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Politique - Éclairage

Les législatives approchent, mais le cœur n’y est pas

Si la machine de certaines formations traditionnelles est lancée, la ferveur électorale, tout autant que l’argent, n'est pas au rendez-vous.

Les législatives approchent, mais le cœur n’y est pas

"Le peuple a décidé. Le changement a commencé", peut-on lire sur ce panneau publicitaire à Dbayeh, à l'est de Beyrouth, le 7 octobre 2021. Photo/AFP

Plus que quatre mois pour les législatives de mai 2022. Et pourtant, rien ne semble indiquer pour l’heure que les préparatifs aillent bon train et que la frénésie qui accompagne généralement le lancement des campagnes électorales soit au rendez-vous. Depuis la convocation du collège électoral le 29 décembre dernier et l’ouverture du registre d’inscription des candidatures le 10 janvier – deux mesures censées enclencher le processus –, le climat est toujours à la prudence et la communication sur le scrutin quasi inexistante. Selon des données disponibles au ministère de l’Intérieur, ceux qui ont officiellement soumis leur candidature se comptent sur les doigts d’une main. Comment expliquer cette tiédeur alors que la classe politique et de nombreux Libanais ne cessent de souligner la nécessité de garantir cet exercice démocratique plus indispensable que jamais et que le Liban se trouve à un tournant majeur de son histoire ?

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Les raisons de cette apathie apparente sont d’abord politiques. Alors que plusieurs experts spécialisés assurent que les machines électorales des partis traditionnels ont effectivement été lancées, ils s’accordent à dire qu’elles fonctionnent à ce jour de manière plutôt discrète. Le problème serait en premier lieu tactique. Les partis ne veulent surtout pas réveiller la rue. Ce qu’ils craignent aujourd’hui comme la peste, c’est une participation électorale plus importante que celle de 2018 où l’abstention était de 51 %. Ce qui voudrait dire que les voix de ceux qui ont refusé de voter pour eux en 2018 pourraient se porter vers des candidats de l’opposition. S’ils préfèrent donc éviter toute publicité en ce moment, c’est qu’ils ne veulent pas attiser le vote de contestation. En somme, plus il y aura d’abstention en mai 2022, mieux les partis traditionnels se porteront. « Les machines électorales conventionnelles font profil bas et évitent de mobiliser les gens publiquement par peur de provoquer une opinion publique en colère contre l’establishment politique », décrypte pour L’Orient-Le Jour Assem Chaya, activiste et spécialiste électoral. Un constat illustré par l’attitude de l’ancien ministre Wi’am Wahhab qui, lorsqu’on l’interroge sur les législatives sur les chaînes de télévision, assure qu’« il est actuellement indécent d’en parler alors que les gens ont faim ». M. Chaaya assure pourtant que dans la plupart des villages et localités périphériques, les partis conventionnels, dont le parti al-Tawhid de M. Wahhab, sont très actifs déjà auprès de leurs électeurs, ceux dont ils sont assurés de la loyauté.

Problème de fonds
L’autre raison qui explique cette retenue inhabituelle pour la saison est le manque de fonds pour certains. Pour d’autres, c’est le souci de ne pas débourser dès à présent sur une opération qui risque d’être annulée. « De nombreux partis ne disposent plus de fonds comme auparavant. C’est le cas notamment pour le Hezbollah qui finançait pratiquement tous ses alliés politiques du 8 Mars, à l’exception du mouvement Amal », dit Kamal Feghali, un autre expert.

Un vendeur à la sauvette écoule des drapeaux libanais et chrétiens à Beyrouth lors des législatives de 2018. Joseph Eid/AFP

Le problème devrait se poser de manière encore plus manifeste pour le Courant patriotique libre, dont le chef Gebran Bassil aura cette fois-ci beaucoup de mal à convaincre des hommes d’affaires fortunés à financer sa campagne comme en 2018. Le courant aouniste est non seulement défavorisé dans les sondages – le CPL a perdu 50 % de ses électeurs sur le territoire d’après une étude de Kamal Feghali – ; M. Bassil est de surcroît frappé de sanctions américaines (depuis novembre 2020) qui lui rendent la vie infernale dans la mesure où ses transactions financières sont surveillées de très près. En 2018, le chef du CPL pouvait pourtant tabler sur trois ou quatre grandes fortunes libanaises pour huiler sa machine électorale. Un investissement que peu de personnes semblent aujourd’hui disposées à refaire, d’autant que la mise est des plus hasardeuses. « À ce jour, la plupart des partis, du moins ceux qui en ont les moyens, n’ont quasiment rien déboursé de peur de perdre leur argent. Ils attendent de voir comment le paysage va se décanter », affirme M. Feghali. Autre handicap, les restrictions bancaires sur les retraits, et donc le manque de liquidité, qui rendent extrêmement difficile le financement des campagnes. Selon le code électoral, les candidats doivent disposer d’un budget de 750 millions de livres ( par liste ) – plafond dit fixe –, en plus du plafond variable qui est de 50 000 LL pour chaque électeur. Dans une circonscription de 13 000 électeurs, il faudra compter 650 millions de LL de plus. Des sommes que les banques auront du mal à assurer.

Armes égales
L’establishment politique est d’autant plus embêté cette fois-ci qu’il n’est plus le seul aujourd’hui à détenir de l’argent électoral. Bien décidé à en découdre avec la classe politique traditionnelle, les mouvements issus de la contestation ont réussi à attirer des fonds substantiels en provenance de la diaspora, ce qui rend l’enjeu plus équitable, car à armes plus au moins égales. Des plateformes électorales, telles que celles fondées par des hommes et femmes d’affaires, comme Rindala Baydoun et Ali Abdellatif, sont aujourd’hui placées à la disposition des candidats de l’opposition pour leur assurer tous les moyens logistiques et financiers nécessaires pour accroître leurs chances de percer. Cette impression de désaffection est par ailleurs justifiée par le fait que la tenue des législatives n’a jamais paru aussi aléatoire. La crainte d’incidents sécuritaires susceptibles de chambouler la stabilité précaire est toujours présente. La menace terroriste que laisse planer l’envoi de combattants tripolitains en Syrie – un phénomène qui a ressurgi dans la presse il y a quelques jours – rappelle tristement l’épisode de l’annulation des législatives de 2014. À l’époque, le prétexte avancé était le risque sécuritaire que posait la présence du groupe jihadiste État islamique implanté à Ersal, au nord-est du pays.

Pour mémoire

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L’inquiétude de voir ces élections annulées ou reportées est par ailleurs alimentée par le risque que le vote des émigrés pour les quinze circonscriptions libanaises soit compromis du fait de la volonté présumée de certains députés qui souhaiteraient, selon des informations de presse, présenter de nouveau un recours pour invalider cette clause du code électoral. Une fausse alerte puisqu’un nouveau recours ne devra pas être recevable s’il concerne la même loi précédemment attaquée, comme le note l’ancien ministre et avocat Ziad Baroud. « Le fait que le Conseil constitutionnel (CC) n’ait pas rendu une décision vaut, pratiquement et conformément à la loi qui l’organise, rejet du recours. Plus exactement, selon le texte, la loi objet du recours devient exécutoire. Ainsi, c’est comme si on était devant “l’autorité de la chose jugée”, principe selon lequel on ne peut porter à nouveau la même affaire devant le même tribunal », explique-t-il. Il faisait allusion à la non-décision rendue par le CC, en décembre dernier, au sujet d’un premier recours présenté par le CPL contre les amendements apportés à la loi électorale concernant la date des législatives du printemps 2022 et le vote des émigrés.


Plus que quatre mois pour les législatives de mai 2022. Et pourtant, rien ne semble indiquer pour l’heure que les préparatifs aillent bon train et que la frénésie qui accompagne généralement le lancement des campagnes électorales soit au rendez-vous. Depuis la convocation du collège électoral le 29 décembre dernier et l’ouverture du registre d’inscription des candidatures le 10...

commentaires (2)

partis traditionnels ou nouvelles figures, je ne suis pas sur qui refuse de s'allier a qui ! je sais que NUL ne peut etre juge et refuter la possibilite a certains des 1ers d'avoir fait leur autocritiques et decider de faire mieux.. pour ex multiples, feu samir kassir, feu samir frangieh ,feu georges haoui, walid joumblat...

Gaby SIOUFI

11 h 00, le 24 janvier 2022

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Commentaires (2)

  • partis traditionnels ou nouvelles figures, je ne suis pas sur qui refuse de s'allier a qui ! je sais que NUL ne peut etre juge et refuter la possibilite a certains des 1ers d'avoir fait leur autocritiques et decider de faire mieux.. pour ex multiples, feu samir kassir, feu samir frangieh ,feu georges haoui, walid joumblat...

    Gaby SIOUFI

    11 h 00, le 24 janvier 2022

  • Il est certain que les partis politiques traditionnels, et évidemment, en premier lieu le tout-puissant Hezbollah ne permettront pas la tenue d'élections qu'ils risqueraient de perdre. D'autant plus que c'est cette Assemblée qui devra élire le prochain président de la République.

    Yves Prevost

    07 h 29, le 24 janvier 2022

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