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Lifestyle - Cinéma / Musique

Festival de Cannes : Elvis dans un manège infernal, Jerry Lee Lewis entre octaves et graves

« Moonage Daydream », le documentaire sur Bowie qui venait d’ailleurs.

Festival de Cannes : Elvis dans un manège infernal, Jerry Lee Lewis entre octaves et graves

De gauche à droite : le producteur américain Jerry Schilling, Priscilla Presley (veuve d’Elvis), l’actrice australienne Olivia DeJonge, le cinéaste australien Baz Luhrmann, l’acteur américain Austin Butler, l’acteur Alton Mason et l’acteur américain Tom Hanks sortant du Palais des festivals après la projection hors compétition du biopic « Elvis », lors de la 75e édition du Festival de Cannes. Christophe Simon/AFP

Son manager vient de la fête foraine et la carrière du chanteur fut un grand huit, avec sommets et abysses : Elvis, biopic porté par la révélation Austin Butler, dans le rôle-titre, et Tom Hanks, a été présenté mercredi au Festival de Cannes.

Comme dans un parc d’attractions, le spectateur ne voit pas passer les 2h39 du long-métrage du cinéaste australien Baz Luhrmann. Le montage échevelé et l’explosion de couleurs, signatures du cinéaste, désarçonnent dans les premières scènes. Avant que le rythme au pas de charge ne fasse sens. Le show-biz est une lessiveuse et l’interprète de Love Me Tender a fini essoré, décédé à 42 ans en 1977. L’acteur américain Austin Butler (30 ans) relève avec brio le défi d’incarner le « King » pendant deux décennies. Avec une sacrée performance : c’est sa voix qu’on entend dans les séquences où Presley chante. Le Californien, également mannequin, apparu dans des séries Disney ou encore au cinéma dans Once Upon a Time... In Hollywood de Quentin Tarantino, est bluffant dans la reproduction des concerts en 1970 dans un palace de Las Vegas.

Il suffit de comparer avec Elvis : That’s The Way It Is, documentaire réalisé cette année-là par le cinéaste américain Denis Sanders. Presley a alors 35 ans et c’est déjà une énième relance de sa carrière, réussie cette fois. Il n’a plus que sept années à vivre, mais tient encore la forme, loin du surpoids final, visage bouffi sous l’effet de l’alcool et des médicaments.

Car la trajectoire fulgurante du musicien du Mississippi n’a rien eu de linéaire, ce que retrace bien le biopic (hors compétition). Le début a tout du conte de fées quand le colonel Parker, manager venu du cirque et qui gère des stars de la country, repère ce gamin « blanc qui chante comme un Noir », comme le restitue le film. L’impresario mise sur ce showman né qui met en transe les spectatrices, bien avant les Beatles ou les Rolling Stones. Tom Hanks, grimé, vieillissant sa voix, lesté artificiellement de la silhouette pachydermique du colonel Parker, livre une prestation dont les Américains raffolent. Il excelle en manipulateur pour qui le « show must go on » et les caisses doivent se remplir. Qui offrira le meilleur et le pire à son poulain. Austin Butler brille en jeune Elvis aux premiers succès, hérissant par ses déhanchements l’Amérique puritaine des années 1950. Et qui voit rapidement ses illusions fracassées par une industrie musicale cynique.

Des épisodes méconnus du grand public sont bien exploités dans le biopic. Forcé à chanter avec un chien dans un show télé, mauvaise idée de Parker, Elvis lui rend la monnaie de sa pièce en se produisant tout de cuir noir vêtu pour un show TV de Noël, loin des pulls à bonhomme de neige. Le film n’est pas exempt de défauts – scènes ampoulées d’Elvis enfant découvrant la musique noire américaine –, mais ne cache rien d’une vie dans le tourbillon sexe, drogue et rock’n’roll.

Succès et scandale

« C’est un grand showman, hors normes, avec des hauts, des bas » : Ethan Coen présente à Cannes Jerry Lee Lewis : trouble in mind, documentaire sur ce pianiste de rock, entre succès et scandale, comme son mariage avec sa cousine de 13 ans dans les années 1950. C’est une des séquences d’archives marquantes. Relancé par un journaliste plusieurs décennies après cette union qui mit sa carrière entre parenthèses, le musicien américain répond provocateur : « Elle avait 12 ans le jour du mariage, 13 le lendemain » (il en avait 22 à l’époque). « C’est un truc typique de sa part. Elle avait bien 13 ans le jour du mariage, mais il en rajoute pour dire au journaliste : Va te faire foutre. C’est pour ça que son personnage est incroyable », commente Ethan Coen.

Dans un autre passage, le pianiste, révélé avec le tube Whole Lotta Shakin’ Goin’ On dans les années 1950, dit qu’il n’a jamais pris de première partie, car « personne n’est à la hauteur ». « Il devait être difficile pour les autres autour de lui », s’amuse le réalisateur, qui signe ce film sur une proposition du producteur et guitariste T-Bone Burnett. Ce dernier avait travaillé en 1989 sur une transposition de la vie du « Killer », surnom du pianiste, pour le cinéma avec Great Balls of Fire (un de ses tubes), réalisé par Jim McBride avec Denis Quaid dans le rôle-titre. « T-Bone Burnett n’était pas très heureux du résultat, il faut dire que ce film n’est pas bon du tout », rebondit Ethan Coen. On comprend que les deux hommes ont voulu aller au-delà des clichés. Montrer que le pianiste (marié 7 fois entre 16 et 76 ans), après sa traversée du désert, s’est réinventé dans la country, avec succès. « Ce que j’ai appris avec ce film, c’est qu’il n’est pas seulement ce pianiste fou de Great Balls of Fire (jouant avec les coudes, les pieds, les fesses), il est bien d’autres choses », complète Ethan Coen.

Le documentaire n’élude toutefois pas d’autres côtés sombres, comme quand il blessa par balle son bassiste ou ses nombreuses addictions. Le musicien (86 ans, diminué et qui ne s’exprime plus publiquement) confie dans une archive qu’à un moment il prenait « des cachetons pour toute une ville et une bouteille de Tequila pour dessaouler ». Moins avant-gardiste que Moonage Daydream, documentaire sur David Bowie également présenté à Cannes, Ethan Coen dribble toutefois les habituels experts filmés en studio. « Qui fait encore des documentaires comme ça ? » tacle le réalisateur.

Archives inédites

« Il ne faut pas s’attendre à du classique, il n’y a pas de début, milieu, fin » : Moonage Daydream de Brett Morgen, déjà réalisateur d’un documentaire sur Kurt Cobain, casse les règles du genre autour de David Bowie. Oubliez les formats classiques avec des experts ou proches de l’interprète de Heroes filmés dans des studios d’enregistrement. Ici, on entend et on voit seulement Bowie parler, avec des archives inédites qui ne sont pas réparties chronologiquement, mais par thèmes (le processus de création, l’art et l’argent, etc.).

Des images de synthèses ont été créées spécialement pour ponctuer les chapitres, jouant sur l’espace et les étoiles. Une évidence pour un artiste qui avait créé dès sa chanson Space Oddity le personnage d’astronaute de Major Tom. Entre ces visuels et 48 chansons de l’interprète de Let’s Dance remastérisées, le spectateur vit ce qui se rapproche d’une « expérience immersive, comme dans un planétarium », selon les mots de Brett Morgen, dont le documentaire est présenté hors compétition lui aussi. Cet Américain, qui avait signé Kurt Cobain : Montage of Heck, de facture plus traditionnelle, se livre sur un ton exalté. Ce travail lui a pris cinq ans et c’est le premier du genre autorisé par les légataires de Bowie depuis sa disparition en 2016. Ils ont laissé Morgen ouvrir les coffres à trésors.

Le chanteur d’Aladdin Sane et l’acteur de L’homme qui venait d’ailleurs a « énormément compté à plusieurs périodes de ma vie », expose le cinéaste. « D’abord à 11-12 ans, dans la puberté, quand je l’ai découvert, c’était puissant à un moment où je voulais être moi, pas mes parents », poursuit-il. Il l’a ensuite rencontré dans les années 2000 pour un projet : « Ce n’était pas le moment pour lui, Dieu merci, car je n’étais pas encore là où je devais être pour un film sur Bowie. » À la mort du créateur de Ziggy Stardust, il était prêt, notamment à faire exploser le cadre du documentaire. Un des responsables du legs de Bowie lui confie alors « que David a collecté et préservé ses archives ». Et puis Morgen (53 ans aujourd’hui) a une attaque cardiaque et tombe dans le coma. Rétabli, « la philosophie, les mots, l’art de Bowie » ont résonné plus que jamais en lui. « La mort, la réincarnation, Bowie en parlait dès le début (…) » insiste-t-il, dressant un parallèle avec le phrasé de Blackstar, morceau-titre de l’ultime album du Britannique, qui parle aussi de mort et d’héritage à laisser au travers de la création. Moonage Daydream s’attache ainsi aux appétits de vie d’un artiste aux 1 000 visages.

Source : AFP


Son manager vient de la fête foraine et la carrière du chanteur fut un grand huit, avec sommets et abysses : Elvis, biopic porté par la révélation Austin Butler, dans le rôle-titre, et Tom Hanks, a été présenté mercredi au Festival de Cannes.Comme dans un parc d’attractions, le spectateur ne voit pas passer les 2h39 du long-métrage du cinéaste australien Baz Luhrmann. Le...

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