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Nos Lecteurs ont la Parole

Parlons budget...

Le budget est un instrument mensuel de gestion financière des dépenses et recettes de l’État destiné à baisser les dépenses au maximum et à surveiller les dérapages possibles de surdépenses ou de sous-recettes. Il se fait dans une monnaie de référence stable, sinon il n’a aucun sens.

Le budget 2022 de l’État libanais vient de sortir en livres libanaises. Presque 1 000 pages. A-t-il un sens ?

Tout d’abord, le budget est censé refléter les dépenses et les recettes annuelles de l’État, ministère par ministère, et en fin de compte les consolider. Il s’agit de résumer en quelques pages le budget de chaque ministère et en quelques pages le budget consolidé de l’État. On n’en demande pas plus. Créer une confusion avec 1 000 pages est une supercherie.

De plus, un budget devrait être fait en anglais afin que le FMI puisse le comprendre, ainsi que toutes les instances internationales amies ou concernées par le Liban. Il y va tout autant des banques internationales et des citoyens libanais dans le monde, ainsi que des financiers internationaux, qui ne parlent pas tous l’arabe. Donc un budget est fait pour être transparent et non pas opaque.

Dans quelle monnaie doit-il se faire ? Dans une monnaie stable qui a un maximum de fluctuation annuelle de 10 à 15 % par rapport aux monnaies les plus stables au monde ou par rapport à l’or. Cela n’a aucun sens de faire un budget en livres libanaises avec la livre qui est en hyperinflation totale, avec cinq taux de change par rapport au dollar et zéro confiance ! Cela n’a aucun sens. Ainsi le budget de l’État libanais devrait se faire en dollars tout simplement, la livre libanaise n’ayant plus aucun sens dans la situation actuelle.

Mis à part la langue et la référence monétaire utilisées, le budget doit être par essence équilibré. Quand il ne l’est pas, il peut soit avoir un excédent si les recettes sont supérieures aux dépenses (cas rare), soit avoir un déficit si les dépenses sont supérieures aux recettes (cas malheureusement permanent et maladif).

Quand le budget est déficitaire, cela signifie que les responsables politiques n’ont pas bien fait leur travail pour atteindre un équilibre et diminuer les dépenses de l’État au maximum.

En cas de déficit budgétaire, il y a deux moyens de le financer : soit par des emprunts au détriment de l’augmentation de la dette de l’État – et cela si la confiance existe, ce qui n’est pas le cas actuel du Liban. Soit par la planche à billets et l’inflation, ce qui est actuellement le cas au Liban.

Quel est le but du budget ? Son but est un pilotage de la gestion financière de l’État. Dans un État de droit – ce qui n’est pas encore le cas du Liban –, il y a un contrôle financier indépendant des politiques et politiciens qui a pour charge de piloter mois par mois ce budget pour chaque ministère et de suivre au mieux les dépenses et les recettes de l’État en contrôlant la différence entre le « réalisé » effectif et le « prévu » budgété. Si l’écart est grand, alors il doit y avoir une « analyse des écarts » et le responsable politique doit justifier un écart trop important, et ce chaque mois.

Les politiciens doivent rendre compte de leur gestion financière auprès d’une institution indépendante de contrôle financier dès l’apparition d’écarts importants. Ce qui malheureusement n’est pas le cas de nos politiciens qui n’ont que faire d’un contrôle ou d’une surveillance financière. Mais ça ne marche plus !

Le manque de garde-fous et de contrôle financier sur les dépenses fait que la confiance en l’État libanais disparaît ainsi que la confiance dans les politiciens gérants de cet État. Tout le monde attend des réformes, mais rien n’est fait, aucune discussion à ce sujet. C’est pourtant le cœur du problème ! Le problème n’est pas dans le système politique, république ou le système fédéral, ni dans la géopolitique de l’Occident ou d’Israël par rapport à l’Iran et l’Arabie, il est à l’intérieur de la gestion financière de la maison Liban. Cessons donc de voir des problèmes religieux ou idéologiques ou géopolitiques qui n’ont absolument rien à faire avec la gestion financière interne de l’État libanais. Un système fédéral sans pilotage budgétaire indépendant demandant des comptes aux politiciens et les prévenant des écarts à corriger et sans indépendance de la justice par rapport aux politiciens et personnes riches est destiné à autant s’écrouler de la même façon que l’État libanais qui s’écroule aujourd’hui.

Ne perdons pas le fil du sujet : la corruption, la surbudgétisation, la surfacturation, les partages de gâteau, les commissions et le suremploi augmentent tous les dépenses de l’État qui arrive en déficit, et son déséquilibre budgétaire négatif aboutit à son financement par la dette, ce qui fut le cas de 1993 à 2019, ou par l’inflation, de 2019 à aujourd’hui. Pour éliminer l’inflation, il faut donc restructurer l’État, ça semble être un tabou, pourtant c’est le cœur du sujet et personne n’en parle : ses politiciens, ses fonctions, le nombre des fonctionnaires, ministère par ministère…

Il s’agit de créer un human resource management digne de ce nom qui pilote tous les ministères avec pour objectifs d’arrêter toute corruption et d’équilibrer le budget avec un contrôle financier indépendant et efficace qui demande des comptes aux ministres et responsables politiques sur leur gestion financière, et ce souvent dans l’année. Pour cela, il est clair qu’on ne peut demander des comptes à des personnes qui se sont autoproclamées en immunité juridique et se protègent avec le secret bancaire, créant un système mafieux au sein d’un État mis en faillite.

Donc la restructuration de l’État commence nécessairement par la fin de l’immunité juridique et du secret bancaire pour tous les politiciens et fonctionnaires de l’État, et par l’instauration d’un État de droit avec ses deux piliers : indépendance totale de la justice par rapport aux politiciens et indépendance totale du contrôle financier. Sans ces deux piliers, il n’y a pas d’État qui tienne, et il y aura zéro confiance !


Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour. Merci de limiter vos textes à un millier de mots ou environ 6 000 caractères, espace compris. 


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