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Lifestyle - This is America

Aux États-Unis, le croissant français dans tous ses états

Elle a toujours existé, et elle existe encore, cette légendaire relation d’amour-haine des Américains pour tout ce qui est « Frenchy ». Mais elle disparaît immédiatement lorsque l’on savoure sous la bannière étoilée un authentique croissant beurre croustillant.

Aux États-Unis, le croissant français dans tous ses états

Le croissant à l’américaine, servi avec des œufs frits et du bacon. Photo d’illustration Bigstock

« It is Croissant Day ! » va-t-on se réjouir dimanche 30 janvier au pays de l’Oncle Sam qui a fait de cette date une célébration de l’iconique viennoiserie, symbole de l’Hexagone et devenue, ici, petite et grande gourmandise. Au point que dans les 50 États américains, elle se consomme non pas uniquement au petit déjeuner, comme le veut la tradition sur le Vieux Continent, mais à toutes les heures du jour et de la nuit. « Vous savez pourquoi les Français nous détestent tant ? Ils nous ont donné le croissant. Et vous savez ce que l’on a fait ? Nous en avons fait notre Croissandwich. Et nous les remercions beaucoup », commente à ce sujet le comédien américain Denis Leary. En effet, il n’est pas un restaurant, un café, ou un fast-food qui n’ait inscrit à son menu une omelette, du saumon, du fromage, une salade de thon et encore du chocolat-fraises On Crescent (en croissant).

Le traditionnel croissant français consommé au petit déjeuner. Photo d'illustration Bigstock

L’américanisation du croissant

Cette irrésistible ascension d’une spécialité venue d’Europe avait été déclenchée à la suite des difficultés rencontrées au début des années 80 par une grande compagnie alimentaire américaine nommée Sara Lee, spécialisée dans les desserts congelés. Une nouvelle direction mise en place a eu l’idée en 1981 de lancer sur le marché des croissants surgelés. Leur vente a rapidement dépassé ses célèbres Pound Cake (quatre-quarts). Burger King, Arby’s et d’autres chaînes de fast-food les ont rapidement adoptés, concoctant toute sorte de sandwiches. Auparavant, les Américains étaient presque intimidés par les croissants, ne sachant pas au juste ce dont il s’agissait, avec, de surcroît, ce nom français qu’ils peinaient à prononcer correctement. Mais l’arrivée du croissant dans les rayons des grandes surfaces et dans les menus ont fini par conquérir les masses.

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En 1984, un article du New York Times avait annoncé que « l’américanisation du croissant a commencé ». Il fallait bien alors lui consacrer une journée de célébration. Ce dimanche 30 janvier, tout le monde va pavoiser, pâtisseries, boulangeries, restaurants et, bien sûr, les consommateurs qui pourront déguster le croissant dans tous ses états, avec en arrière-plan, l’évocation de son origine qui ne manque pas de saveurs historiques. À commencer par l’inégalable suggestion de la reine Marie-Antoinette de donner des croissants à la population qui manquait de pain. Elle parlait en connaissance de cause, car c’est dans son pays de naissance, l’Autriche, que cette douceur avait vu le jour, gagnant son surnom de viennoiserie. Cela se serait passé durant le siège de Vienne par les Turcs en 1683. Alors que les Ottomans voulaient profiter de l’obscurité de la nuit pour creuser un tunnel sous les murs de la ville, les boulangers viennois, levés avant l’aube pour préparer leur fournée, auraient donné l’alarme. Pour célébrer la victoire des troupes polonaises et autrichiennes sur les troupes ennemies, ces boulangers avaient façonné une pâtisserie ayant une forme de croissant de lune rappelant l’emblème figurant sur le drapeau ottoman.

Le « Cronut », mi-croissant, mi-doughnut. Photo d'illustration Bigstock

« Cronut », « Baissant » et « Krwa-sohn »

Il est aussi rapporté qu’après cette bataille, un soldat autrichien s’était retrouvé avec 300 sacs de grains noirs, en fait des grains de café, une denrée encore inconnue à l’époque en Europe. Un trésor abandonné par les Turcs pendant leur fuite. Intrigué, il avait fait moudre les grains et proposé le breuvage aux Viennois, sans succès. Lui était alors venue l’idée de servir ce café accompagné d’un petit gâteau du pays appelé Kipferl, l’ancêtre du croissant dans sa forme. Toujours est-il que jusqu’à présent, le célèbre hôtel viennois Sacher sert du café turc dans une cafetière également turque, le tout placé sur un plateau en cuivre comme sur les rives du Bosphore. À Paris, les premiers croissants ont fait leur apparition entre 1837 et 1839 à la Boulangerie viennoise ouverte par deux Autrichiens, August Zang et Ernest Schwarzer. Selon l’historien américain de l’alimentation, Jim Chevallier, « le croissant a commencé comme le Kipferl autrichien, mais est devenu français dès qu’il a été réalisé avec de la pâte feuilletée, ce qui est une innovation française ».

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De fournée française en fournée internationale, il a traversé l’Atlantique pour être dégusté dans sa forme originale, avant d’être détourné en Cronut, un mariage du croissant et du doughnut. Récemment, cette gamme s’est s’enrichie d’une nouveauté, un bagel-croissant baptisé Baissant. Au cours de l’histoire, de nombreuses célébrités ont accompagné leur plume d’un café-croissant. À leur tête Charles Dickens qui, lors d’une visite à Paris en 1872, avait loué « le croissant délicat sur la table du boudoir », déplorant par la même occasion la « monotonie lugubre » du pain anglais et des autres aliments du petit déjeuner l’accompagnant. L’envoûtement anglo-saxon se poursuit encore aujourd’hui. Un article paru dans l’édition d’avril 2015 du Smithsonian Magazine sous le titre Is the Croissant Really French ? en arrive à cette conclusion : « Peu d’aliments sont aussi culturellement emblématiques que ce petit déjeuner feuilleté, si typiquement français et dont de nombreux anglophones n’ont aucun problème à prononcer le nom d’origine à leur manière. Il devient ainsi un Krwa-sohn ».


« It is Croissant Day ! » va-t-on se réjouir dimanche 30 janvier au pays de l’Oncle Sam qui a fait de cette date une célébration de l’iconique viennoiserie, symbole de l’Hexagone et devenue, ici, petite et grande gourmandise. Au point que dans les 50 États américains, elle se consomme non pas uniquement au petit déjeuner, comme le veut la tradition sur le Vieux Continent,...

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