Des frappes aériennes israéliennes ciblant les environs de Mansouri (Tyr) le 12 août 2026. (Crédit : Muntasser Abdallah/L'Orient Today)
Les forces israéliennes ont démoli mercredi plusieurs bâtiments publics, dont une école et un dispensaire médical, à Zaoutar el-Charqiyé, au nord du Litani, et bombardé à plusieurs reprises le village côtier de Mansouri, dans le caza de Tyr, ce qui a provoqué des récriminations de l'armée libanaise et du Premier ministre, Nawaf Salam.
La troupe a dénoncé des attaques israéliennes, dans un village voisin de la « zone pilote » de Zaoutar el-Gharbiyé, qui empêchent son déploiement au Liban-Sud, tandis que M. Salam a estimé que les « prétextes » israéliens pour mener ces démolitions sont « illogiques ». Des critiques qui ne font pas démordre le ministre israélien de la Défense, Israel Katz, d'une occupation prolongée du Sud, lui qui a déclaré lors d'une tournée auprès de ses forces dans des villages libanais que l'armée « ne se retirera pas » de la zone. En parallèle, l’armée israélienne a annoncé que les soldats de la brigade Golani ont quitté la région du château de Beaufort pour une « période de repos et de récupération » tout en maintenant « leur niveau de préparation en vue de prochaines missions » après « environ 50 jours d’opérations » dans le secteur.
À Zaoutar el-Charqiyé, dans le caza de Nabatiyé, l'armée israélienne a détruit le bâtiment municipal, une école publique, une maternelle, un dispensaire et un autre édifice, selon notre correspondant dans le Sud, Mountasser Abdallah, et au moins une immense explosion a été entendue à des kilomètres à la ronde.
Réagissant à ces destructions qui s'enchaînent dans le village, l'armée libanaise a accusé les forces israéliennes de « violer les accords existants et le droit international » et regretté que ces attaques « entravent » son déploiement dans le Sud et empêchent les habitants de regagner leurs villages. De son côté, le commandant en chef de l’armée libanaise, le général Rodolphe Haykal, a affirmé que la troupe ne renoncerait pas à sa mission de défendre « chaque parcelle » du territoire libanais, lors d’un exercice d’entraînement à tirs réels organisé sur les hauteurs de Brital dans le caza de Baalbeck, selon un communiqué de l’armée libanaise. « Ceux qui ne ressemblent pas à leur armée ne ressemblent pas à leur patrie », a-t-il ajouté.
Le président de la municipalité de Zaoutar el-Charqiyé avait peu avant affirmé à L'Orient-Le Jour avoir demandé l’aide des responsables libanais afin de « sauver ce qui restait » de la localité, alors que selon lui « aucune mesure sérieuse n'a été prise pour mettre fin à cette destruction. »
Les forces israéliennes ont par ailleurs poursuivi leurs opérations militaires dans d’autres régions du Sud et mené trois frappes aériennes, en environ 30 minutes, sur les abords de Mansouri, dans le caza de Tyr. Cette localité, en bordure de la « zone tampon » établie de facto par l'État hébreu, est depuis plusieurs semaines dans le viseur de l'armée israélienne et avait fait l'objet mercredi dernier d'un avis d'évacuation inédit depuis le cessez-le-feu de la mi-juin.
À Kafra, dans le caza de Bint Jbeil, une frappe de drone israélien à l’aube a ciblé un site habituellement utilisé pour les rassemblements religieux de l'événement chiite Achoura, d’après un résident. La frappe a atteint le site de plein fouet et provoqué un incendie. Aucun blessé n’a été signalé. Les soldats israéliens ont également incendié des habitations à Haddatha, dans la même région, tandis qu’un drone israélien a largué des substances explosives au-dessus de la forêt de Aïta el-Jabal. Dans le caza de Hasbaya, dans le secteur est, une force israélienne composée d’un bulldozer Caterpillar D9 et d’un char Merkava a avancé vers les abords de Kfarchouba.
Les hauteurs de Ali Taher toujours sous le feu
Israël a en outre poursuivi ses attaques contre le secteur stratégique des hauteurs de Ali Taher durant la nuit, toujours selon les informations de notre correspondant. L’artillerie israélienne y a tiré des munitions au phosphore blanc dans la matinée, après avoir pilonné la zone la veille vers 23h puis à 1h du matin. Cette colline, qui surplombe Nabatiyé et dont la prise signifierait la chute effective de la ville, est encerclée par les Israéliens, qui accusent le Hezbollah d'y avoir un centre de contrôle.
Le ministre israélien de la Défense, qui s'est rendu mercredi dans le sud du Liban, y a en outre réaffirmé sa détermination à maintenir des troupes dans la « zone tampon » occupée, ainsi qu'en Syrie et à Gaza. « Comme le Premier ministre et moi-même l'avons clairement affirmé, nous ne nous retirons pas de cette zone de sécurité » - le terme par lequel Israël désigne la bande territoriale qu'il occupe - a dit M. Katz, cité par son bureau. « Nous nettoierons cette zone (...) Nous ne nous retirerons en aucun cas des zones de sécurité : ni au Liban, ni en Syrie, ni à Gaza », a-t-il insisté.
Parallèlement aux déclarations de M. Katz et à l'enchaînement d'attaques sur le Sud, le Premier ministre libanais a dénoncé des prétextes israéliens qui « ne résistent à aucune logique ».
« Ce qu’Israël fait à Mansouri, Zaoutar el-Charqiyé, Kfar Tebnit et dans d’autres villages du Liban-Sud, en termes d’attaques, d’incursions, d’opérations de nivellement et de destruction systématique de maisons, de quartiers résidentiels, d’infrastructures, de bâtiments gouvernementaux et de lieux de culte, constitue une grave violation des principes et des règles du droit international et du droit international humanitaire », a affirmé Nawaf Salam, ancien président de la Cour internationale de justice (CIJ), sur X. Il a également estimé que présenter « des villages et des localités, avec leurs maisons, leurs quartiers, leurs bâtiments gouvernementaux, leurs équipements publics, leurs lieux de culte et leurs infrastructures » comme constituant dans leur ensemble des « installations militaires » est une affirmation qui ne résiste à « aucune logique » et « ne saurait servir de prétexte aux destructions, au déplacement des habitants et à l'interdiction qui leur est faite de retourner chez eux ». Il a enfin assuré que « la souveraineté du Liban, la sécurité de sa population ainsi que le droit des habitants du Liban-Sud à retourner sur leurs terres et à reconstruire leurs villages ne sont pas négociables ».

