Des manifestants postés non loin du Parlement libanais, dans le centre-ville de Beyrouth, en marge des séances parlementaires prévues le 11 août 2026. Photo Mohammad Yassine / L’Orient-Le Jour
Le ministre libanais de la Défense, Michel Menassa, est sorti de son silence jeudi, publiant un communiqué dans lequel il estime que « l'armée a été empêchée de parler » et « ignorée », et promet que ce n'est « pas la fin de l'histoire », deux jours après le bras de fer inédit qui l'a opposé au Premier ministre, Nawaf Salam, autour de la loi d'amnistie générale, finalement votée mercredi. Chère à la rue sunnite, cette loi, permettant finalement la libération de 86 détenus islamistes, était fustigée par l'armée libanaise qui s'opposait à ce que des personnes coupables d’avoir tué des soldats bénéficient de cette mesure.
Alors que Michel Menassa, proche du président (et ancien commandant en chef de l'armée) Joseph Aoun, avait préparé une allocution pour exprimer ce point de vue à la Chambre mardi, Nawaf Salam avait refusé qu'il la prononce, estimant qu’il lui revenait à lui seul de s’exprimer au nom du gouvernement. Le ministre de la Défense était absent de l'hémicycle mercredi pour le vote décisif, après des mois de bataille politique et confessionnelle. « Hier (mercredi), l’armée a été empêchée de parler, mais le sang de ses martyrs, lui, n’a pas été empêché de parler dans ma conscience. Que ceux qui ont choisi d’ignorer l’armée sachent qu'elle n’est pas partie à aucun conflit, ni une carte que l’on utilise avant de la jeter. L’armée est ce qui reste à ce pays comme ultime source de confiance », a écrit le ministre.
Dans une reprise anaphorique, M. Menassa a dit « présenter ses excuses » aux familles des soldats de l'armée libanaise tombés au combat. « Je vous présente mes excuses parce que, quelle que soit la fonction que j’occupe, j’ai aujourd’hui le sentiment de vous avoir déçus », a-t-il notamment estimé. Dans une pique implicite au chef du gouvernement, il a poursuivi : « Je vous présente mes excuses parce que j’ai vu comment des voix se sont élevées pour couvrir celle de l’armée et comment les positions se sont liguées contre elle alors qu’il aurait fallu la préserver plutôt que l’assiéger. ». Et de conclure : « Je fais (aux victimes au sein de l'armée) cette promesse : le silence ne sera pas une fatalité, et l’abandon d’hier ne constituera pas la fin de l’histoire ».
Les députés du Courant patriotique libre et du Hezbollah, ayant pris fait et cause pour M. Menassa, et n'ayant pas participé au vote décisif en signe de protestation, arguent de l’article 67 de la Constitution, qui dispose que les ministres ont libre accès à la Chambre et doivent y être entendus lorsqu’ils le demandent. De leur côté, les Forces libanaises (FL) prévoyaient de soutenir tout texte qui recueillerait l’adhésion de l’ensemble des députés sunnites. S’exprimant après la séance, le député sunnite de Tripoli Achraf Rifi a remercié les FL et les Kataëb et déclaré que ce vote « a démontré que l’amnistie générale est une cause nationale qui dépasse les clivages politiques et confessionnels ».


