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Économie - Électricité

Générateurs : Abdo Saadé fait monter les enchères avant la publication des tarifs

Le président du syndicat des propriétaires de générateurs privés a assuré hier que les exploitants de sa filière étaient « en faillite » et n’avaient plus les moyens d’acheter du mazout.

Générateurs : Abdo Saadé fait monter les enchères avant la publication des tarifs

Des générateurs de quartier placés sur le bord d’une route d’un quartier résidentiel du Kesrouan. Photo P.H.B.

Septembre et octobre ont été particulièrement lourds pour les dépenses des ménages libanais, à la suite de la levée définitive des mécanismes de subventions des prix en livres des carburants, en plein contexte de crise.

Annoncé depuis un an, le processus de levée des subventions n’a commencé à être mis en œuvre qu’à partir de juin, faisant au passage exploser les factures d’essence, de gaz domestique et de mazout/diesel, un carburant consommé par les générateurs de quartier qui servent à pallier les coupures, massives, de l’approvisionnement parÉlectricité du Liban (EDL). Prochaine échéance critique : la mise à jour, fin octobre ou début novembre, par le ministère de l’Énergie et de l’Eau, des tarifs par kilowattheure (kWh) consommé que les exploitants doivent facturer à leurs clients pour le mois qui vient de s’écouler.C’est le moment qu’a choisi Abdo Saadé, président du syndicat des propriétaires de générateurs privés, pour faire monter les enchères en annonçant, lors d’une intervention à la Voix du Liban, que les exploitants de sa filière étaient « en faillite » et n’avaient plus les moyens d’acheter du mazout. Il a également assuré que l’ensemble des organisations représentant la filière allaient notifier « le ministère de l’Énergie, les mohafazats et les municipalités » qu’elles arrêteront de générer du courant à la fin du mois. Le ministre de l’Énergie, Walid Fayad, est actuellement en déplacement en Égypte pour participer à la Semaine de l’eau au Caire.

Silence radio des autres groupements

Le syndicat dirigé par Abdo Saadé regroupe un nombre important d’exploitants dans Beyrouth et ses environs et a brandi déjà à plusieurs reprises la menace d’une extinction imminente et généralisée des générateurs pour appuyer ses revendications – notamment le 18 juin dernier, à l’aube du début de la levée de subventions. Toujours est-il qu’aucun des regroupements existants n’avait encore fait publiquement écho aux annonces du syndicaliste hier soir. Le silence radio était de mise, y compris dans la Békaa et à Saïda, selon nos correspondants respectifs sur place, Sarah Abdallah et Mountasser Abdallah, tandis que certains exploitants de générateurs, ailleurs dans le pays, ont même assoupli le rationnement ces derniers jours.

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La position de Abdo Saadé n’est toutefois pas isolée, selon l’ingénieur Hassan Yassine, qui exploite des générateurs à Hareit Hreik, dans la banlieue sud de Beyrouth. « Il faut distinguer le cas des propriétaires qui respectent les règles imposées par les autorités, de ceux qui n’en font qu’à leur tête et qui ne représentent qu’environ 10 à 20 % de l’ensemble (une proportion toutefois impossible à vérifier, NDLR). Pour les premiers, qui ont installé des compteurs et appliquent la tarification du ministère, la situation est très compliquée sur le plan financier depuis le début de l’été », expose-t-il.

L’État a commencé au début de l’été à lever les subventions sur le carburant en intervenant d’abord sur le taux auquel les importateurs pouvaient échanger leurs livres contre des dollars fournis par la Banque du Liban (BDL). Initialement aligné sur la parité officielle (1 507,5 livres pour un dollar), ce taux est aujourd’hui soit fixé en dollar, soit chaque semaine au taux dollar/livre en vigueur sur le marché (20 500 livres pour un dollar). Selon nos calculs, le prix des 20 litres de diesel ou de mazout est ainsi passé de 33 000 livres à près de 100 000 livres, soit une hausse de près de 200 % avant même que ce carburant ne commence à être vendu en dollars. Il est actuellement de 270 000 livres pour les même 20 litres, en convertissant au taux de 20 500 livres pour un dollar hier les 640 dollars auxquels il faut ajouter 182 000 livres facturés par 1 000 litres selon le tarif fixé par le ministère la semaine dernière, ce qui porte la hausse en cours depuis juin à 718 %.

Le prix de base du kWh – avant majoration et ajout des frais d’abonnement liés à l’ampérage – est, lui, passé entre juin et septembre de 1 326 à 3 426 livres. Soit une hausse de 158 %, en attendant les tarifs d’octobre, inférieure à celle de l’augmentation du prix du mazout sur la même période mais qui doit être interprétée en tenant notamment compte du fait que ce prix est calculé en fonction d’autres éléments que ceux retenus pour le carburant. Selon Hassan Yassine, le taux dollar/livre, le prix du mazout, les coûts supplémentaires et une marge de 10 % au bénéfice de l’exploitant servent notamment de variables d’ajustement.

Impact du décalage

Or pour Hassan Yassine, le fait que les rythmes de mises à jour des prix du mazout et des tarifs au kWh soient décalés oblige, dans les faits, les opérateurs à avancer les fonds sans être sûrs de récupérer leur investissement. « Entre juin et septembre, les exploitants qui suivent les règles ont subi des pertes », assure-t-il. Un phénomène amplifié par la baisse drastique de la production d’EDL au cours de l’été, en raison de problèmes liés au financement du carburant consommé par ses centrales, et qui a fait exploser aussi bien la consommation de diesel des générateurs privés que les factures de leurs abonnés.

Début octobre, une partie des exploitants avaient justifié leurs problèmes d’approvisionnement en invoquant les retards de paiement de leurs abonnés les plus étranglés par la hausse du prix du kWh. D’autres, Abdo Saadé en tête, avaient considéré au même moment que le prix fixé par le ministère était insuffisant et l’ont unilatéralement majoré, parfois de façon excessive, tandis que ceux qui ne respectaient déjà pas les consignes (refus d’installer des compteurs ou d’appliquer les tarifs) continuent d’imposer leur volonté à leurs abonnés, sans que l’État ne puisse y remédier pour le moment. Le 7 octobre, le ministre de l’Économie et du Commerce, Amine Salam, avait tenté de faire entendre la voix de l’exécutif en indiquant aux exploitants qu’ils n’avaient plus qu’un mois pour installer des compteurs chez les abonnés qui n’en avaient toujours pas.

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Pour Abdo Saadé, comme pour Hassan Yassine, la solution la plus simple reste de majorer le prix du kWh de manière à ce que les exploitants y trouvent leur compte. Le premier a indirectement préconisé de fixer un prix couvrant le coût de production qui « dépasse les 6 000 livres » pour un kWh. Le second table sur une fourchette entre 5 500 et 6 000 en optant pour une majoration de 10 %. Pour Marc Ayoub, chercheur en politique énergétique au Issam Fares Institute de l’AUB, « il est difficile de prendre clairement parti sur ce dossier tant que le ministère n’aura pas publié la grille de calcul qu’il emploie pour fixer ces prix, comme il l’a fait pour le prix de l’essence la semaine dernière ». Il relève cependant que les factures d’octobre seront les premières pour lesquelles les propriétaires de générateurs auront acheté l’intégralité de leurs stocks de mazout en dollars et sans subventions, ce qui devrait effectivement faire passer le prix au kWh au-dessus de 5 000 livres.

Enfin, il n’est pas exclu que la montée au créneau de Abdo Saadé ne soit pas uniquement motivée par des considérations d’ordre économique. Le syndicaliste a en effet également demandé à ce que ce soit le ministère de l’Économie qui fixe les prix imposés aux exploitants, sans justifier cette revendication. Une des explications probables pourrait être liée à la différence de couleur politique entre Amine Salam, sunnite proche du Premier ministre Nagib Mikati, et Walid Fayad, grec-orthodoxe proche du Courant patriotique libre fondé par le président Michel Aoun.

Selon la Banque mondiale, le Liban compterait entre 32 000 et 37 000 groupes électrogènes déployant une capacité totale de plus de 1 300 MW. Près de 7 000 d’entre eux sont détenus par 4 000 propriétaires de générateurs de quartier.

Septembre et octobre ont été particulièrement lourds pour les dépenses des ménages libanais, à la suite de la levée définitive des mécanismes de subventions des prix en livres des carburants, en plein contexte de crise.Annoncé depuis un an, le processus de levée des subventions n’a commencé à être mis en œuvre qu’à partir de juin, faisant au passage exploser les factures...
commentaires (3)

Je n’ai aucune sympathie pour tous les propriétaires de générateurs électriques qui, certes rendent service, mais restent dans l’ensemble un groupement mafieux qui a fait du fric sur le dos de la population et qui a profité de la délitescence de l’état et en particulier du ministère chargé de l’électricité.

Karam Georges

13 h 30, le 26 octobre 2021

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Commentaires (3)

  • Je n’ai aucune sympathie pour tous les propriétaires de générateurs électriques qui, certes rendent service, mais restent dans l’ensemble un groupement mafieux qui a fait du fric sur le dos de la population et qui a profité de la délitescence de l’état et en particulier du ministère chargé de l’électricité.

    Karam Georges

    13 h 30, le 26 octobre 2021

  • pourquoi sembler critiquer ce mec comme les autres acteurs de ces quelques cartels relevant de tout ce qui touche les produits energetiques, leur importation, entreposage,distribution, utilisation a des fins divers jusqu'au "end user" ? en demander a leur honnetete? leur patriotisme? leur humanisme ? alors que l'etat libanais est ce qu'il est ?

    Gaby SIOUFI

    10 h 02, le 26 octobre 2021

  • Le journalisme d’investigation, vous connaissez ? Assez de ces articles indigestes dans lesquels vous aligniez une liste de calculs inutiles. L’on n’est vraiment pas loin du désastreux « A moins B au carré ». C’est d’autant plus vexant lorsque l’on sait ce qu’il y a écrire sur cette mafia et leur refus d’installer tout compteur. Quand à la rédaction, nous attendons toujours de voir, ne serait-ce qu’un article, sur les différents trafics humains et d’organes qui se sont renforcés, ces deux dernières années, au Liban. Ce recyclage constant de « l’information » est désolant.

    Ghandour Yasmine

    09 h 26, le 26 octobre 2021

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