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Économie - Électricité

Le courant jordanien acheminé au Liban dans 2 mois, si le financement est approuvé par la BM

Les ministres de l’Énergie libanais, jordanien et syrien ont signé hier les contrats d’importation et de transport du courant électrique en provenance de Jordanie.

Le courant jordanien acheminé au Liban dans 2 mois, 
si le financement est approuvé par la BM

Les ministres de l’Énergie libanais Walid Fayad (au c.), jordanien Saleh Kharabsheh (à g.) et syrien Ghassan Zamel (à d.), le 26 janvier 2022 à Beyrouth. Photo Dalati et Nohra.

Cette fois, c’est fait. Après des mois de discussions, le Liban a fait hier un pas décisif vers la concrétisation de l’importation de courant électrique en provenance de Jordanie.

Les ministres de l’Énergie libanais Walid Fayad, jordanien Saleh Kharabsheh et syrien Ghassan Zamel – tous deux arrivés à Beyrouth mardi soir –, ont en effet signé au ministère de l’Énergie les contrats relatifs à l’importation et au transport du courant électrique, via la Syrie. Un projet lancé dans le cadre d’une initiative américaine dévoilée en août dernier pour aider Beyrouth à sortir d’une grave crise multiforme, alors que la population subit aujourd’hui un rationnement extrême de courant. De manière assez ironique, peu avant la signature au siège du ministère de l’Énergie, le courant a été coupé pendant un bref moment. « C’est un moment historique important pour le Liban par sa dimension symbolique (…) Aujourd’hui, nous consolidons l’action arabe commune (...) à travers l’accord modeste mais très important pour le peuple libanais, qui a besoin de chaque heure d’électricité (qu’il peut obtenir) », a déclaré Walid Fayad. À travers cet accord, la Jordanie s’engage à fournir au Liban 150 mégawatts (MW) de minuit à six heures le matin et 250 MW le reste de la journée. Des capacités qui se situent dans les limites des charges que les relais haute tension reliant les réseaux syriens et libanais peuvent supporter (moins de 300 MW).

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Le ministre syrien a pour sa part rappelé que Damas « insistait à faire aboutir ce dossier le plus vite possible » et que les autorités avaient finalisé les travaux de réparation du réseau électrique. « Nous sommes prêts », a-t-il assuré avant d’affirmer que ce contrat ouvrira la voie à encore plus de coopération entre les deux pays, alors que la normalisation avec le régime du président syrien Bachar el-Assad ne fait pas l’unanimité au Liban. Walid Fayad a enfin indiqué que le courant jordanien devrait commencer à être acheminé vers le Liban dans deux mois. In fine, cet accord permettra au Liban d’ajouter deux heures de courant par jour à l’approvisionnement fourni par l’établissement public Électricité du Liban (EDL).

Financement toujours imprécis

De son côté, le ministre jordanien a aussi considéré que l’accord « ouvrait la voie à davantage de coopération dans d’autres domaines », avant d’ajouter que le prix de l’électricité que la Jordanie vendra au Liban sera lié au cours du pétrole brut Brent, sans autres précisions. Selon certaines estimations, le prix de vente du kilowattheure (kWh) devrait se situer aux alentours de 0,12 dollar.

Seul hic majeur restant : « La question du financement de la part de la Banque mondiale (BM) que nous œuvrons à finaliser dans les plus brefs délais afin que l’accord soit (exécuté) », selon Walid Fayad. Un point qui concerne également le second volet de l’initiative américaine : celui de l’importation de gaz égyptien à travers le gazoduc arabe, en passant par la Jordanie et la Syrie.

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Dans ce cadre, le directeur régional de la BM, Saroj Kumar Jha, a déclaré à notre publication sœur, L’Orient Today, que son institution étudiait les demandes soumises par le gouvernement libanais pour financer les deux volets de l’initiative (courant de Jordanie et gaz égyptien), mais que ce financement est conditionné à l’adoption d’un plan de réforme du secteur de l’électricité. Le montant exact requis n’a toujours pas été déterminé, alors que le directeur régional de la BM a précisé que la demande initiale du gouvernement était de 250 millions de dollars. Un tel prêt devra de toute façon être adopté par le Parlement après avoir été approuvé par la BM. En décembre dernier, le ministre Walid Fayad avait tablé sur une enveloppe allant entre 500 et 600 millions de dollars pour les deux volets pour une période de deux ans.

« Nous voulons que l’engagement de la Banque mondiale permette au Liban à moyen et long terme de devenir indépendant en termes de financement de ses importations énergétiques en provenance de Jordanie ou d’Égypte », a encore martelé Saroj Kumar Jha à L’Orient Today. Pour la BM, « l’adoption et la mise en place par le gouvernement d’un programme complet de réforme du secteur de l’électricité est (dans ce cadre) une condition préalable », a-t-il encore dit. Selon ses prévisions, et si tout se fait dans les délais, cela pourrait avoir lieu fin février ou début mars. Concrètement, la BM espère que le processus enclenché serve de déclencheur à un assainissement du fonctionnement d’EDL, afin que le fournisseur devienne financièrement viable, en tout cas suffisamment pour assumer ses dépenses. Saroj Kumar Jha estime enfin que 18 mois seront nécessaires pour atteindre cet objectif.

Washington « très préoccupé »

L’état et l’avenir du secteur de l’électricité au Liban semblent inquiéter tout autant l’administration américaine. En effet, selon des informations communiquées par un haut responsable du département d’État américain à L’Orient-Le jour, Washington est « très préoccupé » par la crise libanaise de l’énergie, ce qui l’a poussé à encourager des projets garantissant au pays une hausse « graduelle et durable » de la quantité de courant, à partir du moment où elle est mise en œuvre de façon « transparente ».

Ce responsable indique aussi que les deux volets de cette initiative sont « très complexes » à monter, notamment à cause du fait qu’elles transiteront par la Syrie. Si le contrat avec la Jordanie a été signé, il indique que celui pour l’Égypte est « finalisé à 98 % », mais que les détails restants sont « importants ». Contrairement au volet jordanien pour lequel l’infrastructure est prête, l’acheminement du gaz égyptien nécessite encore des travaux de réparation sur un tronçon libanais de 30 kilomètres du gazoduc. Si ces travaux seront effectués par la société égyptienne TGS, c’est le Liban qui prendra en charge les frais de réparation, dont la facture est estimée à environ 1 million de dollars, selon le ministre Walid Fayad. La validation définitive du projet par le bureau de l’OFAC (Office of Foreign Assets Control) constituera une autre étape décisive.

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La source américaine insiste cependant sur le fait que l’un ou l’autre projet n’ont pas vocation à réhabiliter le régime de Bachar el-Assad. Elle assure que les États-Unis n’ont « pas l’intention » de lever les sanctions imposées par la loi César, malgré les aménagements qui seront mis en place pour ce projet. Dans ce cadre, la Syrie n’encaissera pas d’argent en guise de frais de passage sur son territoire, mais sera plutôt payée en nature. Il ajoute aussi qu’il n’y a ensuite aucun fond de vrai dans les informations, qui ont pu circuler ces derniers jours, évoquant un accord à travers lequel le Liban importerait du gaz israélien.

Enfin, ce haut responsable indique que ces deux projets peuvent être considérés comme des phases inaugurales pour le Liban, et qu’en cas de succès, ils pourraient donner lieu à une hausse de la quantité de courant et de gaz que le pays pourra importer à long terme. « L’initiative peut ouvrir beaucoup de perspectives, à condition que la première phase soit couronnée de succès », conclut-il, assurant « avoir confiance » en la volonté du gouvernement actuel de se conformer aux exigences qui lui sont imposées.

Cette fois, c’est fait. Après des mois de discussions, le Liban a fait hier un pas décisif vers la concrétisation de l’importation de courant électrique en provenance de Jordanie. Les ministres de l’Énergie libanais Walid Fayad, jordanien Saleh Kharabsheh et syrien Ghassan Zamel – tous deux arrivés à Beyrouth mardi soir –, ont en effet signé au ministère de l’Énergie les...
commentaires (4)

Tout ça pour ça? 2 heures de plus? gràce à la pitié américaine? Et qui peut changer d'avis selon la météo locale? Nous n'avons pas besoin d'humanitaire en la matière. Nous voulons vivre 24h sur 24h. Alors, dites nous beau gosse illuminé, c'est quoi votre feuille de route vers la pleine lumière?

PPZZ58

15 h 41, le 29 janvier 2022

Tous les commentaires

Commentaires (4)

  • Tout ça pour ça? 2 heures de plus? gràce à la pitié américaine? Et qui peut changer d'avis selon la météo locale? Nous n'avons pas besoin d'humanitaire en la matière. Nous voulons vivre 24h sur 24h. Alors, dites nous beau gosse illuminé, c'est quoi votre feuille de route vers la pleine lumière?

    PPZZ58

    15 h 41, le 29 janvier 2022

  • avec ces multiples SI conditions du FMI & la BM nou risquons serieusement d'avoir zero soutien financier. alors pour l'amour du ciel que ces ministres a la tete hilare arretent leurs conferences de presse chantant des "victoires" divines a la hezbollah ! de grace qu'ils le fassent seulement lorsque TOUT sera entendu , conclut et regle.

    Gaby SIOUFI

    10 h 07, le 27 janvier 2022

  • "… Le courant jordanien acheminé au Liban dans 2 mois, si le financement est approuvé par la BM …" - Voilà, le ver est dans le fruit. Maintenant si ça ne marche pas, on pourra mettre la faute sur la BM…

    Gros Gnon

    08 h 52, le 27 janvier 2022

  • Le seul ministre qui travaille et qui amène des résultats. Mais les libanais n’aiment et ne respectent que les ministres paresseux qui les méprisent, leur mentent et les volent.

    Mago1

    01 h 31, le 27 janvier 2022

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