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Environnement - Polémique

Quand la fermeture des valves du barrage de Msaylha assèche une rivière

Privé d’eau pendant trois semaines en raison d’une mesure prise par le ministère de l’Énergie, Nahr el-Joz serait menacé d’une altération de sa biodiversité, craignent des écologistes et des experts.

Quand la fermeture des valves du barrage de Msaylha assèche une rivière

Une vue de la partie asséchée de Nahr el-Joz, avant la réouverture des valves, le week-end dernier. Photo fournie par Paul Abi Rached

La rivière de Nahr el-Joz, située dans le caza du Batroun au Liban-Nord, risque-t-elle de payer le prix de certaines mesures prises au niveau du barrage controversé de Msaylha ? Après avoir été privée pendant trois semaines de son alimentation naturelle en eau, due à la fermeture intentionnelle des valves du barrage, une partie de la rivière Nahr el-Joz, longue de 4 kilomètres, pourrait avoir subi des dommages au niveau de son écosystème, s’inquiètent des militants et des scientifiques. Pour eux, la réouverture des valves le week-end dernier après le tollé provoqué par cette affaire est une mesure qui est peut-être intervenue trop tard, de nombreuses espèces ayant pu être affectées entre-temps.

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La rivière à ce niveau « s’assèche de manière naturelle au plus fort de l’été, mais elle sert de lieu de reproduction pour de nombreuses espèces végétales et animales au cours du printemps, dont des reptiles ou des animaux qui viennent tout simplement s’abreuver », explique le militant Paul Abi Rached. Rana el-Zein, spécialiste en écologie forestière et agroforesterie, met en garde pour sa part contre « un chamboulement de l’écosystème de la rivière ». « Si le niveau d’eau optimal requis au développement de la vie aquatique n’est pas assuré, les poissons et autres crustacés qui y vivent seront en danger. Sans un apport en eau douce, l’eau de mer dans la région de Chekka (Nord) connaîtra une différence de température et de concentration en sel, ce qui pourrait être nocif pour les populations marines », poursuit l’experte.

Des craintes « démesurées », selon le ministre

« Nous avons bien fermé les valves pendant trois semaines », reconnaît le ministre de l’Énergie et de l’Eau Walid Fayad, dans une déclaration à L’Orient-Le Jour. « Nous l’avons fait car nous avions besoin de vérifier le bon fonctionnement du barrage et de décider, en conséquence, des travaux qui restent à faire », ajoute-t-il. Depuis sa construction, les environnementalistes et les experts dénoncent des défauts au niveau de l’étanchéité du barrage, se basant sur le fait qu’il se soit vidé de son eau à plusieurs reprises. Walid Fayad tente par ailleurs de minimiser l’impact de la fermeture des valves sur l’environnement. « Ce qui a été dit sur les atteintes à la biodiversité est démesuré. Je ne pense pas que la biodiversité puisse être affectée en un mois », estime le ministre. « Les gens feraient mieux d’écouter la science objective et non dirigée et se réjouir d’avoir un barrage. Nous avons une richesse hydraulique que nous laissons s’échapper vers la mer », lance-t-il. Il poursuit : « D’ailleurs, la parcelle de Nahr el-Joz qui est concernée est très proche de la mer. Elle aurait tari de toute manière d’ici à un mois. » Sollicité à plusieurs reprises par notre journal, le ministre de l’Environnement Nasser Yassine n’était pas disponible pour commenter ce dossier.

La politique en jeu

Loin des considérations d’ordre scientifique, l’écologiste Paul Abi Rached dénonce « une manœuvre politique » à l’origine de la fermeture intentionnelle des valves du barrage. « Ils l’ont fait exprès pour garder le barrage rempli, le temps que les élections législatives (du 15 mai) se déroulent. Ils ont verrouillé les soupapes car ils ont bien vu que le barrage n’arrivait pas du tout à retenir l’eau. Or ils avaient besoin de montrer que le projet était une réussite », accuse-t-il. Le barrage de Msaylha fait partie de la série d’ouvrages lancée par le député de Batroun et ancien ministre de l’Énergie Gebran Bassil, dont l’actuel ministre est un proche, comme ceux qui l’ont précédé d’ailleurs. M. Bassil avait insisté, dans un discours tenu quelques jours avant les élections, sur la poursuite de la construction de barrages.

« Msaylha n’a jamais réussi à retenir l’eau, insiste M. Abi Rached, un fervent opposant à la politique des barrages. En janvier 2020, ils ont tenté de retenir 2 millions de mètres cubes d’eau, l’eau s’est volatilisée après 20 jours. Nous assistons au même scénario aujourd’hui », analyse-t-il.

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Des accusations rejetées par le ministre de l’Énergie qui assure à L’OLJ que « la politique n’a absolument rien à voir avec ce dossier ». « Les élections sont terminées maintenant et, de toute manière, elles n’avaient aucun lien avec les actions entreprises au niveau du barrage. Nous faisons de notre mieux pour que les gens puissent avoir de l’eau courante », assure le ministre. Il rappelle par ailleurs que des études d’impact environnemental ont bien été menées avant même de lancer les travaux du barrage, il y a quelques années.

Selon M. Fayad, le barrage de Msaylha serait aujourd’hui « prêt à 90 % », mais l’État n’a pas les moyens nécessaires pour terminer les travaux. « Il manque une station d’épuration, mais nous n’avons plus d’argent », révèle le ministre. Il appelle la communauté internationale à venir en aide au Liban au niveau de la gestion de ses ressources naturelles, « mais sans se limiter aux aides opérationnelles ». « Nous avons besoin d’investissements pour finaliser certains projets stratégiques tels que le barrage de Msaylha », indique-t-il.

Une structure inadaptée ?

Pour certains experts, cependant, la durée des travaux et les « mesures » prises par le ministère ne sont pas la raison principale du fait que le barrage se soit vidé de son eau assez rapidement et à plusieurs reprises. L’hydrogéologue Samir Zaatiti explique que celui-ci est construit dans une région inadaptée. « Ce barrage repose sur deux structures géologiques très instables : du calcaire poreux et rigide et une couche de marne formée de carbonate de calcium et d’argile, qui a la propriété d’augmenter de volume lorsqu’elle est imbibée », précise-t-il. « La rivière de Nahr el-Joz s’engouffre dans des bétoires (sortes de vidanges) pour ensuite ressortir sous forme de sources d’eau douce qui se déversent dans la mer au niveau de Chekka. Le barrage est construit sur ces bétoires, ce qui le fragilise », conclut l’expert.

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Plus généralement, l’hydrogéologue considère que Msaylha est loin d’être un cas unique, et qu’il est tout simplement « inutile de construire des barrages dans le pays, dont le sol, souvent calcaire, est très poreux ». « Les eaux de surface ne représentent qu’un tiers des ressources hydrauliques du Liban. La nature stocke déjà chaque année 3 milliards de mètres cubes », explique M. Zaatiti. Pour sa part, Rana el-Zein met en garde contre un autre risque. « Non seulement l’asséchement de la rivière pourrait détruire des habitats naturels, mais la concentration d’humidité au niveau du barrage pourrait affecter les espaces verts de la région. Avec l’évaporation de l’eau du barrage, l’humidité de l’air pourrait augmenter et créer ainsi un environnement favorable au développement des insectes, aussi bien ravageurs que pathogènes », conclut-elle.


La rivière de Nahr el-Joz, située dans le caza du Batroun au Liban-Nord, risque-t-elle de payer le prix de certaines mesures prises au niveau du barrage controversé de Msaylha ? Après avoir été privée pendant trois semaines de son alimentation naturelle en eau, due à la fermeture intentionnelle des valves du barrage, une partie de la rivière Nahr el-Joz, longue de 4 kilomètres,...

commentaires (3)

N’EST-CE PAS , NORMALEMENT L’ASSÈCHEMENT DE LA RIVIÈRE DÉPEND DU CLIMAT : SOIT EN PLEIN PRINTEMPS ET BIEN SURE DÉBUT ÉTÉ OR LA DISTANCE BARRAGE A LA MER 2 KM .C’EST LA DISTANCE QUI INQUIÈTE NOS ÉCOLOS . DIRE : « un chamboulement de l’écosystème de la RIVIÈRE » ????. L’APPORT EN EAU DOUCE A L’EAU DE MER : NAHR EL JOZ N’EST NI LA SEINE NI L’AMAZONE ! POURTANT, IL EST PRÉFÉRABLE DE SE CONCENTRER SUR LA NOCIVITÉ DES REJETS CHIMIQUES – DANS LA MER - DE L’USINE DES ENGRAIS SE TROUVANT A UNE CENTAINE DE MÈTRE DE L’EMBOUCHURE DE CE FAMEUX NAHR . LE BOUQUET : L’HUMIDITÉ AUGMENTE ET CRÉÉ UN ENVIRONNEMENT FAVORABLE AU DÉVELOPPEMENT DES INSECTES RAVAGEURS ET PATHOGÈNES… CELA À CAUSE DES BARRAGES ? VIVEMENT VIDER/REMPLIR NOS QUELQUES BARRAGES POUR AVOIR DES NOUVELLES ÉLECTIONS. !!

aliosha

13 h 23, le 02 juin 2022

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Commentaires (3)

  • N’EST-CE PAS , NORMALEMENT L’ASSÈCHEMENT DE LA RIVIÈRE DÉPEND DU CLIMAT : SOIT EN PLEIN PRINTEMPS ET BIEN SURE DÉBUT ÉTÉ OR LA DISTANCE BARRAGE A LA MER 2 KM .C’EST LA DISTANCE QUI INQUIÈTE NOS ÉCOLOS . DIRE : « un chamboulement de l’écosystème de la RIVIÈRE » ????. L’APPORT EN EAU DOUCE A L’EAU DE MER : NAHR EL JOZ N’EST NI LA SEINE NI L’AMAZONE ! POURTANT, IL EST PRÉFÉRABLE DE SE CONCENTRER SUR LA NOCIVITÉ DES REJETS CHIMIQUES – DANS LA MER - DE L’USINE DES ENGRAIS SE TROUVANT A UNE CENTAINE DE MÈTRE DE L’EMBOUCHURE DE CE FAMEUX NAHR . LE BOUQUET : L’HUMIDITÉ AUGMENTE ET CRÉÉ UN ENVIRONNEMENT FAVORABLE AU DÉVELOPPEMENT DES INSECTES RAVAGEURS ET PATHOGÈNES… CELA À CAUSE DES BARRAGES ? VIVEMENT VIDER/REMPLIR NOS QUELQUES BARRAGES POUR AVOIR DES NOUVELLES ÉLECTIONS. !!

    aliosha

    13 h 23, le 02 juin 2022

  • Valves ou vannes ?

    M.E

    12 h 08, le 02 juin 2022

  • "Mon peuple a commis une double faute : ils m’ont abandonné, et j’étais la source d’eau vive ; ils se sont creusé des citernes, et ce sont des citernes fissurées qui ne retiennent pas l’eau !". Jér 2: 13

    Yves Prevost

    07 h 11, le 02 juin 2022

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