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Nos Lecteurs ont la Parole

Les élections, les électeurs, les élus et moi !

Finalement, du littoral à la plus profonde campagne du pays du Cèdre et du miel, en passant par le village le plus éloigné, les électeurs sont sortis de leurs tanières, les uns endimanchés, soignés, distingués, les autres déparés, dépravés, éhontés, pour exercer leur liberté, choisir leur représentant au Parlement, l’hémicycle où se conjuguent tous les compromis et toutes les conventions, l’amphithéâtre où se discutent et se signent tous les contrats, le théâtre où se jouent gratis les meilleurs spectacles, dignes des plus beaux Molière. L’orchestre où se composent diverses notes, dévoilant les symphonies des plus complexes.

L’Assemblée où s’épousent le blanc et le noir, le jaune et le vert, le rouge et le bleu, l’orange et le gris, où se mélangent allègrement les couleurs primaires et secondaires, qui j’espère se dilueront, par miracle, durant votre honorable mandat, pour n’en garder qu’une seule, unique, éclatante et brillante, soit celle de la supériorité, la primauté et l’éminence du citoyen libanais.

Tous sont venus, tous étaient là en ce dimanche mémorable, en groupe ou en solitaire, en famille ou en célibataire, pour élire des parlementaires qui auront pour sacrées et saintes missions celles de préserver et sauvegarder les intérêts d’un peuple tout entier, hurler ses besoins, imposer ses exigences, préserver ses droits, en réclamer d’autres. Des représentants qui signeraient sans pression étrangère aucune, sans gêne ni honte, des projets de lois afin de créer et préserver, dans la fierté, les droits d’un peuple fatigué, accablé, épuisé, blessé dans sa dignité, un peuple contrarié, étouffé, un peuple balancé entre des vents qui soufflent tant à l’Est qu’à l’Ouest, pris dans des danses folles qui l’ont affaibli, appauvri et démuni. Un peuple désespéré, anéanti, qui espère et attend des projets de lois qui souffleront contre tout et tous un vent de changement drastique, qui feront retentir des mélodies de prospérité, qui chanteront un air d’indépendance, qui danseront une aubade à la paix et qui dessineront, main dans la main, un Liban nouveau. Des représentants qui éloigneront de nous tous le cauchemar d’une guerre civile qui viendrait encore nous diviser, nous assassiner pour nous supprimer.

Alors, Mesdames, Messieurs les députés, faites du peuple que nous sommes votre priorité. Ce n’est pas sorcier. On ne vous réclame pas des prodiges, mais juste la garantie de nos droits fondamentaux, des enquêtes justes et judicieuses, l’application des principes de justice fondamentale et naturelle, l’égalité devant et dans la loi, la soumission de motions qui nous apporteraient une brise de vie, des amendements qui rapatrieraient nos droits. Imposez le respect de la Constitution, des traités internationaux, travaillez à promouvoir un dialogue sain entre les diverses communautés nationales et internationales, abrogez les irrégularités législatives, innovez dans les domaines de l’énergie, de l’économie, des finances, du commerce. Rappelez-vous de notre système bancaire douteux, de notre système social désuet, celui des droits personnels dépassé, de l’éducation failli et périmé, du secteur de la santé attardé. Réconfortez nos aînés, sécurisez nos enfants, protégez notre environnement. Et de grâce, pensez aux minorités, songez aux plus démunis, aux prisonniers, considérez sérieusement le sort des réfugiés. Honorez notre armée nationale, notre armée à nous tous, pour la soutenir dans la sincérité afin de défendre nos frontières, nos repères et nos richesses naturelles.

Dénoncez les corruptions, contrôlez les agissements de notre gouvernement, demandez-lui des comptes, votez des lois, évaluez la politique de notre pays.

Ces élections 2022 n’ont dévoilé aucune majorité. Cela confirmerait donc nos divergences et nos différences mais aussi notre richesse collective, notre multiconfessionnalisme. Vous êtes tenus donc de composer, de négocier, de traiter, dans le respect de tous et de chacun, et ce dans notre intérêt.

Ne soyez pas friands. Ne pensez pas à vos gains et bénéfices personnels, et surtout ne vous enrichissez pas à nos dépens, aux dépens de notre confiance, de notre labeur, de notre gagne-pain que nous peinons à récolter.

Ne vous baladez pas dans vos berlines luisantes, ne vous faites pas accompagner de gardes du corps, ne mettez pas vos plus beaux vêtements, n’encombrez pas nos routes de vos convois, ne vous prenez pas pour des châtelains aristocrates.

N’oubliez pas que nous, électeurs, nous vous payons un salaire pour que vous occupiez vos fonctions à plein-temps dans la diligence, la vigilance et l’obligeance. Vous travaillez donc pour nous et vous devez nous rendre des comptes que nous vous réclamerons, sans compassion, sans commisération, sans pitié, sans bonté mais en toute sincérité, honnêteté et amitié.

De grâce, ne nous crucifiez pas pour la énième fois, car ne l’oubliez pas, on est toujours capables de nous révolter !


Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour. Merci de limiter vos textes à un millier de mots ou environ 6 000 caractères, espace compris.


Finalement, du littoral à la plus profonde campagne du pays du Cèdre et du miel, en passant par le village le plus éloigné, les électeurs sont sortis de leurs tanières, les uns endimanchés, soignés, distingués, les autres déparés, dépravés, éhontés, pour exercer leur liberté, choisir leur représentant au Parlement, l’hémicycle où se conjuguent tous les compromis et toutes...

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