l’était à l’époque.

Les costumes

L’équipe des costumes a eu le défi de couvrir trois décennies : les années 50, 60 et 70. Austin Butler porte à lui seul plus de 90 costumes différents. Dans les années 50, Elvis achetait la plupart de ses vêtements de scène et de ville chez Lansky Bros., sur Beale Street, à Memphis. Catherine Martin et son équipe ont collaboré avec Kim et Butch Polston de B&K Enterprises à Charlestown, dans l’Indiana, qui ont fabriqué la réplique exacte du costume de scène emblématique d’Elvis des années 70, avec la bénédiction du chef costumier d’Elvis Bill Belew. Quant aux tenues de Priscilla Presley, Catherine Martin a collaboré avec les marques Prada et Miu Miu.


À la fin de chaque spectacle, afin d’éviter aux fans de lui courir après et de lui arracher ses habits, les hommes de la sécurité clamaient « Elvis has left the building » (Elvis a quitté le bâtiment, NDLR). En fait, ce chanteur américain mort trop jeune, à l’âge de 42 ans, et en pleine gloire n’a jamais été effacé de la mémoire collective. Il est toujours ancré...

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