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Politique - Liban

Trois juges démissionnent pour protester contre des ingérences politiques

Selon les informations de L'Orient-Le Jour, ces démissions n'ont pas encore été acceptées par le Conseil supérieur de la magistrature.

Des manifestants du Hezbollah et d'Amal tenant une pancarte hostile au juge Tarek Bitar, le 14 octobre 2021 devant le palais de Justice de Beyrouth. Photo REUTERS/Mohamed Azakir

Trois juges ont démissionné au Liban pour protester contre l'ingérence du pouvoir politique dans la justice, notamment dans l'enquête sur l'explosion dévastatrice au port de Beyrouth le 4 août 2020.

L'information a été rapportée par l'AFP puis confirmée à L'Orient-Le Jour. Des sources judiciaires ont indiqué à L’Orient-Le Jour que trois juges ont présenté leur démission au président du Conseil supérieur de la magistrature (CSM) Souheil Abboud et que leur motif principal était de protester contre l’état déplorable de la justice et sa perte de crédibilité. Il s’agit des juges Jeannette Hanna, présidente de la 5e chambre civile de la cour de cassation, Roula Husseini, présidente d’une chambre de cour d’appel de Beyrouth, et Carla Kassis, avocate générale près la cour de cassation.

Toujours selon ces sources, les trois juges se seraient entretenues il y a une dizaine de jours avec Souheil Abboud, qui leur aurait demandé de patienter avant d’officialiser leur démission, en attendant d’avoir discuté de leurs motifs avec l’ensemble des membres du CSM. Selon les informations disponibles, leur démission n’aurait toujours pas été acceptée à ce jour d'autant plus que Souheil Abboud reconnaît en eux des juges de grande probité. 

Dans un pays où les dirigeants politiques déterminent les nominations judiciaires, y compris dans les plus hautes juridictions, la marge de manœuvre de la justice est faible. L'enquête sur la gigantesque explosion du 4 août 2020 a montré l'ampleur des ingérences politiques dans la justice, de hauts responsables s'acharnant sur le juge d'instruction Tarek Bitar, en recourant à des manœuvres juridiques pour entraver son travail. Des tribunaux libanais ont néanmoins rejeté jeudi des poursuites bloquant l'enquête sur l'explosion au port de Beyrouth, ouvrant ainsi la voie à la reprise de l'enquête.

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Selon la source judiciaire citée par l'AFP, les trois juges en question ont présenté leur démission "pour protester (...) contre les ingérences politiques dans le travail de la justice et les atteintes aux décisions émises par les juges et les tribunaux".

Des responsables politiques de tous bords refusent d'être interrogés par le juge Bitar, même si les autorités ont reconnu que l'explosion, qui a fait plus de 200 morts, 6.500 blessés et détruit le port ainsi que des quartiers entiers de Beyrouth, était due au stockage sans mesures de précaution d'énormes quantités de nitrate d'ammonium. Les politiciens mis en cause ont déposé une quinzaine de plaintes contre le juge Bitar, qu'ils cherchent à écarter de l'affaire de l'explosion.

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L'affaire de l'explosion de Beyrouth n'est pas la seule faisant l'objet d'ingérences politiques. Une enquête sur des accusations d'évasion fiscale et d'enrichissement illicite portées contre le gouverneur de la Banque centrale, Riad Salamé, a également été suspendue après des poursuites lancées contre le juge d'instruction Jean Tannous.


Trois juges ont démissionné au Liban pour protester contre l'ingérence du pouvoir politique dans la justice, notamment dans l'enquête sur l'explosion dévastatrice au port de Beyrouth le 4 août 2020. L'information a été rapportée par l'AFP puis confirmée à L'Orient-Le Jour. Des sources judiciaires ont indiqué à L’Orient-Le Jour que trois juges ont présenté leur démission au...

commentaires (12)

La justice est un autre domaine où le changement et la réforme ont – hélas! – manqué à l'appel.

Fadi Harouny

08 h 25, le 27 novembre 2021

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Commentaires (12)

  • La justice est un autre domaine où le changement et la réforme ont – hélas! – manqué à l'appel.

    Fadi Harouny

    08 h 25, le 27 novembre 2021

  • SOUDAIN UN VENT D,AMOUR PROPRE ET DE DIGNITE SOUFFLE SUR L,INSTITUTION LA PLUS CORROMPUE DU PAYS.

    LIBRES EXPRESSIONS SANS CENSURE=ESSOR/PROGRES OLJ

    13 h 57, le 26 novembre 2021

  • Enfin des juges integres seccouent le cocotier. Trois femmes courageuses.

    Michel Trad

    08 h 57, le 26 novembre 2021

  • Mme Husseini ne peut pas être « présidente d’une cour d’appel de. Beyrouth »: soit elle préside LA Cour d’appel de Beyrouth, soit elle en préside une chambre. Vois choisissez cher OLJ.

    Marionet

    23 h 18, le 25 novembre 2021

    • Bonjour, Merci pour votre commentaire, le titre de la juge Husseini a bien été corrigé. Cordialement

      L'Orient-Le Jour

      16 h 25, le 26 novembre 2021

  • Il n’y a que des femmes qui prennent des positions courageuses pour dénoncer ce qui se passe dans nos institutions, à croire que les hommes se sont assis sur leur honneur. Bravo Mesdames il faut affronter ces vendus par tous les moyens y compris en vidant les institutions de leur membres jusqu’à leur dissolution pour en recréer d’autres sans aucun vendu. Laissons les s’écrouler sur leur tête puisque de toute façon ceux qui les occupent ne servent que la cause des vendus.

    Sissi zayyat

    17 h 45, le 25 novembre 2021

  • Vive l’accord de Taëf, parrain de confessionalisme! Parrain d’un pays géré par plusieurs têtes avec des intérêts conflictuels! L’indépendance de la justice est un must et juges doivent être votés par le peuple libanais.

    Georges S.

    17 h 07, le 25 novembre 2021

  • Je lève mon Chapeau à ces juges! Au moins il y a encore des magistrats intègres au Liban! Attention, il ne faut pas accuser le Hezbollah! Il ne se mêle jamais de la politique interne et du fonctionnement du gouvernement. Alors dites Moi Nasnoussy comment cela se fait que depuis le 12 octobre vous refusez que les ministres se réunissent ? Hypocrite que vous êtes !

    Marwan Takchi

    17 h 06, le 25 novembre 2021

  • Je lève mon Chapeau à ces juges! Au moins il y a encore des magistrats intègres au Liban! Attention, il ne faut pas accuser le Hezbollah! Il ne se mêle jamais de la politique interne et du fonctionnement du gouvernement. Alors dites Moi Nasnoussy comment cela se fait que depuis le 12 octobre vous refusez que les ministres se réunissent ? Hypocrite que vous êtes !

    Marwan Takchi

    17 h 06, le 25 novembre 2021

  • "Qu'ils émigrent"...

    Mago1

    16 h 05, le 25 novembre 2021

  • Toutes les récusations tant contre le juge d'instruction, que contre les autres juges, ne devaient nullement être acceptées. Est-ce un défaut du système judiciaire ou un abus sous la menace des armes ? Y a-t-il un autre pays qui a connu cette mascarade ? Probablement que non. Alors, toutes les instances du pays sont soumises aux menaces, et non seulement la justice. Que faut-il espérer quand ce ministre de la culture, ancien juge lui-même, parle de confessionalisation de la justice, et que cet autre juge rallié au même mouvement, tente d'abuser du dossier de façon illégale ?

    Esber

    15 h 50, le 25 novembre 2021

  • Bravo à ces juges.

    Brunet Odile

    15 h 21, le 25 novembre 2021

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