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Société - Animaux

Quand une journée au zoo, au Kesrouan, vire au drame pour un petit garçon

L’incident en dit long sur les normes de sécurité dans les zoos du Liban et les cas de maltraitance envers les animaux.

Quand une journée au zoo, au Kesrouan, vire au drame pour un petit garçon

Un lion réagissant à la présence de visiteurs dans une cage en verre à Animal City : cette « attraction » est proposée par le zoo sur les réseaux sociaux. Capture d’écran d’une vidéo postée par le zoo sur YouTube

Lundi 13 décembre 2021, au zoo Animal City de Zikrit, dans le Metn, par une journée ensoleillée, le petit Jude et sa famille croyaient s’offrir un moment de détente et de découverte. Leur visite au zoo a pourtant rapidement tourné au drame, en raison d’un incident impliquant une lionne qui a failli être fatal au garçonnet de quatre ans : celui-ci en garde cinq cicatrices et un lourd traumatisme.

« L’enclos des lions consistait en trois cages ouvertes l’une sur l’autre, raconte à L’Orient-Le Jour le grand-père de la victime, qui a désiré conserver l’anonymat. Le lion et la lionne étaient allongés dans la cage du milieu. Deux de mes petits-enfants sont restés sur ma gauche, tandis que le troisième, Jude, s’est directement dirigé vers l’enclos des félins pour les observer de plus près. »

Vient l’effroi. « En une fraction de seconde, la lionne a quitté sa cage initiale pour foncer vers les barreaux extérieurs près desquels se tenait Jude », décrit le grand-père. « La lionne s’est alors violemment agrippée à lui, tentant de le faire entrer dans sa cage, raconte-t-il, encore sous le coup de l’émotion. Nous nous sommes précipités, mon chauffeur et moi, pour attraper Jude et le sauver des griffes du félin. Nous avons réussi, grâce à la providence et à de bons réflexes. Il ne s’en est pas moins sorti avec plusieurs blessures profondes au cou, au torse et à la main. En essayant de le sauver, nous avons aussi été blessés, mon chauffeur et moi. »

Étant lui-même médecin, le grand-père a pu secourir son petit-fils. « J’ai tout de suite constaté qu’il n’y avait pas de vaisseaux sanguins vitaux touchés. Je l’ai directement emmené à l’hôpital où il a subi plusieurs interventions chirurgicales et a été pris en charge par un psychologue. »

D’une voix enrouée trahissant son émotion, toujours palpable plusieurs semaines après le drame, l’homme confie à L’OLJ qu’« il ne peut venir à l’esprit de personne de se méfier, et de deviner que les précautions les plus basiques ne sont pas assurées autour d’une cage d’animaux sauvages ».

Pour seule séparation, des barreaux espacés

Selon le grand-père de Jude, l’incident aurait pu être évité si les responsables du zoo avaient pris les mesures de sécurité nécessaires. Il assure à L’OLJ que, selon ses observations, les cages étaient mal entretenues et que le personnel manquait pour leur surveillance et la protection des visiteurs. « Cet incident s’explique par le fait que la seule séparation entre l’animal et les visiteurs consiste en des barreaux trop espacés, avec un manque total d’autres mesures de sécurité », déplore-t-il.

Les parents de Jude, de nationalités anglaise et australienne, ont déposé une plainte à la suite de l’incident. La famille vit à l’étranger et se trouvait au Liban en vacances. Leur avocat, Hassan el-Mawla, indique à L’OLJ que le dossier est désormais entre les mains de la justice et que le zoo a été fermé jusqu’à la fin de l’enquête.

« Notre accusation se base premièrement sur un article du code pénal qui sanctionne la négligence et l’imprudence de cinq à six mois de prison, dans le cas où l’infraction n’aurait pas causé plus de 20 jours d’inactivité à la victime, explique Me Mawla. Il y a aussi l’article 27 de la loi relative à la protection des animaux qui détaille les procédures à suivre et les mesures de sécurité publique à respecter dans les zoos. Le non-respect de ces mesures peut coûter à leur auteur de trois mois à deux ans d’emprisonnement. »

L’avocat souligne d’autres irrégularités commises, selon lui, par les propriétaires du zoo. « Immédiatement après l’attaque, ils ont tout mis en œuvre pour supprimer les preuves d’une éventuelle négligence de leur part, notamment en réaménageant la cage et les zones de sécurité qui l’entourent. Or, au moment de l’incident, mes clients certifient qu’aucune mesure de sécurité n’était respectée : dans tous les zoos du monde, les animaux potentiellement dangereux sont maintenus éloignés des visiteurs de plusieurs mètres grâce à des obstacles d’eau et des isolants en verre, ce qui n’était pas le cas à Animal City », affirme Me Mawla.

L’avocat de la famille mentionne également une circulaire du mohafez du Mont-Liban, publiée le 20 décembre 2021 et portant le numéro 2252/a/2021, dans laquelle il ordonne « la fermeture du zoo Animal City au public (…) jusqu’à ce qu’il soit conforme aux normes en vigueur ». Dans ce texte, le mohafez estime que l’incident s’est produit « en raison de la non-adoption de mesures nécessaires pour assurer la sécurité de ses visiteurs », soulignant même que « le zoo ne possède pas une licence légale ».

Une version « exagérée »…

Ces accusations sont rejetées par la direction du zoo. Alain Lichaa el-Khoury, avocat de la société Gesco Entertainment qui dirige Animal City (appartenant à Samir Ghattas), souligne à L’OLJ que le zoo est fonctionnel depuis 2005 et qu’aucun accident de ce type n’avait eu lieu auparavant. Qualifiant la version de la famille du petit Jude d’« exagérée », l’avocat assure que les propriétaires du parc prennent toutes les mesures de sécurité, ayant prévu un ensemble de barrières en fer et de petits murs, tel celui construit devant la cage du lion où l’incident s’est déroulé. « Une barrière supplémentaire est érigée entre la cage et l’allée des visiteurs, et elle s’y trouvait lors de l’incident. Cette barrière peut certes être déplacée, mais seulement par un adulte et non par un petit enfant », précise Me Khoury, suggérant une responsabilité des adultes qui accompagnaient le garçonnet. « Je n’étais pas présent sur les lieux, mais la logique veut que l’enfant ne soit capable d’accéder à la cage qu’avec l’aide d’un des adultes qui l’accompagnaient, peut-être pour prendre des photos par exemple », dit-il. L’avocat assure cependant que l’entreprise est « prête à assumer l’entière responsabilité de l’indemnisation physique et psychologique de l’enfant, dans le cas de dommages actuels ou futurs ».

Alain Lichaa el-Khoury réfute par ailleurs toutes les accusations relatives au lancement de travaux après l’incident. « Il n’y avait aucune intention d’altérer la scène de l’incident ou de déroger à la loi. La justice et le commissariat d’Antélias ont envoyé une équipe pour s’assurer des mesures de sécurité adoptées à l’intérieur du parc », dit-il, avant de préciser que le zoo est bel et bien légal, contrairement aux affirmations du mohafez du Mont-Liban…

Un incident loin d’être unique

L’activiste Ghina Nahfawi, qui milite depuis longtemps pour la cause animale, balaie toute cette argumentation et pointe du doigt « une négligence claire et nette de la part des propriétaires du zoo », qui met les visiteurs comme les animaux en danger. Elle fait remarquer que la page internet du zoo et ses comptes sur les réseaux sociaux montrent des visiteurs à proximité des animaux, les nourrissant, les touchant et les portant même dans leurs bras, ce qui est « inacceptable et formellement interdit par les régulations internationales ».

Ces observations sont corroborées par d’autres témoignages de parents recueillis par L’OLJ, montrant que le zoo n’en est pas à sa première infraction. Une mère de famille affirme que le jour où elle y a emmené sa fille de trois ans, en octobre dernier, le zoo proposait aux visiteurs de s’approcher de lionceaux nouveau-nés, pour les caresser et leur donner à manger. « Il y avait une file séparée, il fallait acheter un ticket supplémentaire, j’ai trouvé ça absurde de voir des gens prendre des selfies avec ces pauvres bêtes », raconte cette maman. Ces lionceaux femelles nées en juin, visiblement séparées de leur mère, étaient ainsi exposées aux visiteurs toute la journée.

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Elle-même a connu une mésaventure. À l’entrée du zoo, un sac de fruits et de légumes était proposé à la vente afin que les visiteurs nourrissent eux-mêmes les animaux. « Ma fille a tendu un quartier de pomme à un sanglier, mais le grillage n’était pas assez fin, ce qui fait que l’animal lui a croqué la main. J’ai dû pousser la bête pour qu’il la lâche. On a fait le tour du zoo, mais il n’y avait ni poste de secours ni employés à qui signaler l’incident. Elle n’a eu que quelques contusions, mais elle a dû prendre des antibiotiques parce qu’on ne savait pas si les animaux étaient bien vaccinés », relate cette mère de famille, qui confirme toutefois que certains avertissements étaient affichés sur des enclos. « Mais ça ne fait pas le poids face à la permission de nourrir les animaux. »

« Animal City enfreint toutes les règles, reprend Ghina Nahfawi. Nous détenons plusieurs preuves que les animaux sont maltraités. S’agissant des lions, le zoo avait installé il y a quelques mois une structure en verre pour permettre aux visiteurs de s’en approcher et de les provoquer. » Une vidéo de cette attraction est d’ailleurs devenue virale sur les réseaux sociaux. L’activiste relie cet épisode absurde à l’agressivité de la lionne. « Cela ne peut qu’engendrer une grave frustration chez l’animal qui dès lors identifie l’humain à un ennemi et un prédateur. » La malnutrition, probablement due à la crise économique, pourrait aggraver ce comportement. « Chaque lion mange en moyenne 10 kilos de viande par jour, toujours selon le site officiel d’Animal City », ajoute l’activiste.

Le lion et la lionne, parmi les animaux les plus impressionnants du parc. Photo prise du compte Instagram d’Animal City

« Nous n’avons pas le pouvoir d’ordonner la fermeture des zoos »

Affirmant que « la majorité des zoos au Liban ne respectent pas les standards internationaux et les mesures de sécurité nécessaires pourtant formellement définies dans la loi de protection des animaux votée en 2017 », Ghina Nahfawi met en cause le ministre de l’Agriculture, qui « aurait dû prendre la décision de fermer le zoo sur-le-champ sans donner aux propriétaires l’occasion d’altérer la scène de l’incident ». « Ce qui s’est passé est un crime envers le lion et l’enfant », finit-elle par dire.

Contacté par L’OLJ, le ministre de l’Agriculture Abbas Hajj Hassan se défend pour sa part de toute négligence, affirmant qu’il existe une confusion sur l’application de la loi de 2017 sur la protection des animaux. « Le texte est très clair, mais il demeure confus au niveau de son application et des prérogatives des autorités et ministères concernés, assure-t-il. Ainsi, une licence de zoo n’est pas obtenue auprès du ministère de l’Agriculture mais est attribuée par les municipalités et les mohafez, directement affiliés au ministère de l’Intérieur. En conséquence, ce n’est pas à nous d’ordonner la fermeture des zoos s’ils ne respectent pas les réglementations. »

Le ministre ajoute que son administration, responsable de faire passer des tests sanitaires aux animaux pour s’assurer que ces derniers ne sont pas atteints de maladies transmissibles à l’homme, ne peut sanctionner une telle institution que dans ce cas précis.

Abbas Hajj Hassan invite toutefois les parties concernées par ce dossier à se réunir pour définir les responsabilités de chacun. « Si la répartition des tâches implique une action de notre part dans un incident tel que celui-là, nous en assumerons pleinement la responsabilité », conclut-il, appelant entre-temps les municipalités et les mohafez à prendre les mesures qui s’imposent.

Des déclarations officielles qui semblent insignifiantes aux yeux du grand-père de Jude. « Les images de cette lionne essayant de dévorer mon petit-fils ne m’ont pas quitté une seconde depuis. Je suis traumatisé à vie », lâche-t-il.


Lundi 13 décembre 2021, au zoo Animal City de Zikrit, dans le Metn, par une journée ensoleillée, le petit Jude et sa famille croyaient s’offrir un moment de détente et de découverte. Leur visite au zoo a pourtant rapidement tourné au drame, en raison d’un incident impliquant une lionne qui a failli être fatal au garçonnet de quatre ans : celui-ci en garde cinq cicatrices et un...

commentaires (9)

Les félins doivent avoir faim.. la viande est de plus en plus chère, peut être qu ils sont moins bien nourris?

Isabelle Yared

10 h 11, le 13 janvier 2022

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Commentaires (9)

  • Les félins doivent avoir faim.. la viande est de plus en plus chère, peut être qu ils sont moins bien nourris?

    Isabelle Yared

    10 h 11, le 13 janvier 2022

  • Fermer ce zoo, libérer les animaux, c'est le propriétaire qu'il faut mettre en cage. Svp cessez d'aller au zoo, ne montraient pas d'animaux en cage a vos enfants. Svp, faites le par pitié pour les animaux, ils n'ont pas a être enfermer dans une cage, on a pas a les regarder a travers des grilles c'est cruel .

    camel

    13 h 04, le 12 janvier 2022

  • Ce petit zoo où quelques malheureux félins et autres misérables représentants du monde animal, tous captifs du spectacle, nous rappelle un autre zoo, beaucoup plus grand celui-là, où incompétence, corruption et pratiques sectaires mafieuses se conjuguent allègrement sous le nez de milliers de spectateurs, de la race ovine … vivent les moz (baladi)

    Ayoub Elie

    13 h 02, le 12 janvier 2022

  • "...au zoo Animal City de Zikrit, Kesrouan," Chère Yara, apprenez un peu de géographie! Zakrit se trouve au Matn, pas au Kesrouan!!

    Georges MELKI

    11 h 59, le 12 janvier 2022

  • j ai ma nièce qui a été mordu par un poney au zoo .Idem pas de signalisation et pas de sécurité pour éviter le pire .le manque de sérieux et hilarant.

    WEHBE KEBA richard

    11 h 03, le 12 janvier 2022

  • Une loi, une saisie de tous les animaux sacrifiés à la bêtise humaine et une association qui viendrait les délivrer de cette même bêtise humaine et les rapatrier dans leur milieu naturel. Faites un musée de cire à la place, ça vous grandira,,,,, peut être.

    Je partage mon avis

    09 h 36, le 12 janvier 2022

  • L'exploitation des animaux dans des zoos et shows animaliers devrait être interdite. Certains pays ont adopté des législations dans ce sens. Si on veut faire découvrir aux enfants la faune, l'internet est plein de ressources pour cela.

    Carine Husni

    08 h 45, le 12 janvier 2022

  • Au Liban un zoo? Les animaux sont de l autre cote des “barreaux”

    Zampano

    08 h 35, le 12 janvier 2022

  • Eh bien comme ça nos enfants n’auront même plus la possibilité de voir des animaux. Décidément le Liban recule tous les jours…

    Gros Gnon

    04 h 16, le 12 janvier 2022

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