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Nos lecteurs ont la parole

Une Libanaise en mal d’identité

Retour au pays après une semaine de vacances à Dubaï. L’écart est si grand que j’en ai le souffle coupé.

Dubaï est si avant-gardiste, si moderne, si en avance sur son temps que mon pays me semble sorti tout droit du Moyen Âge.

Dubaï se projette 50 ans en avant. Il suffit de voir l’expo Dubaï 2020 pour se rendre compte des incroyables dynamisme et futurisme de cette région du monde.

Une semaine hors du Liban me fait réaliser combien le Liban ne ressemble plus à un pays. Plutôt à une jungle où chacun tente de survivre à sa manière, tant bien que mal, au rythme des coupures d’électricité, des cours de la livre libanaise face au dollar et des coups de poignard à la population libanaise assénés par ceux qui sont encore au pouvoir.

L’avion se pose sur le tarmac à minuit. La ville est à peine éclairée. Il fait un froid de canard. La chaleur de Dubaï me manque déjà. La queue ridicule du test PCR me fait rire… jaune. C’est un business de rêve pour « celui » qui a fixé le tarif à 30 dollars pour chaque voyageur qui rentre au pays. À condition d’avoir une carte de crédit internationale ! Interdiction de payer en cash ! Plus voleur, tu meurs. Politiciens, comment faites-vous pour être encore en vie, et surtout au pouvoir ? C’est la question que je me pose.

Je regarde le tapis roulant qui fait office de sentier métallique décoratif depuis que l’aéroport économise également son électricité. Faute de budget, faute de mazout, faute de réparation, de maintenance, faute de tout.

À qui la faute ? Qui a rendu ce pays si pauvre, si malheureux, si invivable ? Pourquoi en est-on arrivés là ?

Mon identité de Libanaise me dérange. Je n’arrive plus à me décrire. Qui suis-je ? Où vais-je ? Que vais-je devenir ? Où est-ce que je me situe à l’échelle mondiale ? Je suis aussi paumée que mon pays. Et mon ego en a pris un coup! C’est bien fait pour moi, c’est bien fait pour nous ! Cet ego de Libanais qui se croit supérieur au reste du monde et qui, en fait, n’a absolument pas lieu d’être.

Je sens que je n’ai plus de pays. Pire, je n’ai plus de nation. Rien ne fonctionne. Nous sommes devenus si fragiles. Tout semble s’écrouler.

Et pourtant, on continue à vouloir vivre malgré tout. À sortir, faire la fête, skier, faire de la randonnée, boire un verre à Gemmayzé et faire des selfies « My beautiful Lebanon » comme si de rien n’était. Tout va très bien, madame la marquise... Mais la tristesse est là. Dans les faux rires et les faux semblants. On s’accroche encore nostalgiquement au Liban d’avant. Celui que tout le monde enviait. Celui du Sky Bar élu meilleur bar du monde. Celui de notre délicieux mezzé, de l’arak ou du vin libanais, de Feyrouz ou des cerveaux libanais… qui ont tous émigré. Tout va très bien, madame la marquise... « Lebnen ra7 yirja3… » Mais plus rien ne va revenir. On va tous partir. Vite, il faut agir ! Mon identité me manque. Mon pays me fait mal au cœur.

Je m’y accroche tel un gamin aux jupons de sa mère. J’ai envie de crier. De hurler. Rendez-moi mon Liban ! Mais les gens autour de moi semblent si résignés et si sourds à mon appel.

Je roule en silence en direction de la maison. La pluie fine s’écrase sur le pare-brise et remplace mes larmes qui n’arrivent pas à couler.J’ai mal à mon pays. Mal à mon identité.

Je suis une Libanaise… mal à l’aise.

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour. Merci de limiter vos textes à un millier de mots ou environ 6 000 caractères, espace compris.

Retour au pays après une semaine de vacances à Dubaï. L’écart est si grand que j’en ai le souffle coupé. Dubaï est si avant-gardiste, si moderne, si en avance sur son temps que mon pays me semble sorti tout droit du Moyen Âge.Dubaï se projette 50 ans en avant. Il suffit de voir l’expo Dubaï 2020 pour se rendre compte des incroyables dynamisme et futurisme de cette région du monde. Une semaine hors du Liban me fait réaliser combien le Liban ne ressemble plus à un pays. Plutôt à une jungle où chacun tente de survivre à sa manière, tant bien que mal, au rythme des coupures d’électricité, des cours de la livre libanaise face au dollar et des coups de poignard à la population libanaise assénés par ceux qui sont encore au pouvoir.L’avion se pose sur le tarmac à minuit. La ville est à peine éclairée. Il fait...
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